Tirons notre courage de notre désespoir même. (Sénèque)

Marc GILSON 1
Tirons notre courage de notre désespoir même. (Sénèque)

Il y a un an, à la demande de la Commission Européenne un groupe d’experts indépendants sous la présidence du
finlandais Eerki Liikanen a réfléchi aux réformes qu’il conviendrait d’apporter au système bancaire européen et un rapport très intéressant a été publié le 12 octobre 2012.

Les Anglais s’y sont mis aussi de leur côté (rapport Vickers) et les Américains aussi (rapport Volker). Les conclusions ne sont pas tout à fait les mêmes évidemment mais elles préconisent des mesures qui alimentent le débat politique à haut niveau.

Restons européens.  Les experts du groupe Liikanen considèrent qu'il faut sortir les activités financières les plus risquées des banques de dépôts ce qui fera que les groupes bancaires - deviendront plus sûrs. « La séparation de ces activités dans des entités juridiques distinctes est la façon la plus directe de lutter contre la complexité et l'interconnexion
des banques
 ». En rendant les groupes bancaires plus simples et plus transparents, le groupe d'experts espère rendre la supervision et la résolution de crise  plus aisées.

Les activités risquées sont liées au métier de la banque d’investissement (donc pas les dépôts et les crédits aux
entreprises et particuliers) et on peut retenir parmi elles : le trading pour compte propre, les actifs et positions liées aux activités de teneur de marché, tous types de prêts ou d'exposition aux fonds alternatifs (dont le prime brokerage pour les hedge funds), les véhicules d'investissement spécialisés (SIV) ou autres entités assimilées, les investissements en private equity (capital investissement).

Les pays membres de l’UE passent maintenant à la phase exécutive, chacun selon ses propres convictions ou ses
contraintes nationales car la Commission Européenne n’a pas été au bout du processus d’une régulation de toutes les banques. Elle a confié le rôle de régulateur supranational à la BCE pour les institutions dont les actifs sont supérieurs à 30 milliards ou qui représentent plus de 20% du PIB de leur pays. La régulation n’est que du contrôle et ne s’occupe normalement  pas de la séparation des métiers.

La France se montre timide dans sa détermination à appliquer les recommandations du rapport Liikanen. Un groupe de professionnels, les Arvernes, pousse un cri d’alarme dans La Tribune de ce jour : ‘’loi bancaire, un texte pour rien’’. Ils estiment que « le gouvernement,  en feignant de croire qu'une réforme purement cosmétique pourrait suffire à tourner la page de la crise financière, fait une coupable erreur d'analyse. La tourmente boursière de l'été 2011 a démontré l'extrême fragilité d'établissements financiers dont la taille de bilan est comparable au PIB français. En réalité, nos établissements n'ont plus grand-chose à voir avec une banque traditionnelle, les dépôts et les crédits ne représentant qu'une part minoritaire de leur bilan. La séparation est donc une mesure de précaution nécessaire. A plus long terme, elle sera sans doute insuffisante si on considère que le modèle de gigantisme bancaire n'a plus de raison d'être. Le financement des banques sur les marchés est devenu très contraignant. »

Hasard des publications : un Flash de Natixis, signé Patrick Artus, titre : ‘’Une évolution très inquiétante : le changement du sens de la causalité entre économie réelle et marchés financiers (et immobiliers)’’

La causalité va normalement de l’économie réelle vers les marchés financiers, lorsque les prix des actifs financiers et immobiliers dépendent de leurs fondamentaux : croissance, inflation, profits… Mais, depuis les années 90, on observe de plus en plus la causalité opposée : ce sont les fluctuations des prix des actifs financiers et immobiliers qui déterminent les cycles de l’économie réelle ; les marchés financiers et immobiliers évoluent de périodes de bulles, où les effets de richesse soutiennent la demande et la croissance, vers des périodes de crise, qui déclenchent les récessions. Les marchés financiers (et immobiliers) ont alors perdu leur rôle central : d’informer sur la valeur fondamentale des projets d’investissement; il faudrait donc absolument revenir vers le premier équilibre où l’économie réelle dirige les marchés financiers et immobiliers. Ceci nécessite probablement :

- une contraction de la liquidité (de l’offre de monnaie), qui aboutirait à une baisse de la taille des marchés d’actifs,

- l’augmentation de la proportion des investisseurs qui peuvent avoir une approche fondamentaliste, par opposition à l’approche court-termiste.

Nous avons souvent discuté autour du rôle et du poids de la finance dans l’économie. Et de la croissance de ce
rôle depuis la dérégulation intervenue à la fin du siècle passé.

Aujourd’hui, manifestement, notre Monde se pose enfin les bonnes questions mais il tarde à y apporter les réponses que le bon sens attendrait. Car les lobbies et groupes de pression, les copinages et diverses cooptions, et simplement les intérêts particuliers, sont de nos jours le plus souvent vainqueurs dans cette dialectique.

C’est pourtant maintenant qu’il faut du courage, pas après la bataille !

Commentaires

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Alhema 09/02/2013
La séparation des activités financières des activités de crédit et de dépôt des banques n'évitera pas les crises. La crises des Savings banks aux Etats-Unis, la crise des caisses d'Epargne espagnole ont plongé leur pays dans la crise sans que les activités financières des banques puissent être tenus responsables. Les banques autrichiennes en accordant des crédit immobiliers aux hongrois dans des devises differentes de la leur ont entraîne une bulle immobilière en Hongrie et a mené ce pays dans une profond crise. On se trompe de débat, c'est un contrôle strict des activités bancaires et donc des hommes qui permet d'éviter les crises. Si vous ne contrôlez pas les risques dans les entreprises, les Kirviel, les Jean Marie Messier (Vivendi) les Zacarias etc.. alors potentiellement vous ne retirer pas le ver dans le fruit. Ce sont les activités des hommes qui doivent être contrôlées dans tous les domaines : banques, entreprises, et État. Tant qu'on aura pas compris qu'il faille tirer au sort pour une durée de 3 ans les auditeurs des entreprises, auditeurs payés par un pourcentage sur le résultat des entreprises, on ne pourra éviter les collusions entre les décideurs et ceux qui sont cencés les contrôler : les auditeurs. Affaire Enron, affaire Madoff etc...les hommes sont faibles et achetables, contrôlons leurs activités mais ce n'est pas en multipliant des lois que nous y arriverons. Ce n'est pas la séparation des activités des banques qui résoudront les problèmes si elles sont mal contrôlées, elles le resteront après la séparation. Alain