PIB et actions américaines : un signal qui suscite la méfiance

Jérôme Boumengel 5
PIB et actions américaines : un signal qui suscite la méfiance

Nous savons tous que les marchés boursiers connaissent des mouvements plus brutaux et plus erratiques que ceux de l'économie réelle, ce qui rend la relation entre la Bourse et la croissance économique souvent difficile à déchiffrer. Il est notamment bien connu que les marchés boursiers sont régulièrement affectés par des phénomènes de « bulles spéculatives », qui conduisent à une forte divergence entre les cours boursiers et les fondamentaux de l'économie. Nous savons également que lorsque la bulle éclate, souvent déclenchée par un krach, il faut s’attendre à ce que les prix reviennent sur leur valeur fondamentale, voire même commettent un excès en sens inverse selon le principe du Tao.

Il existe plusieurs méthodes pour détecter la présence de bulles sur les marchés d’actions. La plus simple consiste à comparer la capitalisation boursière des actions d’un pays avec son PIB (en valeur nominale). Pour les Etats-Unis, on peut prendre le « Wilshire total market capitalization » comme mesure de cette capitalisation, et le comparer à la courbe du « Gross Domestic Product (GDP).

 

L’observation des 2 courbes indique qu’il y a eu des périodes où la capitalisation boursière a excédé le PIB nominal et inversement. Quand la courbe du Wilshire dépasse celle du GDP, on considère que le marché des actions ouvre une bulle spéculative et qu'il devient surévalué. Cela a été le cas à partir de 1998 et 2007, mais également depuis 2013.

L’écart entre les 2 courbes est actuellement de 15%. Pour les utilisateurs de ce critère de valorisation, tel Warren Buffet, c’est un niveau élevé, qui se situe cinq points au-dessus du plus haut atteint en 2007 mais qui reste encore au-dessous du record historique atteint en 2000 lors de l’éclatement de la « bulle internet ». A cette époque, la capitalisation boursière des actions américaines représentait 148% du PIB.

Pour obtenir davantage d'informations, il est nécessaire de travailler sur les taux de croissance. La nouvelle courbe qui en découle permet de normer les écarts et de faire apparaître les situations où les actions américaines sont surévaluées ou sous-évaluées de manière plus objective (Cf. graphique ci-dessous).

  

 

Depuis 1970, la médiane du spread se situe à 4,8%, la zone de surévaluation correspond au quintile supérieur (+15,5%), et celle où le marché doit être considéré comme sous-évalué passe au niveau du quintile inférieur (-14%).

Après avoir dépassé la borne supérieure et matérialisé un sommet au 4ième trimestre 2013, le spread entre la croissance annualisée du Wilshire et celle du GDP a amorcé un déclin, passant de 23% à 13% en l’espace de 2 trimestres. D’un point de vue historique, cette configuration a toujours été suivie à long terme d’une baisse des actions américaines. Le taux de croissance annualisé de ces dernières devrait, en toute logique boursière, continuer de baisser, voire même devenir négatif d'ici 1 à 3 ans.

A la vue de ce critère boursier, il ne semble pas opportun de se positionner sur les actions américaines dans une optique de long terme. Ce serait plutôt le moment de sortir du marché et de prendre ses bénéfices après 5 années de hausse quasi continue et un doublement du prix des actions !
 

Copyright Jérôme Boumengel

 

Commentaires

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olivier anger 20/05/2014
Pour une vision adéquate et plus complète, il serait bon d'y juxtaposer une courbe des taux longs réels. L'interprétation serait bien différente parce que les taux actuels sont beaucoup plus bas qu'au moment des anciens pics. Donc la correction n'est pas sans doute pas encore pour maintenant. Trop tôt pour s'affoler du marché.
Jérôme Boumengel 22/05/2014

je veux bien que vous explicitiez, car à ma connaissance, il n'y a pas de corrélation entre les taux d'intérêt réels à long terme et le taux de croissance du PIB ... il n'y en a pas non plus avec la bourse...

fabulous 23/05/2014

perso, jaurais plutot vu une corrélation inverse :

le prix des obligations monte / les taux baissent quand la bourse va mal et baisse et vice versa (le prix des obligations baisse / les taux montent quand la bourse se reprend et monte) ... ca cest le scenario entre 1980 & 2007. Avec les QE tout a ete faussé ... les actions et obligations montant en prix au gré des injections de monnaie

Jérôme Boumengel 23/05/2014

Oui Fabulous, il y a bien une corrélation inverse entre la bourse et les taux nominaux, mais pas avec les taux réels (déflatés de l'indice des prix)... Le corrélogramme est à son maximum avec un délai de l'ordre de 6 mois... cela prouve que les investisseurs raisonnent surtout en termes nominaux et non en termes réels.

fabulous 03/06/2014

salut Jerome, tu conserves ta target de 4047 ?

perso je suis baissier comme toi mais si deja on accroche 4350/4320 a la baisse ce sera le maximum a esperer ... dans ce contexte de vol extra basse qui me rappelle le move de 1995 - 1999, avec des taux nominaux et reels aussi bas avec cet environnement de M&A je vois pas hormis un "hard landing" en chine ou une explosion des "student loans" ce qui pourrait faire baisser de 10% le CAC ou alors la France devient le nouveau PIGS mais les investisseurs ne le jouent pas non plus donc 4350 sera surement racheté pour tenter une fin dannee a 4700.

Dailleurs regardes le momentum sur la production industrielle apres un ralentissement marqué ces derniers mois, on semble degager un redecollage du momentum industriel sur juin/juillet