Super Mario, plus fort que « Ben l’hélicoptère » !

Jean-Noël VIEILLE 0
Super Mario, plus fort que « Ben l’hélicoptère » !

Super Mario, plus fort que « Ben l’hélicoptère » ! Une nouvelle fois les marchés restent totalement influencés par le discours des Banques Centrales et cette fois, ce fut le tour de la BCE d’entrer en action. Ce jeudi le discours de Super Mario a surpris positivement les marchés même si la journée de vendredi a été beaucoup plus contrastée, preuve que les investisseurs ont certaines difficultés à décrypter les mesures politiques et économiques qui sont en discussion en Europe et aux Etats-Unis. On doit s’inscrire dans une forme de dialectique entre ce qui est de l’ordre du discours politique (plutôt restrictif aux Etats-Unis et toujours accommodant en Europe) et de la réalité économique (favorable d’un côté et plutôt mitigé sur le vieux continent). En ce sens une certaine cohérence existe, et en termes d’évolution des marchés financiers, une des questions est de savoir si les marchés européens peuvent se dissocier de l’évolution des Etats-Unis. Nous ne croyons pas à cette notion de découplage et pensons que le marché US va rester le principal vecteur directeur de l’ensemble des marchés. Nous reviendrons sur le discours de la BCE et nous présenterons les prochaines publications des entreprises qui commencent avec Alcoa ce lundi soir.

 

Un nouveau discours rassurant de la BCE, mais….


La BCE a répondu au discours de la FED en faisant diminuer les craintes d'un durcissement monétaire généralisé en Europe. « Le conseil des gouverneurs, à l’unanimité - une première dans l'histoire de la BCE - s’attend à ce que les taux de la BCE restent à leur niveau actuel, ou plus bas, pendant une période prolongée ». Cette « forward guidance » devrait évoluer selon deux indicateurs : l'inflation à moyen terme et la croissance des agrégats monétaires (surtout l'évolution des crédits). Les marchés financiers ont plébiscité ce discours avec une forte hausse des marchés actions, une détente des taux souverains et une baisse de l'euro. On assiste ainsi à une tentative de dissociation de l’évolution des taux US et européens. Ceci devrait ouvrir la voie à une remontée durable du dollar par rapport à l’euro sur la base d’un écartement structurel des taux des deux côtés de l'Atlantique. Cette démarche pourra-t-elle permettre un recul de l'aversion au risque en Europe ? C’est peut-être aller un peu vite en besogne eu égard aux difficultés toujours importantes des pays du sud. Un groupe de travail se penche aussi sur l'Outright Monetary Transactions (OMT), pour améliorer son efficacité. On saura en milieu de semaine la réaction de la Cour de Karlsruhe sur le recours intenté contre les OMT, sachant que si le recours était validé, cela compliquerait la mise en place des mesures de sauvetage. Mario Draghi a aussi continué de maintenir la pression sur les gouvernements européens pour qu'ils poursuivent certaines avancées institutionnelles, notamment sur le volet de l'Union Bancaire.

 

La BCE a voulu répondre à la nervosité des marchés accentuée par les propos de la FED. L’objectif est clair mais difficile à atteindre : protéger la zone euro des perturbations mondiales, apporter de la stabilité dans une période où la croissance est faible. La BCE rappelle que les gouvernements européens doivent poursuivre les mesures d’assainissement : « la stabilité des marchés depuis 6 mois peut laisser penser qu’ils ont le temps devant eux pour faire les réformes, à tort car les tensions financières peuvent revenir très vite ». En conséquence ne soyons pas trop naïfs par rapport au discours de la BCE, il n’y a en effet rien de nouveau, la possible baisse des taux ne changerait d’ailleurs pas grand-chose à la situation, elle officialiserait une détérioration économique encore plus forte, donc prudence toujours vis-à-vis des marchés. Les zones de turbulences sont nombreuses : dérapage du plan de restructuration grec, instabilité politique du Portugal, difficultés du crédit dans l’ensemble de la zone et particulièrement en Espagne et en Italie. Après le recul des marchés vendredi, on suivra donc attentivement ce marché cette semaine pour connaître les options de cet été, soit on assiste à un remake de 2009 (extension) ou alors une situation plus volatile et mitigée.

 

Une semaine prochaine pour donner le ton de l’été ?

 

La semaine démarre par une journée importante pour les opérateurs de marché, tant sur le front des entreprises que pour la crise des dettes souveraines. En Europe, les ministres des Finances de la zone euro se réunissent à Bruxelles et devraient évoquer l'aide aux banques, même si un responsable européen a indiqué vendredi que le plan ne devrait être bouclé qu'à la fin juillet. On attend des avancées sur l’ensemble de la réforme bancaire. Mais plus fondamental ce lundi, le minier américain Alcoa ouvrira la série des résultats trimestriels. Le marché suivra surtout le discours des entreprises concernant le T2 et le deuxième semestre, sachant que le dernier ISM manufacturier a été décevant. Le marché analysera aussi le commerce extérieur et la production manufacturière de l'Allemagne en mai ainsi qu'une émission obligataire en Grèce. D’autres publications importantes sont à attendre dans la semaine : celle de Sodexo, Marks & Spencer, Burberry (ce dernier avait fortement déçu précédemment), Marriott, Carrefour et Renault annoncera ses ventes de véhicules pour le premier semestre. En Asie, le produit intérieur brut chinois du deuxième trimestre sera particulièrement surveillé jeudi. Du côté des entreprises, JPMorgan et Wells Fargo publieront leurs résultats trimestriels vendredi. Nous aurons en fin de semaine une bonne vision de la situation des entreprises dans des secteurs clefs que sont l’univers de la consommation, les banques et les services. Eu égard à la psychologie actuelle des marchés, toute mauvaise nouvelle sera sanctionnée assez durement, donc la volatilité des titres sera assez élevée.

 

En conclusion, nous restons sur une stratégie assez prudente. La hausse de jeudi (+3% sur le CAC) aurait pu être anticipée, mais nous avons considéré que ceci restait assez dangereux et la journée de vendredi nous a donné raison (pour l’instant au moins). Comme nous l’indiquons dans cette note, nous pensons que ce sont les données des entreprises qui vont donner le « la » des marchés et nous sommes donc moins optimistes que les banquiers centraux sur leur évolution mais nous sommes prêts évidemment à changer d’optique si les premiers chiffres sont favorables.

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