Vous avez-dit croissance?

Marc GILSON 0
Vous avez-dit croissance?

Vous avez certainement remarqué que le mot le plus important dans les discours politiques et économiques, aujourd’hui, est ‘croissance’ qui devance de peu un autre mot –redouté celui-là- ‘chômage’ et juste après cette fameuse ‘austérité’.

Essayons de faire un peu de clarté sur ce qu’est la croissance. Elle s’exprime normalement en pourcentage d’augmentation annuelle du PIB (la somme de toutes les richesses créées par un pays). On considère généralement qu’un pays est en récession lorsqu’on calcule que ce taux de croissance est négatif durant deux trimestres consécutifs. Voilà donc pour les généralités.

La création de richesses vient en fait de plusieurs canaux :

-  la consommation (des ménages essentiellement)

-  les dépenses publiques

-  les investissements des entreprises et la variation des stocks

-  le commerce extérieur et la balance des paiements

Toutes ces forces sont interdépendantes et, malheureusement, ne se stimulent pas toujours par les mêmes moyens. Ainsi, si la consommation des ménages et les dépenses publiques baissent, il est logique que les investissements des entreprises suivent surtout si, les conditions de la concurrence internationale étant ce qu’elles sont, les exportations baissent en même temps.

Si ces quatre éléments baissent, on a forcément une chute de la croissance. C’est la raison pour laquelle Keynes et ses successeurs ont pensé que, quand tout va mal, l’Etat doit s’en mêler et augmenter ses dépenses pour relancer la machine économique. Mais tout a des limites ! Ainsi la fameuse étude de Rogoff et Reinhart montrait qu’au-delà de 90% d’endettement, un Etat provoque –au contraire- une baisse de son PIB. OK, on sait que l’étude était entachée d’erreurs mais ceux qui ont rectifié le tir ont simplement abouti à montrer que ce niveau devait être autour de 100% et que certains pays ne subissaient pas ce contrecoup dans leur PIB en raison de leur spécificité propre. Mais, en gros, cette étude de 2009 doit conduire au moins à la réflexion.

C’est pourquoi nous suivons particulièrement le cas du Japon : le pays est aujourd’hui le plus endetté du monde (plus de 200%), il vient de jouer un coup de poker énorme en inondant son économie de tonnes de yens destinées notamment à faire baisser la valeur de la devise et re-booster les exportations. Donc agir sur deux des facteurs de croissance ne même temps. C’est un saut à l’élastique de type keynésien et tous les observateurs se demandent si l’élastique est assez solide et, si oui, comment sera le retour…

Revenons à nos moutons européens. Chez nous, en zone euro, ces deux dernières années les Membres se sont engagés sous la pression allemande, notamment, dans un Pacte de Stabilité, resucée des accords de Maastricht, qui demande un retour aux déficits annuels sous les 3% et une baisse de l’endettement sous les 60%.

Adieu le levier des dépenses publiques, alors ? Il faut nuancer : l’Etat doit alléger le coût de son fonctionnement de manière structurelle et durable, pour au moins une raison simple : demain, quand les taux d’intérêt remonteront, ils
provoqueront un aggravement inévitable de la trésorerie publique. Par contre renoncer à investir pour le futur c’est
à coup sûr se priver de possibilités de croissance. Investir, c’est notamment améliorer le système éducatif, redéployer l’industrie vers des secteurs porteurs, acquérir plus d’indépendance énergétique, etc., etc.

Et c’est cette idée qui gagne du terrain, même auprès des plus ardents défenseurs de la rigueur budgétaire. Sauf dans certains pays du Nord, qui ont déjà faits les efforts demandés aujourd’hui à leurs partenaires. Et qui commencent à se rendre compte que leurs propres efforts ne peuvent être récompensés que si ces mêmes partenaires sont en mesure de rester à leur niveau, d’acheter leurs productions…

Si on parvient à dégager suffisamment de moyens pour que les dépenses publiques soient de vrais investissements, alors
on pourra freiner le chômage et redonner confiance aux populations. Et donc relancer la consommation, qui permettra le retour de l’investissement des entreprises. Agir positivement sur les facteurs de croissance, donc.

Et dans les moyens à mettre en œuvre, il faut ajouter tout ce qui permettra une meilleure compétitivité : pas seulement des baisses de charges pour les entreprises mais une amélioration de leurs conditions de travail, notamment beaucoup moins de tracasseries administratives, une simplification des codes juridiques… C’est ça aussi, la baisse structurelle
des dépenses de l’Etat.

Il faut y croire et y travailler sans cesse.


 @MarcGilson

 

La croissance, c’est comme les frites, c’est ceux qui en parlent le plus qui en mangent le moins. (Karl Zéro)

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