Men in the black (nous !)

Marc GILSON 0
Men in the black (nous !)

C’est quand on est plongé dans le noir qu’on cherche la lumière, quelle qu’elle soit.

Et lorsqu’il s’agit d’économie, l’absence de visibilité amène à emprunter toutes sortes de pistes neuves ou anciennes. Ainsi, on se rappelle que la fraude fiscale est une vilaine chose et qu’il faut s’en occuper activement et que les paradis fiscaux ne sont pas destinés à l’argent qui a été bien sage. Ou bien on se dit qu’il est temps de moraliser la vie publique. Ou encore qu’il faudrait se résigner ou adopter des modèles de décroissance. Et pour les idées neuves, il y a surtout celle qui consiste à maintenir durablement des taux bas tout en inondant le marché de liquidités et en forçant sur la rigueur des Etats pour voir ce qui arrivera à la fin, un suspense incroyable et stressant.

Nous parlions récemment du rouleau compresseur de la Vertu. Il continue son cheminement. La mode est à la transparence, à l’exposition publique de toute la vie privée, des personnes connues comme des simples quidams, à l’information totale et disponible de la vie des entreprises. En noyant les esprits et les consciences de tant d’informations que tous les excès et les manipulations sont possibles. Tout système social porte en lui les germes de sa destruction, rappelleront les sociologues, du moins ceux se souviennent encore de Mai 68…

Si au moins nous pouvions faire confiance à ceux qui doivent prendre les décisions ! Un magnifique article de Sophie Péters (La Tribune 5/4) nous parle du livre de Roland Gori : "La Fabrique des imposteurs".

« Jamais notre société n'a autant valorisé la forme sur le fond, les moyens plutôt que les fins, la réputation sur les compétences, l'audimat sur la réflexion, le quantitatif sur la qualitatif. A force de pragmatisme étayé par un sens de la norme poussée à son paroxysme, notre société fabrique des imposteurs   ….  Sous couvert de discours sur le pragmatisme, de compétitivité nationale, d'utilitarisme social, on promeut sans conscience des techniques et des schémas
de comportement voire même des pédagogies qui incitent les sujets à se vendre dans tous les domaines de l'existence. Les techniques de ventes ont envahies la sphère relationnelle, privée comme publique, respectant des formes et des normes  ….  Des experts nous disent comment nous devons nous comporter dans notre manière d'exister intimement et professionnellement, "nouvelle incarnation des dispositifs de censure sociale, nouveaux scribes de nos normes morales, ces experts participent à cet art libéral de gouverner.
 »

Roland Gori, psychiatre de son état, rappelle que lorsque l'autorité est en crise, lorsque le pouvoir normatif s'accroît, lorsque la vulnérabilité sociale et psychique grandit, il faut survivre et pour survivre il faut parfois tricher, frauder, mentir, et usurper toutes sortes de rôles et de fonctions en s'affublant des masques de pseudo identifications que ne
désavoueraient pas les plus fieffés des imposteurs.

Voilà qui semble bien observé et raccord avec les diverses pistes évoquées dans notre introduction.

Toutes les péripéties que nous connaissons depuis la fin 2008 viennent pour la plupart du dysfonctionnement de notre société, à tous les niveaux. Certains y voient la perte des valeurs d’antan et prônent plus de spiritualité radicale. D’autres y discernent le besoin de revenir à plus d’initiative de l’humain dans un certain libéralisme débridé. Il y en a même qui pensent que plus de bon sens et de relations interpersonnelles amèneraient à prendre des chemins plus justes et équitables…

Il y a près de 20 ans, Tonton David chantait : « Chacun sa route, chacun son chemin, chacun son rêve, chacun son destin, passe le message à ton voisin. »

 @MarcGilson

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