Retour sur actifs (ROA) vs Retour sur capitaux propres (ROE)

Sovanna SEK 10
Retour sur actifs (ROA) vs Retour sur capitaux propres (ROE)

L'analyse fondamentale est parfois fastidieuse mais d'un autre côté, cela permet de développer des connaissances en comptabilité et au niveau sectoriel. Dans le cadre d'une analyse d'une action, il faut d'abord faire un diagnostic préliminaire avant de passer à la phase supérieure. Primo, on débutera par une analyse générale du bilan financier. Deuxio, on fera l'effort de comprendre l'environnement du secteur d'activité et ses relais de croissance. A partir de là et si cela correspond à notre profil d'investissement et nos convictions, on regardera rigoureusement  le rapport annuel et se faire une idée concrète de l'entreprise. En tant que salarié en CDI (Contrat à Durée Indéterminée), il m'est difficile de m'y consacrer pleinement. Du coup, un tri sélectif des ratios financiers et des secteurs d'activité à suivre me semble judicieux. Par ailleurs, j'associe cette méthode avec l'analyse technique.

Le ROE : Attention à l’interprétation

Pour mesurer la rentabilité d’une entreprise cotée, la communauté financière se concentre sur le ROE. Par définition, il évalue la performance finale pour l’actionnaire après déduction des intérêts. Cependant, un problème se pose dans l’interprétation de ce ratio parce que l’effet de levier n’est pas pris en compte. Appelé « effet boomerang », il est censé utiliser l’endettement pour augmenter les profits de l’entreprise. Par exemple, si celle-ci emprunte 100 millions d’euros à 5 % et cela vous rapporte 12 %. Cela signifie que l’entreprise gagne 7 % de plus que le coût du prêt et 7 millions d’euros seront injectés au résultat net puis au ROE grâce à cette astuce comptable.

Ce qui me gêne dans ce raisonnement, c’est que l’entreprise se croira pérenne et fera rêver les investisseurs particuliers. En réalité, c’est juste une illusion trompeuse car le risque financier est lourd de conséquences. D’une part, les actionnaires majoritaires seront de plus en plus exigeants en termes de rentabilité dont l’entreprise sera incitée à jouer de plus en plus avec l’effet de levier. D’autre part, si la dégradation de la conjoncture économique entraine une baisse sensible de leur activité, c’est une montagne de dettes qui peut la rendre insolvable.

Le ROA : Révélateur de la qualité de l’entreprise mais…

A l’opposé du ROE, le ROA évalue la capacité ou l’incapacité de l’entreprise à faire des bénéfices avec ses propres moyens matériels. Personnellement, j’accorde plus de crédit pour ce ratio pour mesurer la vraie rentabilité de l’entreprise. Tout d’abord, il élimine l’effet de levier car le ROA est dépendant de la marge nette et de la rotation des actifs. Ensuite, un ROA élevé permet à l’entreprise d’avoir une marge de manœuvre pour augmenter ses prix donc d’améliorer ses marges et cela permet d’avoir la main sur sa clientèle.

Par contre, le niveau du ROA est variable selon les secteurs d’activité. Du coup, il est préférable de faire une comparaison entre plusieurs entreprises du même secteur. Par exemple, l’industrie lourde, les compagnies pétrolières ou les télécoms mobilisent beaucoup d’actifs pour générer des profits alors que c’est le contraire pour les médias, les agences publicitaires ou les services de prestations informatiques.

Conclusion

Le vainqueur serait le ROA. Ceci dit, ma préférence est d'acheter une action en le combinant avec les ratios d’endettement (gearing, solvabilité globale) pour éviter les mauvaises surprises. De plus, il est créateur de valeur pour l’actionnaire du fait que le jugement se porte sur les compétences de la gouvernance et des salariés à faire prospérer leur entreprise. Enfin, l’effet de levier peut détruire le capital investi par l’entreprise. Mais l’argument est valable pour le trader et les Français moutonniers souhaitant investir dans l’immobilier d’habitation en pic de sa bulle.

Commentaires

Avantages d'être membre

Postez vos commentaires. Vous pouvez aussi y ajouter des graphiques et des images afin d’illustrer vos propos.

Olivier 14/10/2013
Très intéressant, déjà la majorité des particuliers ne regardent que le compte de résultat, ensuite certains s'intéressent un peu au bilan (capitaux propres, capitaux propres tangibles, dette), mais là je constate que ma culture comptable a des lacunes en lisant cet article. Cet article va m'être très utile car j'ai compris l'intérêt de comparer le ROE et ROA alors que de prime abord j'avais plutôt l'impression d'avoir des synonymes ou presques doublons.
Sovanna SEK 16/10/2013

L'analyse générale du bilan financier ne doit pas être prise à la légère. Cependant, il n'est pas nécessaire de connaître tous les ratios de A à Z parce que certains ne sont pas pertinents et ont pour vocation de tromper l'investisseur lambda en lui vedant une belle histoire.

Par ailleurs, la comptabilité est à la portée de tous si on met de la bonne volonté.


Daniel PORTER 14/10/2013
Bonjour Sovanna. billet très pertinent qui m’en rappelle un autre excellent celui de Pierre Olivier Langevin du 20 déc 2009. Billet qui m’a fait faire de grands progrès ( merci P.O.). Par contre tous les trois on a du IBM. Mais avec un ROE de 88 et ROA de 13 ???? Heureusement que notre oracle en a ! sinon j'aurais surement allégé
Sovanna SEK 16/10/2013

Exact. P.O m'avait averti de la mascarade du ROE et a une préférence pour le ROA. Concernant IBM, en plus de ses ratios de rentabilité, le gearing de cette année est de 117 %. Ce qui explique le niveau du ROE astronomique. Fondamentalement, je ne m'inquiète pas pour cette entreprise car elle a du cash et des relais de croissance comme le cloud. Par ailleurs, c'est le maître du data center.


Christophe 16/10/2013
Merci pour cet article pédagogique ! Les explications sont aussi claires qu'utiles. Il est en effet parfois tentant d'oublier qu'un ROE alléchant peut n'être du qu'à un fort effet levier...
Sovanna SEK 16/10/2013

De rien !! L'effet de levier est dévastateur s'il y a un dérapage économique. Il ne faut pas oublier qu'on ne vit plus dans un Monde conventionnel mais dans un Monde en veille active.


alex32 24/11/2013

bonjour sek

on ne peut se baser que ces 2 indicateurs pour juger une entreprise.Je pense que c'est nettement plus compliqué que çà.

Si tu te base que sur le  ROE par exemple il y plein de secteur qui sortiront de ta liste et pourtant ils sont extremement performants.

il y a des secteurs qui demandement logiquement beaucoup d'investissement exemple les utilities(gdf,edf,areva ect..),Immobilier(unibail ect..)Gros investissement donc gros endettement .le critère pertinant ce serait le ration ebitda/dette qui montre la capacité d'une société à rembourser sa dette assez rapidement.
selon qu'on est en situation de taux bas ect.. les charges financières font varier leur résultat net et donc logiquement le cour de la bourse.

Une anticipation de hausse de taux fait logiquement baisser les actions des sociétés fortement endetté ect..

Enfin c'est compliqué et long à expliquer

alex32 25/11/2013

j'ai vu sur ton blog que tu suis beaucoup delamarche et  Béchade.2 personnages qui passent leur temps à raconter des absurdités.c'est vrai ils ont un langages faciles à comprendre pour pas mal de personnes mais attention .

Regarde son fond platinium et tu comprendras très vite pourquoi je dis çà -20% en 2013 alors que le cac fait plus de 16%:

http://www.platinium-gestion.com/fr/nos-opcvm/platinium-france

MC 09/11/2015

Que pensez-vous de l'utilisation de ces ratios pour juger la performance managériale? 

MC 09/11/2015

Que pensez-vous de l'utilisation de ces ratios pour juger la performance managériale?