Quand les Anglais tirent les premiers

Marc GILSON 0
Quand les Anglais tirent les premiers

Que penser des décisions prises par le gouvernement anglais ?

Pour rappel : le chancelier de l'Echiquier, George Osborne, lors de la présentation du budget pour l'année prochaine, a annoncé que l’impôt sur les sociétés va baisser : encore aujourd’hui à 23% il sera de 20% en 2015 (en 2010 il était de 28%). Les cotisations patronales vont être allégées et un tiers des employeurs du pays ne paiera plus de taxes sur l'emploi. Et, cerise sur le gâteau pour faire la nique aux défenseurs de la taxe Tobin, le droit de timbre perçu sur les transactions boursières sur les entreprises en croissance sera supprimé.

Le message est clair : on continue à sabrer dans les dépenses publiques et on mise tout sur les entreprises.  C’est aussi un appel à peine déguisé à la délocalisation, comme un écho aux nombreuses piques du maire de Londres, le remuant Boris Johnson. Et c’est surtout une nouvelle manière de se démarquer des autres membres de l’UE qui suivent les préceptes de rigueurs mis en avant par l’Allemagne, la BCE, le groupe Ecofin, le FMI… mais pas par la FED ni la Banque du Japon.

Il ne faut pas non plus tomber dans le sensationnalisme : le taux d’imposition des sociétés n’est pas un absolu et bien peu d’entre elles payent réellement cette ponction sur leurs bénéfices ainsi que le montrent de nombreuses études sur le sujet (en remarquant que les PME payent en moyenne plus que les grandes entreprises)

Ce qui est intéressant dans la démarche anglaise, c’est l’effort qui est manifesté pour augmenter la compétitivité des
entreprises : une baisse des charges sociales accompagne la baisse des impôts. Et on peut y ajouter une politique délibérée de dévaluation de la livre par rapport à ce damné euro.

La clé du futur est donc probablement dans les gains de compétitivité. Il est très intéressant de noter que les exportations Grecques ont progressé de 11% au 4ème trimestre, et de 30% en dehors de l’Union Européenne. L’’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Irlande ont aussi de bons résultats : les PIIGS redeviennent honorables...

Dans ces pays, la dévaluation interne est donc une réalité. Il y a près d’un an, cette expression était utilisée par Jörg Asmussen, ex-conseiller pour les affaires économiques d’Angela Merkel : « la rigueur budgétaire ne suffit pas, parce qu'il y a plusieurs pays qui ont un problème de compétitivité accumulé depuis plus de 10 ans. Nous avons besoin d'une sorte de dévaluation interne, à commencer par les salaires. »

Pas besoin de faire un dessin !

Et l’Allemagne a été un vrai champion en la matière. Même si cela agace fortement des partenaires et amis comme la Belgique. Par exemple, sur base de témoignages, deux ministres ont décidé de déposer plainte contre l’Allemagne à la suite de récriminations émanant du secteur de la viande en Belgique. «Plusieurs de ces entreprises ont commencé à restructurer ou délocaliser vers l’Allemagne car elles ne parviennent plus à faire face à cette concurrence. L’une d’entre elles ne découpe plus la viande en Belgique, mais coupe les carcasses en quatre et les envoie vers l’Allemagne. Là, des travailleurs à très bas salaires s’occupent de la découpe et c’est beaucoup plus rentable. Ces pratiques sont inadmissibles».

Revenons en Angleterre, un pays au niveau de vie élevé mais qui subit aussi -comme les autres- le rabotage des marges bénéficiaires de ses entreprises et l’appauvrissement de sa classe moyenne. Les mesures annoncées par Osborne ont fait le buzz mais en réalité suffiront-elles à créer une dévaluation interne suffisante ou, si oui, ne pourraient-elles pas tuer le  marché interne de la consommation ? Le serpent qui se mord la queue en quelque sorte.

Un débat européen qui fera encore couler beaucoup d’encre et de salive ! D’autant plus que l’UE et la zone euro manquent singulièrement de gouvernance, ce qui est peut-être plus grave que la crise de la dette elle-même. La chroniqueuse Anne Blanpain a intitulé son dernier billet : « Le sauvetage de Chypre c'est un peu comme une bande de turlupins qui  auraient décidé de jeter des pétards dans le poulailler du village. Mais quand les pétards mettent le feu au poulailler, alors il n'y a plus personne. Plus personne pour prendre la responsabilité de la décision ».

Voilà pourquoi M. Osborne peut se mettre en évidence.

@MarcGilson

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