Ne dites plus ‘place aux jeunes !’

Marc GILSON 0
Ne dites plus ‘place aux jeunes !’

Mon père (85 ans) m’a demandé (moi : 60 ans) de lui trouver les meilleurs prix pour un vol vers les USA, pour passer les fêtes avec sa fille. Une histoire bien banale. Il y a 25 ans, cela serait apparu pourtant comme extraordinaire.

Le taux de natalité, la fertilité, la démographie sont des données concrètes qui ont souvent été snobées par les économistes ou ignorées par les hommes politiques. Et ces réalités deviennent maintenant sources d’angoisse. Pourquoi ?

 

C’est simple : il y a clairement de moins en moins de personnes actives, c’est-à-dire capables de contribuer au système de sécurité sociale par le biais de leurs cotisations. Et on compte de plus en plus de personnes qui bénéficient des revenus de remplacement, surtout des retraités qui vivent de plus en plus longtemps. La très grande majorité des pays européens, certainement inspirés par de nobles raisons, ont choisi, pour leur système de pensions, le système de la répartition. En quelques mots : l’argent cotisé par les actifs est redistribué aux inactifs, dans le même exercice. Etant donné que ces cotisations ne suffisent pas, les Etats compensent en puisant dans leurs autres recettes. Et force est de constater qu’au rythme actuel de la démographie, les Etats devront puiser de plus en plus dans leurs autres recettes.

C’est possible lorsque l’économie se porte bien et génère beaucoup de surplus ‘captables’ par le biais de l’impôt direct ou indirect. Mais nous sommes bien conscients qu’aujourd’hui et demain ce ne sera plus possible : la mondialisation (et aussi  les délocalisations fiscales) a introduit une vraie déflation des coûts salariaux dans nos économies. Et elle continue cette pression : c’est cela que recouvrent les mots ‘perte de compétitivité’. Les Etats ont donc emprunté à long terme pour assurer des dépenses de court terme, ce qu’aucune entreprise bien gérée n’oserait faire puisque cela revient à faire un pari osé sur les revenus futurs. Et ils sont bien obligés de continuer à le faire, en augmentant leurs dettes. Dettes qui sont de plus en plus souvent maintenant souscrites par les nationaux (privés et institutions financières), ce qui semble sain et qui expose moins ces emprunts à la spéculation et à la pression.

On arrive donc à une situation assez bizarre : alors que les actifs détenus par les citoyens s’apprécient toujours et que les entreprises ont baissé leurs niveaux d’endettement, les Etats voient leurs dettes augmenter. Les personnes actives sont de plus en plus sollicitées, ce qui les force à revoir leur consommation (et le critère du prix devient essentiel, ce qui accentue encore la nécessité de retrouver de la compétitivité, qui elle passe surtout par une baisse des coûts salariaux). Nous sommes dans plusieurs cercles vicieux.

Voilà pour les faits et les menaces. Inutile de dire que nous n’allons pas faire tout de suite les enfants qui amélioreront  les projections démographiques. Inutile de dire non plus que tout le monde va travailler 5 ou 10 ans de plus, là tout de suite.

Les Etats doivent trouver les moyens possibles pour augmenter leurs ressources, diminuer leur endettement tout en créant les conditions nécessaires pour améliorer la compétitivité et favoriser la croissance, tout en évitant de pénaliser les travailleurs dont la consommation est un support important pour la croissance.

Peu de solutions en réalité. Si l’activité mondiale ne parvient pas à accélérer et créer de nouvelles ressources pour les Etats, ceux-ci devront envisager des mesures quasi autocratiques i.e. prendre l’argent là où il est : chez les particuliers et dans les entreprises. Chypre s’y est résolue avec l’assentiment de toute la zone euro. Le FMI l’a suggéré récemment avec un certain culot. Des économistes évoquent cette possibilité de plus en plus souvent.

Nous voilà avertis. Mais comme le disait Rivarol : « On ne va jamais si loin que lorsque l'on ne sait pas où l'on va. » Et nous sommes encore loin d’avoir épuisé toutes les idées et volontés. Il est probable, par exemple, que les politiques d’immigration seront au centre des débats dans les années qui viennent, pas pour des causes humanitaires, mais pour des raisons bien concrètement économiques. Il est aussi ‘souhaitable’ de mettre en place progressivement un système efficient de retraites par capitalisation, plus large, qui ne laisserait pas de côté les travailleurs à faible capacité de cotisation. Etc.

Bonnes réflexions...

     

@MarcGilson

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