Un dépôt est une contribution charitable à l'avenir de votre banque (Ambrose Bierce)

Marc GILSON 3
Un dépôt est une contribution charitable à l'avenir de votre banque (Ambrose Bierce)

Personne ne peut rester insensible à ce qui vient de se passer pour Chypre et beaucoup de commentateurs pensent que le monde économique (pas seulement en Europe) va vivre un de ces changements qui marquent l’histoire des théories et, surtout, des peuples.

Pour sortir de la spirale négative de la charge de la dette, il existe un moyen -disons ‘naturel’-  qui apparaît très probable aux yeux des économistes : l’inflation, modérée ou pas. Comme l’exprime clairement Bruno Colmant : « la crise de l’endettement public porte sur la remboursabilité d’un stock de dettes qui est lui-même la contrepartie d’un stock de monnaie. En temps normaux, l’endettement public est contrôlé par le flux budgétaire mais, lorsque la dette atteint des
plafonds trop élevés, c’est l’ajustement du stock de monnaie qui s’impose
. ». Normalement, l’inflation joue ce rôle d’ajustement mais, pas de chance, elle tarde à s’installer dans les vieilles économies, au grand dam de la FED ou de la BCE qui ont tout fait pour la créer.

La ponction que l’Etat chypriote va effectuer sur tous les dépôts bancaires est l’équivalent de l’effet de plusieurs années d’inflation en une seule fois.

On peut voir les choses sous un autre angle, comme le fait le blogueur Thomas Veillet : « On est donc passé à la vitesse supérieure en Europe. Avant, on avait toujours réussi à protéger les dépôts bancaires en tapant sur les détenteurs d'obligations, sur les investisseurs, mais jamais sur le simple client de la banque. Cette fois on a franchi un nouveau pas dans l'escroquerie autorisée, l'Europe et Chypre sont devenues depuis ce matin, le plus gros braqueur de banques de
l'histoire. On vient d'assister au hold-up du siècle en direct sur CNN et tout le monde se tape dans le dos pour dire que l'on a trouvé la moins mauvaise solution et après on vient nous dire que Kerviel est un salaud ? Non, Kerviel est un amateur, parce que lui il se retrouve avec 5 milliards de dettes alors que l'Europe vient de se tirer en courant avec des camionnettes remplies de 5.8 milliards d'Euros et personne ne leur réclamera rien du tout
. »

Mais ce qui est dit est dit, ce qui est décidé est décidé, et nous n’avons qu’à en tirer les conséquences. C’est un peu comme après la faillite de Lehman Brothers : revenir en arrière n’était pas possible, il fallait s’adapter à un nouvel environnement.

Même si nous défendons depuis longtemps l’idée que les Etats doivent prendre leurs responsabilités tant pour maîtriser leurs dettes que pour assurer la relance, qu’ils ont intérêt à se cabrer devant le poids de la finance internationale ou qu’ils traînent trop à céder quelques parcelles de souveraineté pour faciliter la création d’une vraie Union Européenne, il faut avouer que la mesure qui vise à ponctionner le compte de chaque épargnant est inattendue et sidérante. L’Islande,
en d’autres temps, a préféré laisser tomber ses banques en faillite et réglé les conséquences par la voie des choix démocratiques en y associant sa population (et en laissant sa monnaie se dévaluer, ce qui est impossible pour Chypre bien entendu). La Grèce, au plus fort de la crise, n’a pas envisagé de prendre l’argent là où il se trouvait (s’il en restait encore, les riches grecs ayant depuis longtemps transféré leurs avoirs hors du pays).

Et toujours cette question du poids des banques dont les bilans dépassent le PIB de leur pays de domiciliation.

Même si on nous dit que ce qui est visé est l’argent amassé dans les banques par des riches expatriés russes et que les petits dépôts seront moins impactés, la réalité est que la loi à venir sera appliquée à tous, sans vrai discernement et sans tenir compte des réactions qui pourraient s’en suivre, dans le pays, ailleurs en UE et aussi en Russie. Nous notons qu’il n’y a pas d’annonces, pour le moment, relatives à des changements plus fondamentaux dans cette île si accueillante et si fiscalement attractive...

Sur les marchés financiers, les réactions ne se feront pas attendre. L’euro devrait perdre du terrain, les valeurs bancaires devraient être sous pression, les records enregistrés récemment devraient rester de bons souvenirs pour quelque temps. Nous disions il y a exactement une semaine : « Tout investisseur veillera à guetter les signes éventuels de retournement. Etant donné que les saisons semblent devenir folles, il ne faudrait pas s’étonner que Mai arrive plus tôt que prévu (Sell in May and go away…) »

Il va falloir s’accrocher.

Bonne semaine,

@MarcGilson

Commentaires

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milou 18/03/2013
Les indices ont corrigé violemment en début de séance, et, ont fini sur une moindre perte. Beau chandelier blanc pour le CAC40.
Marc GILSON 19/03/2013

Pas de bain de sang sur les marchés sauf pour les titres bancaires. L’euro s’en sort bien et remonte même ce matin. L’or a un peu frémi, comme toujours dans les situations de tension internationale. Mais à part ça, pas grand-chose.

Le petit monde des médias se range dans deux camps : celui des indignés (de tous poils), des inquiets, des protecteurs des petits épargnants ; et celui des tenants de la fiscalité plus juste, des combattants de l’argent sale, de défenseurs de l’orthodoxie de gestion de l’Etat. Par exemple, les journaux allemands ne font pas leur une sur Chypre.

Dans une grande indifférence, les nombreux débatteurs ne se posent même pas la question de savoir s’il est normal de ponctionner l’argent des déposants étrangers, russes ou chinois, comme si cela n’avait pas d’importance.

Le parlement va devoir voter une loi fiscale d’urgence pour respecter son engagement vis-à-vis de la Troïka c’est-à-dire faire rentrer environ 7 milliards d’euros, sous quelque forme que ce soit. Et puison passera ensuite à autre chose, la roue tourne, c’est ainsi.

Les marchés sont bien plus concernés par les futures déclarations de la FED ou de la BCE, le reste ce sont des bruits de fond. Pourtant, il semble étonnant que tous ces investisseurs ne prennent pas en compte ce qui vient de se passer : un Etat a le droit de procéder comme vont le faire le gouvernement et le parlement chypriotes, ce qui signifie qu’en matière de dépôts bancaires la sécurité attendue peut être remise en cause pour quelque motif que ce soit.
Quand on se rend compte aussi que la fameuse garantie de 100.000 EUR pour tous les dépôts serait impossible à respecter en cas de défaut d’une très grande banque, on comprend que tout rentier, tout épargnant doit se poser des questions sur la destination de ses actifs.

Si cela pouvait concourir à relancer la consommation ou les investissements, l’épisode chypriote serait alors une aubaine pour tous, sauf là-bas évidemment.

En finale, le sentiment ‘épidermique’ le plus répandu est que la mesure chypriote, c’est du vol, un hold-up, une honte, un scandale. Mais la réaction modérée des ‘cartésiens’ qui opèrent sur les marchés montre que le choix du moindre mal est toujours apprécié, du moins dans un premier temps.

Mais je persiste à penser qu’après cet événement on ne regardera plus jamais les banques, les gouvernements et les autorités européennes de la même manière.

RAPHAEL 22/03/2013

Non il ne faut pas relancer la consommation en France.

Il faut relancer la production de biens fabriqués dans l'hexagone.

La consommation en France ( voir la balance commerciale) ne porte en majorité que sur des produits fabriqués à l'etranger et surtout hors de l'Europe.

Il faut soutenir toutes les initiatives des fabricants français pour faire diminuer le chômage source de tous nos maux.