Le poisson voit l'appât et non l'hameçon. (proverbe chinois)

Marc GILSON 0
Le poisson voit l'appât et non l'hameçon. (proverbe chinois)

Une histoire rapportée par l’AFP nous interpelle : Au Yellowstone, l’Homme a introduit la truite grise originaire du Canada, vivant en profondeur, qui mange la truite fardée, endémique de ce parc protégé et qui vit plutôt en surface. Faute de poisson à se mettre sous la dent (puisqu’en profondeur), le grizzly mange alors plus de jeunes wapitis: 41% d’entre eux disparaissent au lieu des 12% traditionnellement observés. Voilà donc une bourde ‘écologique’ qui illustre à merveille le fonctionnement de la chaîne alimentaire et ses répercussions insoupçonnées.

Il n’y a pas qu’en écologie que des erreurs de ce type sont commises.

Lorsque l’euro a été créé et injecté dans des pays peu préparés à ce choc, il est évident que le passage à une monnaie forte a conduit à des conséquences inattendues ou, du moins, non envisagées. Par exemple, la convergence des taux d’intérêt a permis à des Etats d’emprunter à des taux très bas : ils devenaient des égaux de l’Allemagne ou de la France. Cet argent facile a permis d’amorcer la spirale de l’enrichissement sans cause des populations.

En effet, en quelques années, le travailleur grec ou portugais, voire espagnol, qui était autrefois considéré comme une main d’œuvre bon marché dans l’espace européen, est progressivement devenu aussi ‘cher’ que son collègue du Nord de l’Europe. Bien sûr, il s’est enrichi et, guilleret, s’est aussi endetté pour s’offrir une habitation devenue elle aussi plus chère qu’auparavant. Mais il avait les moyens…

Et le monde s’est élargi, pas seulement l’Union Européenne : ce travailleur a subi la concurrence des pays émergents où se sont délocalisés les grands employeurs et même les petits. Et pour venir au secours de ce travailleur, les Etats ont augmenté leurs dettes si bon marché, mais en vain, manifestement.

Maintenant, ces mêmes Etats ne savent plus comment agir : serrer les cordons de la bourse (et essayer de récupérer tout ce qui a été donné généreusement) ou continuer à soutenir industrie et consommation, contre vents et marées.

Revenons au Yellowstone. Comment faire pour essayer de réparer l’erreur commise ?

On peut en rester là et se dire que la nature finira bien par trouver un équilibre : la nourriture abondante incitera les wapitis à faire plus de faons et ils pourront reconstituer le cheptel. Peu réaliste ou lent.

Autre idée : faire baisser la population de truites prédatrices soit par une pêche organisée, soit par l’introduction de facteurs stérilisants ou de prédateurs naturels. Peu probable et tout aussi dangereux.

On peut aussi réguler la population des grizzlis, mais quelles seraient les conséquences sur leur propre biotope, sur les animaux qui dépendent d’eux ? Tant pis pour eux, après tout, ces omnivores sont assez grands pour se défendre. Mais s’ils s’en prenaient au gibier humain ?

Pour les problèmes de la zone euro, c’est pareil. Les grizzlis sont au Nord, les truites voraces au Sud, les pêcheurs à Frankfurt et Bruxelles, les scientifiques dans toutes les universités et cercles de réflexion. Et les banques sont tout cela à la fois.

Voici d’autres titres possibles pour ce Billet :

Il ne faut pas préparer la poêle avant d’avoir le poisson (proverbe québécois)

Un poisson de trou d’eau ne connaît pas la largeur de la rivière (proverbe africain)

L’esprit ne vient au poisson que lorsqu’il est pris au filet. (proverbe turc)

 

Ah, ces proverbes et leur bon sens !

@MarcGilson

Commentaires

Soyez le premier à réagir !


Avantages d'être membre

Postez vos commentaires. Vous pouvez aussi y ajouter des graphiques et des images afin d’illustrer vos propos.