La face cachée de la baisse du prix du pétrole

Sovanna SEK 6
La face cachée de la baisse du prix du pétrole

Depuis le début août 2014, le prix du pétrole que ce soit le WTI américain ou le Brent de la Mer du Nord continue sa chute vertigineuse. La plupart des professionnels de la finance se réjouissent car c’est bon pour les marges des entreprises. Néanmoins, pour que ce soit réellement bénéfique, il faut que la demande réponde présente. Quant à la principale raison du massacre de l’or noir, ils pensent que les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite se sont entendus pour faire pression à la Russie. Tout en sachant que la manne pétrolière représente une part importante de ses recettes budgétaires. A titre personnel, cela me semble être un argument réducteur du fait de la grande influence américaine dans la presse et les médias financiers, et je vois que M. le Marché envoie des messages qui pourraient être fatals à la première puissance mondiale.

Les raisons que je vais évoquer peuvent vous surprendre à première vue : 

- L’Arabie Saoudite, premier producteur mondial de pétrole, appliquerait une tactique peu suicidaire contrairement aux idées reçues. En baissant volontairement le prix, son souhait serait de provoquer un bain de sang chez les compagnies américaines qui extraient du pétrole non conventionnel (pétrole de schiste) dont les coûts d’extraction se situent entre 85 et 110 $ sans prendre en compte le risque environnemental. Néanmoins et à terme, l’Arabie Saoudite n’a aucun intérêt de voir le prix du pétrole chuter en direction des plus-bas de 2008 dans le souci d’équilibrer son budget public.

- La plupart des analystes financiers et des économistes occultent la durée des gisements de schiste. Elle est aux alentours de 5 ans avec un déclin de la production à partir de la deuxième année alors qu’un gisement conventionnel a la capacité de produire pour deux à trois décennies. Pour enfoncer le clou, l’extraction du pétrole de schiste est très énergivore en eau. Franchement, l’OPEP peut dormir tranquille. 

- Baisser le prix du baril pour enfoncer la Russie est dérisoire car leur coût d’extraction est dans une fourchette de prix respectable entre 25 et 40 $. Echecs et mats en faveur de Vladimir Poutine. En conflit avec les Occidentaux, la Russie a signé des accords avec la Chine dans le secteur énergétique à l’image de la livraison du gaz par Gazprom même si elle a lâché du lest au niveau du montant. Au bout du compte, c’est une preuve que les deux Empires se désolidarisent petit à petit du dollar.

- L’Arabie Saoudite se prépare à la transition énergétique. Vu des Occidentaux, cela peut paraître étonnant ou impossible mais ce n’est pas une blague. Dans l’anonymat le plus total, elle a signé un accord avec la Chine (principal client de sa manne pétrolière) en août 2014 d’un montant de 80 Md$ pour l’installation de centrales nucléaires et de 100 Md$ pour les panneaux solaires pour les deux décennies à venir. Si vous connaissez les Chinois en affaires, il y a toujours une contrepartie. Avec un pétrole bon marché, ils peuvent développer leurs infrastructures énergétiques à bon compte pour préparer l’après-charbon. Dans cet accord, c’est un signe révélateur que l’Arabie Saoudite a l’intention de prendre ses distances avec les Etats-Unis en rejetant à long terme le dollar. Enfin, je précise que la Chine est le premier producteur mondial d’électricité d’origine renouvelable.

En conclusion, j’ai l’intime conviction que les Etats-Unis seront les plus impactés par la baisse du prix du pétrole. Si elle se poursuit, les compagnies spécialisées dans la fracturation hydraulique arrêteront de produire à perte pour éviter d’être dans une situation financière difficile. Ayant massivement investi au départ, elles ne pourront pas reprendre leurs activités en cas de hausse sensible du prix du pétrole car pour retrouver la rentabilité, il faut purger au niveau du personnel et réapprendre à maîtriser les coûts. Malheureusement, cela va prendre du temps. Pour ne rien arranger, les gisements faciles à extraire sont pratiquement épuisés. Par conséquent, nous allons assister au retour en force des pays de l’OPEP sans oublier la Russie et nous diriger de nouveau vers la dépendance pétrolière des Etats-Unis.

En termes d’investissement, les parapétroliers et les entreprises exploratrices seront les premiers perdants. Concernant les majors, le fait de réduire leurs investissements et vendre des actifs non stratégiques avait pour but de satisfaire leurs actionnaires avides de rendement. Vous remarquerez que les majors restent à l’écart du marché du pétrole et du gaz non conventionnel. Ainsi, elles ont conscience que la rentabilité du pétrole de schiste est très incertaine.

Commentaires

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Brouxd 20/10/2014
Bonjour On lit ici ou là beaucoup de théories sur les motifs de la baisse. Je ne sais quelle croire. Mais savez vous techniquement comment les cours baissent ? Est- ce comme pour tout autre cours la simple loi de l'offre (supérieure a la demande) qui fait baisser les prix ? Bernard
Sovanna SEK 21/10/2014

Bonjour,

Il faut garder en vue que la fin du QE 3 aux USA qui pourrait être la principale raison technique. Fondamentalement, les majors avaient décidé cette année de réduire leurs investissements dont les parapétroliers en souffrent au ragard de leur cours de Bourse.

Cdt.


phenixalex 20/10/2014

tres bonne article merci,

Je trouve que le raisonement tiens bien la route, et explique en partie les raison de la chute, il faut aussi ajouter comme d'habitude la speculation à la baisse qui augmente d'autant plus ce processus.

bonne soirée.

Sovanna SEK 21/10/2014

Merci pour vos commentaires !


luc75009 21/10/2014

mort du pdg de total!

Sovanna SEK 21/10/2014

Ce que j'ai pu apprécié lors de mes participation aux assemblées générales, c'est sa franchise. Par ailleurs, il était un des rares PDG du CAC 40 que les sanctions à l'encontre de la Russie étaient préjudiciables pour l'Occident.