Toulouse, un nouvel Eldorado pour les entrepreneurs ?

Olivier Bausse 0
Toulouse, un nouvel Eldorado pour les entrepreneurs ?

En début d’année, un sondage de l’Institut Think mettait en lumière le rapport que les Français entretiennent avec l’entrepreneuriat. On apprenait notamment que 31 % des sondés envisageaient de créer ou reprendre un jour une entreprise. Si l’envie semble bien présente, encore faut-il savoir où poser ses valises. D’un point de vue géographique, Toulouse joue d’une forte attractivité puisqu’ils sont 34 % à estimer que le climat économique toulousain est favorable à la création d’une société.  Malgré un contexte économique général encore affaibli par une crise aux conséquences toujours présentes, la ville du Midi-Pyrénées est manifestement parvenue à tenir le cap.

 

Un climat économique gelé par la crise de 2009

En 2007, la crise des subprimes fut le premier brasier qui vit par la suite s’enflammer l’ensemble de l’économie mondiale. Tels des dominos, chaque pays se couchait les uns après les autres à mesure que cette crise emportait avec elle tout espoir de croissance. Directement touchées par ce que beaucoup d’experts nomment la Grande Récession, les entreprises ont été affaiblies par le phénomène. Une étude de la Banque de France parue en 2012 fait le constat des dégâts et dressait un malheureux bilan des défaillances des entreprises survenues de 2008 à 2010. 

Sur cette période, la Banque de France relevait  alors 27 % de défaillances parmi les entreprises issus du commerce de détail, quand ce taux passait à 35 % pour le secteur du transport, 43 % dans l’industrie et 46 % dans la construction. Pour beaucoup d’entrepreneurs et d’observateurs économiques, 2009 donna l’impression de toucher le fond, et pourtant c’était sans compter le retour de crise de 2013 et son envolée de défaillances chez les PME. L’année dernière, pas moins de 63 452 entreprises ont été placées en redressement judiciaire ou tout bonnement liquidées, soit une progression de 5,3 % en comparaison à 2012.

 « La détérioration est très nette (…) fragilisées une première fois par la crise de 2009-2010, les entreprises les plus vulnérables n'ont pas résisté à la récession enregistrée en 2013. On peut parler d'effet à double lame », analyse Yves Zlotowski, économiste en chef chez Coface. Une situation alarmante constatée sur l’ensemble de l’Hexagone et annihilant toute velléité d’entreprendre. Dans cette atmosphère où volonté et ambition ont laissé place à un pessimisme neurasthénique et à des plans de rigueur à répétition, une région a su mettre en place les bons outils pour traverser ces perturbations, celle du Midi-Pyrénées. Si la crise n’a en effet épargné personne, la ville de Toulouse est cependant parvenue à mobiliser tout un écosystème, financier et entrepreneurial, pour permettre à son tissu de PME de se déployer. 

Financement des PME toulousaines : la solution des marchés financiers

En 2013, 29 803 entreprises se sont créées à Toulouse. Un dynamisme qui place depuis quelques années la ville rose au sommet des palmarès concernant les agglomérations les plus actives. La Cité des Violettes fait également partie des destinations plébiscitées par les cadres, d’après une étude de l’Apec, notamment lorsqu’il s’agit d’aborder la qualité de vie. Ils sont alors entre 40 et 50 % à placer Toulouse dans leurs préférences. 

Un succès qu’on ne doit pas uniquement à la douceur du climat toulousain mais qui s’explique aussi par la volonté de la municipalité de mettre au service des entrepreneurs toulousains les moyens de financement adéquates pour répondre à leurs besoins toujours grandissants. Pour pallier le recours au crédit bancaire, sinistré depuis la crise et les nouvelles règles prudentielles de Bâle III, les organes publics locaux encouragent fortement les PME en quête de fonds à se tourner vers les marchés financiers.

C’est ainsi que la région a accueilli avec enthousiasme l’année dernière l’initiative lancée par EnterNext, place de marché initiée par le patron d’Euronext Dominique Cerruti et qui consiste à permettre aux PME en quête de fonds de pouvoir s’introduire en bourse. Une solution alternative au refus quasi systématique des banques et qui voit déjà aujourd’hui douze sociétés basées en Midi-Pyrénées cotées en Bourse. « La Bourse a un rôle essentiel à jouer dans le financement de l’économie réelle. La proximité avec les entrepreneurs et les investisseurs dans les régions est indispensable, c’est pour cela que nous sommes de plus en plus présents à Toulouse », déclare Eric Forest, le PDG d’EnterNext, qui envisage même une prochaine implantation dans la capitale européenne du l’industrie aéronautique et spatiale : « «Si nous détectons un besoin fort à Toulouse, la question d’ouvrir un bureau de représentation se posera».

Toulouse concentre donc ses efforts pour aller chercher le capital où il est et se soustraire à la dépendance des banques. Quand les choses ne se font pas dans ce sens, ce sont les nouvelles solutions de financement qui s’imposent sur le territoire toulousain, dernier exemple en date : le crowdfunding. En effet, une vaste campagne de financement participatif est actuellement menée par la plateforme Wiseed pour racheter près de la moitié du capital de l’aéroport de Toulouse mise en vente par l’État.  Si de multiples offres émanant de grands groupes français et internationaux se pressent déjà au portillon pour racheter ce bijou national des transports aériens, cette phase de privatisation est l’occasion pour les acteurs du crowdfunding de faire la promotion de cette nouvelle solution de financement. A ce jour, l’opération a permis de réunir plus de 6 millions d’euros avec pas moins de 3000 contributeurs au compteur.

Le 13 novembre avait lieu à Toulouse un rendez-vous chapeauté par le journal La Tribune et réunissant institutionnels et chefs d’entreprises avec pour objectif de trouver des « solutions pour lever les freins de la croissance des PME ». BPIfrance a notamment profité de cet événement pour marquer son rôle dans le renfort du tissu entrepreneurial local, tout comme Pôle Emploi ou le Conseil Régional : « La Région aide les PME qui ont un fort potentiel de croissance. Depuis deux ans, notre dispositif « Croissance PME » les accompagne dans leurs projets d'investissement jusque dans la formation des salariés » a expliqué Claude Gaits, vice-président du Conseil Régional de Midi-Pyrénées en charge du développement économique.

C’est en faisant preuve de volontarisme et d’habileté que Toulouse arrive à mobiliser les organes publics et privés autour des problématiques de croissance. Aujourd’hui, les voyants toulousains sont au vert et semble encourager un dynamisme qui devrait faire école. 

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