Classement des banques centrales et des devises les plus solides

Jean 6
Classement des banques centrales et des devises les plus solides

Le capital des Banques Centrales

Les actifs d’une Banque Centrale (BC) sont représentés par les titres ou commodités qui ont de la valeur sur la place internationale, comme de l’Or ou des obligations d’État. Le passif est représenté par les milliards de devises qui circulent… Dollars, euros, yens. Je simplifie !

Le capital est la différence entre l’actif et le passif ; plus la BC dispose de capital, plus la banque est saine – elle dispose d’un coussin de sécurité en cas de baisse des prix des actifs qu’elle détient.

La banque Lehman a fait faillite en 2008 avec des actifs à $691 Mds, et un capital de seulement $22 Mds… Soit un ratio du capital de 3%. Ça veut dire qu’avec une baisse des prix de ses actifs de 3%… BOUM ! C’est en gros ce qu’il s’est passé.

On a vu la semaine dernière que bien des BC sont en dessous de ces 3%. Suite à cet article, j’ai entendu que les BC n’auraient pas besoin de capital, puisqu’ils peuvent créer de l’argent. Du coup j’ai recherché un peu la question et je suis tombé sur un papier du FMI datant de 1997 qui  titre : les banques centrales ont-elles besoin de capital ? Et la BCE en « personne » qui explique l’importance du capital d’une BC dans ce papier.

Faisons court… Oui une BC a besoin de capital, au même titre qu’une banque classique ! Si les pertes sont supérieures au capital, elle peut cependant créer de l’argent, c’est là la différence. En revanche, cela aura un impact sur l’économie réelle à terme (inflation, dévaluation monétaire…) ET tuera la confiance envers la BC et l’état. Par ailleurs, une BC bien capitalisée renforce son indépendance alors que les autres sont souvent très contrôlées par les gouvernements (lisez FED, BoJ et j’en passe !).

Classement

Vous avez compris l’importance du ratio du capital pour décider de la fiabilité d’une devise. Il n’y évidemment pas que ça. L’état du gouvernement, son endettement, sa capacité à reformer et gérer/profiter des cycles économiques ont leur importance. Si le système financier se trouve en difficulté, une banque centrale mal capitalisée n’améliorera rien et peinera à soutenir les banques.

Voici les ratios de capitalisation des BC, mais aussi les ratios Dette/PIB dans le tableau ci-dessous (pour les sources cliquez ici, je tiendrais la page à jour).

 

Première chose qui frappe…  Le grand écart ! On l’a vu dans le précédent article, la palme de la sous-capitalisation revient au Canada, une baisse de 0.53% des actifs dilapiderait le capital. On sent la différence entre les économies occidentales (+ Japon) et les autres. On remarque aussi que les pays aux BC bien capitalisées ont en général un ratio d’endettement faible, ils sont mieux gérés.

Couronne norvégienne (NOK)

La Norvège a un ratio d’endettement très faible, 28% bruts. Le pays n’a pas de Dette nette, c’est-à-dire que ses actifs surpassent les montants empruntés. S’ils voulaient, ils pourraient rembourser les différentes dettes émises en très peu de temps.

Pour illustrer, en moyenne un foyer norvégien paye €50'000 d’impôts par an et avec les revenus du pétrole, les recettes fiscales moyennes sont de €75'000 par foyer. Même si ce n’est pas vraiment comparable, c’est presque 10 fois plus que chez nous !

La BC est ultracapitalisée, tout comme les banques norvégiennes qui sont régulées et gérées avec rigueur. Ayant identifié 8 banques trop grosses pour faire faillite, ils vont les forcer à passer à des ratios de capitalisation supérieurs à 12 à horizon 2016 (9 actuellement). Pour la plus grosse banque du pays, DNB, cela voudrait dire augmenter son capital de $6-8 Mds d’ici 2 ans. Ils anticipent !

La Couronne est probablement l’une des meilleures couvertures contre un échec de l’euro… Évidemment personne ne sait si l’euro va échouer ou pas, c’est clairement ce que les politiques essaient d’éviter en ne laissant personne en sortir. Ceci dit, nous prenons l’euro pour acquis alors qu’il n’a qu’une dizaine d’années. Ne tombons pas dans ce piège.

Pour l’instant la tendance est à la hausse de l’Euro contre la Couronne. Assez violemment d’ailleurs. Pour de l’investissement long terme, le timing n’est probablement pas idéal… Un retour des inquiétudes sur le front européen affecterait la devise.

Dollar de Hong-Kong (HKD)

Le Dollar de HK n’est pas une devise flottante, elle est liée au dollar américain à un taux de 7.75-7-85. C’est-à-dire que les autorités monétaires limitent la variation de l’USD contre HKD. Ça veut aussi dire que l’autorité monétaire doit mimer ce que la FED fait.

Les taux d’intérêt sont donc à zéro, ça couterait trop cher de maintenir des taux plus hauts que ceux de la FED. Mais rendre de l’argent « gratuit » à un cout, surtout pour une économie florissante ! Tous ces Dollars hongkongais doivent atterrir quelque part.

Ces dernières années, ils ont trouvé place dans le marché immobilier local, en plein boom ! Normal, quand on peut emprunter à 1% in fine (en ne payant que les taux d’intérêt). On l’a vu à Dubaï, ce genre de spéculation immobilière court-termiste finit en larmes.

Même s’il faut surveiller ce qu’il se passe de ce côté, une explosion de la bulle immobilière ne coulerait pas le pays. Tout cela n’est pas soutenable à long terme. La seule vraie solution semble être de délier l’HKD de l’USD… Et par la même occasion d’éliminer l’impact de la politique de la FED sur les politiques locales.

Hong-Kong pourrait faire cela en décidant d’un nouveau taux contre le dollar… Ou en choisissant de ne plus ancrer leur monnaie contre le dollar, mais contre un panier de devises (combinaison d’euro, yen, etc)… Ou même en ancrant leur devise sur le Renminbi chinois ( réévaluation de 25% env.)

Les taux d’intérêt pourraient alors s’ajuster à des niveaux plus pertinents pour l’économie locale et le prix des actifs reviendrait à des niveaux plus raisonnables. Mauvaise affaire pour les investisseurs immobiliers, mais probablement une opportunité pour les investisseurs qui cherchent à réduire et diversifier leur exposition sur le Dollar US.

La logique est que puisque le Dollar HK  est lié au Dollar US, il joue le rôle d’une option sur la désolidarisation avec le Dollar. Si l’USD venait à perdre son statut de monnaie de réserve ou subissait une crise monétaire/économique dans les années à venir, Hong-Kong n’aurait pas d’autre choix que de lâcher le Dollar US. Ils pourraient même le faire pour des raisons locales.

S’ils réévaluent demain, c’est un tour de manège gratos. Sinon on pourra très probablement revendre pour autant de Dollar US qu’initialement. En somme une alternative au Dollar US à étudier.

Dollar de Singapour (SGD)

Le ratio d’endettement est de 90%. C’est beaucoup n’est-ce pas ? Comme la France. La différence, c’est que tous les fonds empruntés sur les marchés par Singapour sont immédiatement investis.

Il n’y a donc pas de dette nette, comme la Norvège. D’ailleurs, la constitution interdit à l’état de se financer avec de la dette. Chaque gouvernement, élu pour 4-5 ans, a l’obligation d’équilibrer son budget !  Ils me font rêver !

Alors, pourquoi maintenir un marché obligataire ? La réponse est simple. Maintenir le marché des Singapore Governement Securities (SGS) permet une présence sur la scène financière internationale. C’est une demande du marché qui souhaite investir en SGD de façon sécurisée et d’encaisser des intérêts (site du ministère des Finances pour en savoir plus).

La banque centrale est aussi très bien gérée est bien capitalisée (il faudrait que le ratio reste au-dessus de 7%). Elle a perdu 10 Mds l’année dernière (amorti par le capital !), en combattant l’appréciation du SGD contre le Dollar US. Évidemment elle ne pourra pas jouer à ce jeu longtemps.

Singapour est un des rares pays à n’avoir jamais connu de faillite bancaire. C’est un jeune pays, quand bien même, combien de banques avons-nous vu couler ces 40 dernières années !?

Là-bas, les banques sont très liquides, elles maintiennent des réserves de cash, sont bien capitalisées et l’autorité monétaire ne les laissent pas faire n’importe quoi (dédicace à nos amis outre-Atlantique). Le ratio CAR, qui mesure la liquidité de la banque, sont autour de 15-20% alors que Basel III préconise 8%.

Conclusion

En observant la chose objectivement, ça a tout le sens du monde de placer son épargne dans un pays comme Singapour, Hong-Kong ou la Norvège. Qui n’ont pas d’endettement réel. Peu de taxation. Des banques fortes, liquides et bien capitalisées. Qui plus est à l’abri des idées du FMI, de la Commission européenne et des États en quête de « pognon ».

En comparaison, la plupart des pays « développés » de l’Ouest se noient dans la dette et la capitalisation de leur banque laisse à désirer. Je ne parle même pas de la liquidité.

Il y a des conséquences à conserver ses avoirs dans des systèmes et institutions aux fondamentaux bancals. Les Chypriotes en ont fait les frais récemment.

La question à se poser : quel est le pire qui puisse m’arriver ?

Le pire en Europe serait quoi ? Un scénario du même type que Chypres ? Pourquoi pas, ils ont montré qu’ils étaient capables de ponctionner 47.5% sur un compte bancaire.

À Singapour, le pire ? La première faillite bancaire de son histoire ? Peu probable, mais au pire, la banque centrale et l’état ont des réserves il n’y aura aucun problème pour garantir les dépôts. Personne n’aurait l’idée de ponctionner les épargnes de 10% (dédicace au FMI) puisque l’état n’a pas besoin d’argent. D’ailleurs je doute que la constitution le permette.

La morale dans tout ça est que le pays ET l’établissement où vous décidez de placer vos avoirs peuvent avoir un impact considérable sur vos finances. Cela s’est vu et revu au cours des siècles. Il est judicieux de se poser des questions. D’y réfléchir, d’évaluer le pour et le contre, puis de tirer VOS conclusions.

Jeanloup Allemann
TradeKaizen.com

Commentaires

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San G 13/11/2013
A Chypre, la Laïki Bank ayant été liquidée, la ponction a été de 100% sur les comptes supérieurs à 100 000€. Les journalistes ont benoîtement tiré un voile pudique sur cette scène, préférant se focaliser sur les (énormes !) 47.5% de la Bank of Cyprus... Tout est question de rhétorique dans l'information...
Jean 13/11/2013

Bonjour San... Ah oui ça ne m'étonne pas. J'avais lu qu'ils avaient bloqué 100% et quelques mois plus tard retenu seulement 47.5. Dans tous les cas j'estime que même 1% c'est trop ! Ce ne sont pas les médias qui nous informe sur ce genre de choses, c'est clair.


Pascal TRICHET 13/11/2013

et le franc suisse aussi, non ?

Jean 13/11/2013

Je ne l'ai pas mentionné car c'est une situation particulière. La BNS dépense beaucoup dans la guerre des devises. Même si le système est sain je me demande ce que cela va donner. Le cout final de l'opération reste imprévisible.

Aussi il faut prendre en compte que les banquiers Suisses ne sont pas très accueillants avec les français en ce moment. Le pays subit des pressions montrueuses à cause de sa géographie entre autres.

Puis des banques (les petites) risquent de couler et d'être absorbées par les plus grosse avec la pression que les US mettent. Vous l'aurez compris, ça en arrange certains en Suisse. Les US veulent leur faire payer le prix fort pour detenir (encore) des clients américains.


Sovanna SEK 14/11/2013

A propos de la BNS, celle-ci a défendu bec et ongle la chèreté du franc suisse en achetant des obligations d'Etats de la zone euro.

CdT


Olivier 14/11/2013
Comme quoi Cahuzac était bien conseillé puisque qu'il avait migré ses avoirs de la Suisse à Singapour, et si les politiques n'ont pas confiance dans le système monétaire de leur pays cela en dit long sur la situation. Il reste 2 devises que tu n'as pas abordé le NZD et l'AUD, qui semblent bien classées dans le tableau, sont elles intéressantes pour se diversifier ?