ARTPRICE : un bel exemple du mythe de la nouvelle ère

Jérôme Boumengel 2
ARTPRICE : un bel exemple du mythe de la nouvelle ère

Sur les marchés boursiers, une bulle spéculative est une situation où le cours observé s’écarte durablement de la valeur réelle des entreprises. Ces phénomènes boursiers, qui ont de tout temps existé, interviennent dans des périodes où la perspective de modifications majeures dans les domaines économiques, démographiques ou technologiques, entraine un optimisme collectif excessif : c’est le mythe de la nouvelle ère.

Depuis quelques temps, à la Bourse de Paris, il y a une valeur qui fait la une de tous les forums boursiers ; il s’agit de Artprice.com. Les commentaires sur les perspectives de cette société frisent l’exubérance et plusieurs sites de conseils boursiers n’hésitent pas à revendiquer haut et fort la paternité d’avoir été les premiers à recommander le titre à l’achat. Il faut dire qu’en 3 ans, la société a vu son cours de Bourse multiplié par 20 !

Si Artprice.com a beau être le leader mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l'art (peintures, estampes, dessins, sculptures, photos, etc.), son chiffre d’affaires pour l’exercice 2011 ne devrait guère dépasser les 5,2 millions d’euros. Si l’on compare ce chiffre à sa capitalisation boursière de 380 millions d’euros, Artprice est aussi chère qu’une œuvre d’art !

Certes, mais c’est là où le mythe de la nouvelle ère apparaît, Artprice.com va lancer ses enchères en ligne le 18 janvier prochain. De l’avis de ses « supporters », la société se hisserait rapidement au niveau des grandes maisons de vente aux enchères telles Christie’s ou Sotheby’s, toutes deux créées au 18ième siècle ! Son arme fatale : un taux de commission de 5% contre une moyenne de 30% pour les 2 maisons prestigieuses, ce qui révolutionnerait le marché de l’art ! Nous devons quand même avouer que nous avons un peu de mal à imaginer qu’un Van Gogh ou un Picasso puissent se vendre directement sur internet…mais pourquoi pas.

Pour l’instant, Artprice.com ne fait que 5,2 millions d’euros de chiffre d’affaires, contre 850 millions de dollars pour le titre Sotheby’s Holding, coté à New York. Pour 2012, le consensus des rares bureaux d’analyse qui suivent le titre français, table sur un BNA de l’ordre de 3,9€. Sur la base d’un dernier cours de Bourse à 59€, Artprice.com afficherait un multiple de capitalisation de 15, contre un PER de 10,5 pour Sotheby’s.

Une propagande bien orchestrée peut pousser la valorisation boursière à un niveau beaucoup plus élevé. Mais il faut se rappeler qu’une bulle spéculative finit toujours par éclater. Nous ne résistons pas à l’envie de vous rappeler l’histoire de Toy R US et de eToys. En 1998, le leader historique de la vente de jouet disposait de 1156 magasins, réalisait un chiffre d’affaires de 11 milliards pour un bénéfice de 376 millions de dollars.

Quant à eToy, la petite société de vente de jouets sur internet, elle affichait un CA de 30 millions de dollars et une perte de 28 millions. Fin 1999, au plus haut de la bulle internet, eToy affichait une capitalisation boursière supérieure d’un tiers à celle de Toy R US ! Nous vous laissons imaginer la suite !

Commentaires

Avantages d'être membre

Postez vos commentaires. Vous pouvez aussi y ajouter des graphiques et des images afin d’illustrer vos propos.

OpenId Anonyme 07/04/2012
ah ! enfin ... première fois que je lis quelque chose de "sensé" depuis 2006 sur Artprice ! _ex-salarié, j'ai vécu tout ceci (la fabrication du mythe...) de l'intérieur, bien décrypté. Je pourrai vous en raconter des "amusantes" sur les moyens mis en place pour la "propagande"...mais bon, l'essentiel c'est de ne pas finir en justice une nouvelle foi ! Vous oublier de préciser que Mr Ehrmann est très procédurier dés qu'on ose mettre en perspective ses mensonges-propagandes pour faire rêver les petits-actionnaires.
Jérôme Boumengel 07/04/2012
Je sais... étant lyonnais, je connais un peu le personnage... cela dit, j'aime bien "La demeure du Chaos" ;-)