Pourquoi avoir vendu les titres EDF dans le portefeuille CAC 40 ?

Jérôme Boumengel 2
Pourquoi avoir vendu les titres EDF dans le portefeuille CAC 40 ?

Après avoir entré EDF dans le portefeuille le 23 mars dernier, j’ai revendu le titre le 30 octobre, réalisant au passage un gain de 68%. Dans cet article je vais tenter d’expliquer le raisonnement qui m’a conduit à clôturer ma position.

Ce raisonnement est l’inverse de celui qui m’a permis de rentrer EDF au mois de mars dernier. Il est basé sur le concept de Prime de risque, tout en tenant compte de la volatilité du titre.


Première étape : la Prime de risque


Le concept de prime de risque est un des piliers de la finance. C’est le mathématicien suisse Daniel Bernouilli, qui a montré au XVIIIe siècle que les investisseurs ne consentent à augmenter le risque qu'en échange d'un rendement plus élevé.

Ce qui m’intéresse, c’est la prime de risque à 12 mois. C'est-à-dire l’écart entre la rentabilité prévisionnelle à 12 mois (en bleu sur le graphique), et le rendement des bons du Trésor sur la même échéance (courbe orange).




En calculant l’écart entre les 2 courbes, j’obtiens la Prime de risque sur EDF. J’y ajoute une moyenne mobile pour déterminer si la prime est dans une dynamique baissière ou haussière.





Comment interpréter cette Prime de risque ?

Si la Prime de risque augmente, cela traduit une poussée de l’aversion au risque. C’est la configuration qui s’est produite pour EDF entre septembre 2008 et février 2009. Sur cette période, la Prime de risque est passée de +0,7% à 8,1%.

Inversement, si la Prime de risque baisse, cela signifie que l’aversion au risque diminue ; les investisseurs sont davantage enclins à investir sur le titre. C’est la configuration dans laquelle se trouve EDF depuis le début de l’année. Sur cette période, la prime de risque a perdu 6 points,  passant de +14% à 8%.

Mais ce n’est pas suffisant car mon objectif consiste à battre le CAC40. Je ne peux donc pas baser mon stock picking sur ce seul critère. En effet, si la Prime de risque sur EDF se met à baisser, cela ne veut pas dire que le titre va surperformer son indice de référence.


Deuxième étape : la Prime de risque relative


Pour réussir à surperformer l’indice CAC40, j’utilise la Prime de risque relative. Il s’agit tout simplement de l’écart entre la prime de risque de l’action et celle de l’indice CAC40.

Si cet indicateur baisse, cela peut signifier deux choses. Soit que l’aversion au risque sur l’action progresse moins que celle de l’indice, soit que l’appétit pour le risque augmente davantage. Dans les deux cas, cela se traduit par une surperformance de la rentabilité de l’action sur celle de son indice de référence. EDF se trouve dans cette configuration depuis le début de l’année.

Dans le cas inverse, c’est à dire quand la courbe de la Prime de risque relative monte, cela veut dire soit que l’aversion au risque pour l’action est plus forte que celle de l’indice, soit que l’appétit pour le risque est moins fort. Dans les deux cas, l’action sousperforme son indice de référence. C’est ce qui s’est produit pour EDF entre 2010 et 2012.





Mais si la Prime de risque d’EDF continue de baisser par rapport à celle du CAC40, pourquoi alors vendre le titre ? C’est parce que dans mon analyse, je prends également en compte la volatilité du titre.


Troisième étape : le Relative Risk Ratio


L’incertitude et le risque sont au cœur de la logique des marchés boursiers. Pour calculer ce risque,  la mesure la plus utilisée est la volatilité, c’est à dire l’écart-type de la rentabilité attendue.

En calculant le rapport entre la rentabilité relative du titre (par rapport à celle de l’indice CAC40) et sa volatilité relative, j’obtiens un ratio de risque relatif (Relative Risk Ratio). Ce ratio me permet notamment de vérifier que la surperformance d’un titre ne s’accompagne pas d’une augmentation plus forte de sa volatilité relative.

Dans le cas d’EDF, son ratio de risque a cessé de progresser depuis quelques mois. Celui-ci se trouve maintenant dans une zone extrême où la probabilité qu’il engage un processus de retour à la moyenne est devenue importante.

Cela ne veut pas dire que le titre soit suracheté et qu’il n’offre plus de potentiel de hausse. Cela signifie seulement que si la surperformance du titre se poursuit, elle ne s’accompagnera plus d’une volatilité relative plus faible, comme cela a été le cas depuis le début de l’année.





Conserver EDF risque donc d'accroître la volatilité du portefeuille. Voilà ainsi la raison pour laquelle j'ai vendu la ligne.

L’arbitrage se fera en faveur d’une valeur de l’indice dont la Prime de risque relative est en baisse et dont le ratio de risque relatif se situe dans la bande inférieure.



Commentaires

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SebastienD 04/11/2013

Bonjour,

je suis très interessé par votre approche.

Par contre, pourriez vous m'indiquer où trouver les courbes de rentabilité théorique à 12 mois?

Merci

Jérôme Boumengel 05/11/2013

bonjour, je calcule toutes ces courbes à partir des estimations de bénéfice fournies par Reuters