Quelles sont les perspectives sur le prix du pétrole ?

Jérôme Boumengel 4
Quelles sont les perspectives sur le prix du pétrole ?

A quelques semaines de la réunion informelle de l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP) à Alger, prévue en marge du Forum international de l’énergie du 26 au 28 septembre, le président vénézuélien Nicolas Maduro, dont le pays est au bord de la faillite, a déclaré que « le cours du pétrole, par nécessité, peut et doit remonter à 70 dollars le baril ». Un tel scénario peut-il se réaliser alors que les prix du brut ont déjà progressé de près de 25% depuis le début de l’année ?

Du côté des fondamentaux, rappelons que pour 2017, l'Agence internationale de l'énergie (IEA) prévoit toujours une augmentation de la demande de pétrole. Et même si cette augmentation a été révisée à la baisse, la hausse devrait atteindre en moyenne 1,2 million de barils par jour en 2017, soit un total de 96,5 millions de barils/jour.

Du côté de l’offre, en dépit du retour de l’Iran sur la scène internationale, la production de pétrole depuis le début de l’année a légèrement diminué,  la forte hausse au sein de l'OPEP n'ayant pas permis de compenser le déclin observé dans les pays qui n’appartiennent pas au cartel. Pour 2017, le consensus s’attend à une hausse de la production mondiale de l’ordre de 96 millions de barils/jours, une estimation de nature à envisager un retour à l’équilibre entre l’offre et la demande.

Pour 2017, les perspectives sur les fondamentaux ne sont donc plus aussi négatives que lors de ces dernières années. Le marché est en train d’en prendre acte et il a commencé à anticiper pour 2017 une réduction du déséquilibre entre l’offre et la demande de pétrole, une situation qui caractérise le marché depuis 2014.

Mais s’en remettre uniquement aux fondamentaux pour tenter de prévoir l’évolution du prix du brut n’est toutefois pas suffisant, car les comportements spéculatifs sont en grande partie à l’origine des mouvements de prix à court et moyen terme. Il est donc indispensable d’analyser le comportement des spéculateurs en analysant le niveau et l’évolution des prix, des volumes échangés et des positions ouvertes sur les marchés à terme.

A l’instar du dollar, où moins de 5% des transactions quotidiennes résultent d’échanges de biens et de services, le reste étant l’apanage des spéculateurs, les livraisons effectives de pétrole ne représentent qu’une petite partie des échanges quotidiens.

Rappelons que sur le seul New York Mercantile Exchange (NYMEX), il s’échange quotidiennement en moyenne près de 1,2 million de contrats à terme (toutes échéances confondues). Sachant qu’un contrat porte sur 1000 barils, c’est donc 1,2 milliard de barils qui s’échangent chaque jour sur ce seul marché.

Or la consommation mondiale quotidienne de pétrole avoisine seulement 95 millions de barils par jours, soit 13 fois moins que les échanges à terme sur le seul NYMEX. Ce chiffre permet de se faire une petite idée de l’emprise de la spéculation sur l’or noir et l’intérêt d’analyser les comportements spéculatifs.

Sur le NYMEX, le niveau des positions spéculatives à l’achat est resté stable depuis le point bas du marché (février 2016). En revanche, les positions spéculatives à la vente ont enregistré une baisse de l’ordre de 20% sur cette période. On en déduit que la remontée des prix du pétrole est globalement le fait d’anciens vendeurs à découvert qui se sont rachetés, et non de nouveaux spéculateurs qui seraient entrés sur le marché.

Du côté des flux, c'est-à-dire des volumes échangés, on notera que le redressement des prix du brut s’est accompagné d’une sensible augmentation des volumes de transactions qui ont atteint une moyenne quotidienne de 600 000 contrats entre mars et avril. Cette hausse résulte donc d’une augmentation de la demande et non d’une diminution de l’offre.

Cette configuration positive entre l’évolution des prix et des volumes se lit également sur l’Obvgram. Cet indicateur, qui mesure le rapport entre les volumes haussiers et les volumes baissiers, évolue dorénavant en zone positive, alors qu’il était négatif pendant le marché baissier.

 

La conclusion technique qui s’impose, c’est que les prix du pétrole développent depuis le début de l’année une configuration d’accumulation et non de consolidation. La probabilité d’une hausse à moyen terme est donc plus importante que le scénario d’un retour sur les plus bas.

Si les prix du pétrole peuvent encore buter sur le seuil graphique des 50$, à terme ils devraient finir par franchir cette résistance pour rejoindre l’objectif des 60$.  

 

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Commentaires

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MAKFRA 23/08/2016

Bonjour Mr BOUMENGEL,

 

votre article est beaucoup plus complet et reflète la réalité du marché du pétrole. Nous pouvont rajouter deux choses: la première concerne les Etats-Unis qui grâce à la remontée des prix du baril relancent de nouveau puits, donc l'offre va remonter pour 2017 et ensuite techniquement pour qu'il y ait un changement de tendance il faut que le prix du baril casse à trois reprises la moyenne bleue descendante pour être sûr du mouvement à venir. Pour moi, il s'agissait d'une reprise technique sur une rumeur que les inetrvenants ne devraient pas croire puisque c'était le même cinéma que lors de la réunion précédente. Maintenant, malgré toutes ces opérations sur les marchés futures, le ralentissement économique mondial est bien plus fort que prévu, l'OCDE n'a pas encore révisé une nième fois ses prévisions mais cela impactera la demande de pétrole.

Bien amicalement

Jérôme Boumengel 23/08/2016

Bonjour Mr Makfra,

C'est vrai que depuis le rebond des prix du pétrole, des puits réouvrent. Mais la production de pétrole est toujours orientée à la baisse. Les chiffres de juillet ont encore fait état d'une baisse de la production. Depuis le début de l'année, la diminution est de 7%.

Certes, elle finira bien par remonter, mais pour l'instant ce n'est pas le cas.

Sinon, vous pouvez effectivement attendre le croisement entre la moyenne mobile courte et la longue, histoire d'être sûr que le redressement va se poursuivre.


Patrick MARTIN 23/08/2016

Entièrement d'accord:
Ralentissement économique mondial, volonté de certains pays d'augmenter leur production (Irak ces jours-ci), les puits américains qui réouvrent (Amérique du Nord: 1049 puits il y a 1 an, 459 en juin 2016, et déjà 543 en juillet).
A part le risque géopolitique, rien ne plaide pour une hausse des cours.

Jérôme Boumengel 23/08/2016

Les marchés fonctionnent avec des anticipations et des croyances. La croyance actuelle est dans le rééquilibrage de l'offre et de la demande à partir de 2017. D'ici là, les prix du brut peuvent monter et si le rééquilibrage tarde, les prix baisseront à nouveau. Mais entre-temps, il y a une fenètre de prévisibilité, avec un scénario haussier.