Quelles performances avec un « portefeuille permanent » « à la française » ?

Cyril COLLÉATTE 3
Quelles performances avec un « portefeuille permanent » « à la française » ?

Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier ! Certes… Mais dans quels paniers alors ? Harry Browne répond à cette interrogation par son « permanent portfolio », un portefeuille permanent – donc – dans lequel on place son épargne long terme en 4 parties égales : actions nationales, obligations long terme, liquidités et or. Les performances de ce portefeuille sont honnêtes : 9,7% par an sur la période 1972/2011. Les chiffres peuvent être réactualisés, mais ça ne change pas le principe : une diversification « à l’aveugle » a priori.

J’ai décrit en détail les attraits du permanent portfolio pour le particulier dans un autre billet, mon objectif ici est de prendre du recul sur les performances d’un tel portefeuille si on le décline au marché français. Harry Browne, connu comme penseur et homme politique libertarien am,éricain, a conçu son portefeuille pour les américains et les performances affichées sont donc établies sur la base de données américaines (SP500 et dollar). Que donne un tel portefeuille si on le décline sur le marché français ?

 

Des hypothèses de travail réduites sur 20 ans

Pour le cours des actions, j’ai pris les cours du CAC40 sur les 20 dernières années en estimant les dividendes à 3% par an – cette hypothèse me paraît acceptable. J’aurais pu prendre l’EuroStoxx50 - en cible autant investir sur un marché plus large en euros, mais les données ne sont pas disponibles (et pour cause : l’indice a été créé en octobre 2009).

Pour la partie « obligations long terme », le taux des AOT à 10 ans en début d’année me semblait constituer le benchmark pertinent. Pour la rémunération des liquidités, le choix est évident : le taux du livret A, en moyennant le taux sur l’année en fonction de l’évolution du milieu d’année. On me pardonnera une approximation à 0,1% en cas de changement de taux – les résultats ne doivent pas être transfigurés. Pour la partie « or », les cours du Napoléon en début de période constituaient également une approche acceptables à mes yeux. Les sources détaillées des données sont disponibles à la fin du billet.

Petite limite : j’ai fait l’impasse sur les frais (rais de gestion, frais d’entrée… et la fiscalité), en considérant qu’on conservait l’ensemble du portefeuille sur la durée, alors qu’il y a quand même quelques arbitrages. En outre, les performances affichées pour le concurrent américain retiennent les mêmes hypothèses. A noter : le portefeuille de Harry Browne préconise de rééquilibrer le portefeuille lorsqu’une catégorie d’actifs dépasse 35% du portefeuille ou passe en-dessous des 15%.

Pour contribuer à l’analyse de la déclinaison de ce fameux portefeuille sur un périmètre français, j’ai opté pour deux approches : le rééquilibrage en cas d’évolution dans les fourchettes évoquées, et un rééquilibrage annuel.

 

Des résultats légèrement contre-intuitifs pour le non-spécialiste

Les résultats pourraient être surprenants par rapport aux résultats américains, on arrive sur 20 ans à une performance de 171% soit 5,11% annualisé. C’est « propre » mais ce n’est pas exceptionnel même dans le cadre d’une inflation relativement faible. Une grosse partie de la performance provient de l’évolution de l’or, ce qui n’était pas nécessairement intuitif – d’autant que cette matière première est considérée comme valeur « refuge », elle s’avère être un support spéculatif sur la période - surtout à partir de 2004.

Etant données les variations du marché action sur la période, on pourrait étendre la période : sur les comparaisons américaines, nous sommes sur des horizons de 40 ans. Ce portefeuille reste relativement défensif et n’affiche des performances négatives que 4 ans – c’est son point fort, à mes yeux. On voit bien que les marchés de l’or et des actions sont, sinon décorrélés, avec un coefficient de corrélation négatif – ce qui amortit le mouvement.

Le portefeuille A représente un investisseur qui place l'équivalent de 10.000 euros en 1993, et rééquilibre son allocation d'actifs quand une classe représente plus de 35% ou moins de 15% de son portefeuille. Le portefeuille B correspond à un investisseur qui rééquilibre tous les ans son portefeuille. La différence est marginale entre les 2 approches sur la période. 

 

Un bon principe à adapter de façon plus dynamique ?

Les avantages théoriques du portefeuille permanent sont facile à saisir : pas besoin d’analyse macro-économique ni d’intermédiaire, un investissement et une gestion mécanique… Certes vous êtes autonome sur la base de ces principes (pas d'intermédiaire ou de conseiller en gestion de patrimoin), mais ça ne paie définitivement pas la retraite sur la côté d’Azur – sauf à disposer d’un capital initial très conséquent.

Je garde de mes lectures de Keynes un goût modéré pour l’or (cette "relique barbare"). Mais d’un point de vue financier, s’il permet de faire des plus-values, pourquoi avoir des états d’âme ? La littérature économique et les tribunes sur le sujet génèrent toujours beaucoup de réactions (je vous invite à relire les billets de Sovana Sek ou de Fabien Manac’h).

S’il s’agit d’investir pour la retraite, la part de liquidités de ce portefeuille est complètement excessive – même sur une période de déflation. Dans un objectif de long terme, il y a un grand absent de cette allocation d’actifs, c’est l’immobilier. Ce marché fluctue également, il est un peu plus corrélé aux autres classes d’actifs que ce qu’on peut voir pour l’or et les actions puisqu’en cas de crise économie, les loyers se déprécient. Mais l’immobilier produit des loyers, ce qui concourt à l’objectif « retraite ». Dans cette optique, et en extrapolant les principes fondateurs, on peut imaginer une répartition en 3 parties : 33% immobilier, 33% actions, 34% fonds euros d’un contrat d’assurance-vie.

Dans le contexte français, il est prudent de prendre en compte la dimension fiscale des investissements. Avec la répartition ci-dessus, et dans l’optique long terme (de type retraite), l’utilisation d’enveloppes fiscales (Assurance-vie, PEA…) doit être intégrée dans votre stratégie patrimoniale. Quant à l’immobilier (en direct ou en SCPI), il justifie à lui seul de nombreux billets qui dépassent le cadre fixé.

Un investissement progressif et diversifié permet également d’amortir les soubresauts du marché. Dans les chiffres présentés, j’ai repris l’évolution d’un capital initial qui ne bouge pas pendant 20 ans. Hors événements particuliers, le cycle d’épargne est plus linéaire, plus progressif. C’est le sens de l’approche que je développe sur les SICAV.

Si vous souhaitez obtenir un meilleur rendement, il faudra être manifestement plus actif sur les marchés, ou recourrir au service d'un professionnel du patrimoine...

 

Les sources de données

 

 

Commentaires

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k9 27/01/2014
Pour respecter la théorie d'Harry Browne, pour la poche obligataire il faut au choix prendre les obligations les plus longues (OAT30 dans le cas de la France) ou prendre des obligations à moyen terme (OAT10) à la fois pour les 25% obligataires et pour les 25% de cash (donc en lieu et place du livret A). La première solution est recommandée, car c'est celle qui génère le plus de volatilité, donc de gains en capital, et en cas de déflation prolongée c'est celle qui génère le plus de revenus. Quelle que soit l'hypothèse retenue, le rendement obtenu est significativement meilleur que celui que vous avez calculé.
Cyril COLLÉATTE 27/01/2014

Bonjour,

 

Merci pour votre remarque. Ayant conservé l'ensemble des calculs, je vais compléter l'analyse avec cette hypothèse et la repartagerai dans quelques jours (le temps de mouliner tout cela...).

"Tant mieux" si les résultats sont nettement meilleurs - finalement, ça n'en rendrait que davantage hommage à Harry Browne ;-)

 

Bonne journée,

Cyril COLLÉATTE 02/02/2014

Bonjour,

 

Suite à votre commentaire, j'ai actualisé les données avec des OAT à 30 ans et non à 10 ans. Sur la période, on obtient une performance de 182% soit 5,32% en annualisé - ce qui est, j'en conviens, un peu plus que l'épaisseur du trait. 

Je suis parti des données du site de la Banque de France (https://www.banque-france.fr/economie-et-statistiques/changes-et-taux/les-taux-de-reference-des-bons-du-tresor-et-oat.html).

Ces écarts n'impliquent pas de rééquilibrage anticipé pour respecter la règle des 15%/35% édictée par Harry Browne.

Merci une nouvelle fois pour cette remarque importante.

Bonne journée,