Premier avertissement des Banques Centrales !

Jean-Noël VIEILLE 0
Premier avertissement des Banques Centrales !

Cette semaine a été marquée par un premier coup de semonce assez révélateur de la psychologie actuelle des marchés financiers. Une évidence s’impose : ce sont bien l’activité et les discours des banques centrales et non la réalité économique qui influencent les décisions des investisseurs. L’enjeu est important. Les marchés financiers ont été soutenus depuis quatre ans par une politique de taux directeurs bas et par l’injection de liquidités. Il suffit que plusieurs banquiers commencent à émettre l’idée d’un ralentissement de ces injections de liquidités pour jeter le doute sur la poursuite de la hausse des actifs risqués. On a coutume de dire qu’il ne faut pas jouer contre les banques centrales, alors, après plusieurs semaines de forte hausse des indices actions, on devrait assister à leur dégonflement assez rapide. Le Nikkei a ainsi montré l’exemple en connaissant une chute assez spectaculaire de 7% ce jeudi et encore de 3,2% ce lundi matin.

 

L’effet de liquidités : principes et risques

 

Deux éléments majeurs ont perturbé les marchés cette semaine, les craintes d’un resserrement monétaire de la FED dès le mois de juin et aussi le retour de flux de capitaux en direction du Japon. Le marché a alors anticipé une diminution de l’abondance des liquidités en Europe et une chute de la valorisation des actifs les plus risqués, ces derniers ayant profité de cet afflux de liquidités entraînant la formation d’une bulle assez fortement décorrélée des réalités économiques. Ce risque est réel mais on doit aussi faire confiance aux banques centrales pour que ce resserrement se fasse très progressivement d’autant que la croissance mondiale reste encore assez faible. Ainsi, on sait que certains membres du comité de politique monétaire se sont déclarés en faveur d'un abaissement des achats mensuels dès le mois de juin sous condition d'une poursuite de l'amélioration du marché du travail. Les débats semblent de plus en plus animés entre les « faucons », avocats de l’orthodoxie et les « colombes », partisans d’une politique monétaire plus laxiste. L’objectif de la FED est également d’éviter le scénario de 1994, quand son changement de cap avait pris de court les investisseurs et provoqué un krach obligataire, soit une hausse brutale des taux d’intérêt.

 

Désormais, les investisseurs sont prévenus et il faudra surveiller la publication des prochaines statistiques américaines, taux de chômage, croissance du PIB et d’inflation car ils vont dicter la marche à suivre de la FED, avec une analyse inversée : toute amélioration de ces statistiques sera interprétée négativement par le marché, c’est cela la magie de la finance !

 

Les dernières statistiques sur les flux de capitaux japonais semblent montrer que ces derniers n’achètent plus de titres obligataires étrangers. Ceci peut donc avoir pour conséquence la fin de la baisse des taux souverains européens (donc une nouvelle tension) et une baisse de l’euro notamment par rapport au dollar (vers une parité fin d’année à 1,24 ?). Du côté de la BCE, la stratégie reste toujours assez délicate. La poursuite de la contraction du crédit en zone euro, la fragilité de la croissance du PIB et le risque de déflation obligeront la BCE à agir mais les modalités restent à définir. L'achat d'ABS, une solution que certains membres avançaient, ne fait pas le consensus car elle risque d'éloigner la BCE de son mandat et lui fait porter un risque important. Une solution serait de passer par le BEI ou par des institutions nationales équivalentes à la Banque publique d'investissement en France en collaboration avec les banques centrales nationales.

 

Retour sur un principe de réalité


La position de la FED va amener les investisseurs à une certaine dose de réalisme, puisque l’on ne pourra plus utiliser l’alibi des liquidités pour expliquer la hausse des actifs à risques. Aussi, si on sort d’une approche purement spéculative pour revenir à une valorisation des actifs sur une base fondamentale, nous devrions assister aux évolutions suivantes. En Europe, une remontée de la prime de risque souverain de la plupart des pays est assez prévisible au cours du deuxième semestre. En effet, depuis près d’un an les marchés des dettes publiques de la zone euro se sont améliorés, marquant un plus grand optimisme des investisseurs sur les finances publiques de la zone, aidé par les déclarations de la BCE. Mais du côté de l’économie réelle, les éléments positifs sont loin de l’emporter. La production recule comme les investissements et nous assistons à des baisses des capacités de production. La croissance potentielle est très faible, d’autant que les gains de productivité sont limités et la hausse du chômage reste importante (12% de la population active). Dans ce contexte, on voit assez mal l’amélioration possible des finances publiques, d’où la décision de la Commission Européenne de donner du temps aux pays pour faire disparaître des déficits. On pourrait donc assister à une augmentation des taux d’endettement public qui aura pour effet l’augmentation des primes de risque.

 

Du côté des actions nous pensons que nous venons de connaître les points hauts de l’année. En effet, si les investisseurs se mettent à douter de l’effet des liquidités, l’analyse fondamentale va retrouver une certaine légitimité. Nous pensons, par rapport à la situation macro-économique de la zone euro, que les perspectives de croissance attendue des bénéfices des entreprises sont trop élevées (+9,8% et +10,7% pour le CAC 40 en 2013 et 2014 et + 8,9 %, +10,4% pour l’eurostoxx 50). Ces prévisions devront ainsi être révisées durant l’été après la publication des résultats semestriels. En revanche, nous sommes plus confiants sur la poursuite d’une tendance favorable pour les Etats-Unis car le point d’inflexion est derrière eux et la situation du deuxième semestre devrait être nettement plus favorable. Les prévisions de croissance sont modérées, +6,7% en 2013 et +8,9% en 2014 pour les bénéfices du Dow Jones. Nous continuons à jouer une hausse du dollar par rapport à l’euro, qui amènera un surplus de performances. Nous allons ainsi revenir à un marché plus volatil où il faudra sécuriser les portefeuilles en jouant sur des valeurs de rendement et sur des valeurs à potentiel de croissance très sécurisé.

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