Une copie bien médiocre des banques centrales !

Jean-Noël VIEILLE 0
Une copie bien médiocre des banques centrales !

Le mouvement de baisse des marchés financiers se poursuit. Le CAC 40 semble se stabiliser aujourd’hui sur l’important support des 3600 points. Le marché ne croyait pas que la FED irait au-delà de son discours du 22 mai en donnant un calendrier à sa stratégie d’arrêt de sa politique monétaire accommodante. Certains avaient même anticipé une position un peu moins volontariste de Ben Bernanke pour éviter un plongeon des marchés. Désormais c’est le pessimisme qui revient, peut-être aussi exagéré que le mouvement d’optimisme qui soufflait à l’approche des 4000. Nous étions alors peu nombreux à rappeler le risque d’une surévaluation de certains actifs aussi bien au niveau des actions que des obligations. Après cette forte baisse, on peut se poser la question du retour sur ces actifs risqués car au-delà de la question du retrait des liquidités qui fait peur, le fondamental des entreprises sera le principal facteur explicatif de l’évolution des marchés. A ces niveaux, le marché devrait faire preuve de résistance. Ceci devrait rendre les marchés un peu plus efficients et moins volatils.

 

L’aveu de la BRI : l’inefficacité des Banques centrales

 

Lors de la présentation ce dimanche de son rapport annuel, la BRI met en lumière la limite des agissements des banques centrales. Depuis le début de la crise financière, les banques centrales ont été contraintes de trouver des solutions pour assouplir leurs politiques monétaires, en abaissant leurs taux directeurs et en alourdissant leurs bilans qui ont triplé depuis le début de la crise. "La politique accommodante des banques centrales durant la phase de reprise n'a octroyé qu'une période de répit", a déclaré la BRI. « Ce sursis doit être utilisé par les gouvernements pour engager des réformes ». Bien que quelques efforts aient été consentis, les progrès ont été lents et épars, la BRI regrettant que les taux d'intérêt durablement bas aient abouti à retarder le désendettement du secteur privé, et permis aux gouvernements de financer leurs déficits et de remettre à plus tard les réformes nécessaires. "Le stimulus monétaire à lui seul ne peut pas ramener les économies sur la voie d'une croissance robuste et autonome puisque les racines des problèmes empêchant une telle croissance ne sont pas monétaires". On peut difficilement faire un meilleur aveu de la situation qui reste préoccupante.

 

Lorsque Bernanke précise sa stratégie, les marchés éternuent

 

Suite au conseil de politique monétaire des 18 et 19 juin, la Banque Centrale américaine (Fed) a laissé inchangé sa politique monétaire, maintenant les Fed Funds entre 0% et 0,25% tout en poursuivant son programme d'achat de titres adossés sur des crédits (MBS) et d'obligations à long terme (Treasuries) pour un montant de 85 Md$ par mois. Ce maintien s’explique par une croissance encore trop modérée, les améliorations de l’économie étant insuffisantes pour changer de cap. Les points positifs sont néanmoins réels : Le marché du travail s'est amélioré sur les derniers mois, même si le taux de chômage reste élevé (7,6%). Les dépenses des ménages résistent comme l'investissement des entreprises et le marché de l'immobilier repart lentement. La hausse de la fiscalité limite toutefois la croissance US en 2013 (révisée à 2,45% en moyenne contre 2,55% en mars). L'inflation continue de ralentir (1% en moyenne prévue en 2013 contre 1,5% estimée en mars ; 1,7% en 2014).

 

La Fed a élaboré une feuille de route pour ces prochaines interventions. Dans un premier temps elle procédera à une réduction de ses achats mensuels, puis effectuera une hausse des taux directeurs. La baisse des achats pourrait intervenir dès la fin de cette année, pour s'achever mi-2014. La banque se réserve la possibilité d'accroître ou de réduire le rythme d'achats, suivant l'amélioration ou non du marché du travail et de l'inflation. Le seuil de 7% du taux de chômage comme élément clé pour l'arrêt définitif des achats d'actifs a été rappelé, un taux à 6,5% durablement franchi entraînerait aussi de façon quasi-automatique une remontée de ses taux directeurs.

 

Et maintenant que pouvons-nous attendre ?

 

Le premier effet a été la forte progression des taux souverains américains. La moindre abondance des liquidités dans le monde et la hausse des taux américains devraient provoquer aussi une progression des taux des pays coeur de la zone euro. Ce mouvement européen sera plus lent et moins fort puisque les perspectives économiques européennes sont moins favorables. Les taux US pourraient ainsi remonter à près de 3% fin 2013. La Fed devra en effet limiter une forte hausse des taux souverains pour ne pas casser les effets de la reprise, en particulier l’immobilier. Elle doit aussi contrôler l’impact de cette hausse sur l’inflation. Le dollar devrait progresser, à la fois par la fin de l'usage de la planche à billets (dollar moins abondant !) et aussi par la hausse des taux US. On devrait ainsi retrouver une parité euro/dollar objective autour de 1,25. On assistera aussi à une baisse des opérations à effet de levier en raison d’un coût de portage plus élevé. Ceci va impacter les matières premières, les commodities, et aussi les actions. On peut expliquer la baisse de l’or comme un effet de cette tension sur les taux d’interêt.

 

Dans la valorisation des actions, la hausse des taux aura aussi un impact négatif dans les modèles de valorisation même si l’évolution historique montre que si le taux sans risque augmente, alors on assiste à une diminution de la prime de risque à condition que la hausse des taux soit bien la conséquence d’une amélioration de la situation économique et non un effet des liquidités. Ceci pourrait ainsi expliquer pourquoi nous allons assister à une valorisation plus élevée aux Etats-Unis qu’en Europe.

 

Les flux qui s’étaient portés sur les marchés émergents vont progressivement se retirer, ce qui va créer de fortes tensions sur les valeurs boursières de ces pays et sur les monnaies. Inutile en conséquence de jouer cette thématique.

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