La Bourse suisse n'est-elle pas devenue trop chère ?

Jérôme Boumengel 0
La Bourse suisse n'est-elle pas devenue trop chère ?

Très axée sur les exportations, notamment vers la zone euro, l’économie suisse est pénalisée depuis plusieurs années par la surévaluation de sa monnaie. L’abandon par la Banque Nationale Suisse du cours plafond de 1,2 franc suisse pour un euro, le 15 janvier 2015, a accentué le phénomène, l’euro ayant dans la foulée touché un plus bas historique à 0,88 franc. Or selon la théorie de la parité des pouvoirs d’achat, la valeur d’équilibre de la parité EUR/CHF se situe à 1,264 faisant ainsi apparaitre une sous-évaluation de l’euro de 13%. Il n’est donc pas surprenant que la croissance du PIB suisse n’ait été que de 0,80% en 2015, contre 2% en 2014. Du côté des entreprises suisses, et notamment celles du SMI, les bénéfices de l’exercice 2015 sont ressortis en baisse de -13% par rapport à l’exercice de 2014.

 

Les prévisions de bénéfices continuent de décliner :

Pour 2016, le consensus des analystes anticipe par rapport à 2015, une légère reprise de la croissance des bénéfices de l’indice SMI de 3,6%. Pour 2017, la progression attendue par rapport à 2016 est de 7,6%. Calculé sur les valeurs du SMI, notre indice des bénéfices prévisionnels à 12 prochains mois demeure orienté à la baisse. L’indice s’est retourné au début de l’année avec la publication des résultats 2015 ; la publication des résultats semestriels, en juillet dernier s’est également soldée par une nouvelle vague de dégradation. Depuis le début de l’année, le consensus des analystes a révisé en baisse de 8% et 9% les estimations de bénéfices pour 2016 et 2017 respectivement.

 

 

Les actions suisses sont chères :

Mesurée à l’aune de son PER prospectif, la valorisation de l’indice SMI apparaît conséquente. Le marché paye en moyenne 20,3x les bénéfices à 12 mois des actions de l’indice. C’est le PER le plus élevé des Bourses européennes. Certes, toutes les sociétés ne sont pas logées à la même enseigne, et si Actélion, Geberit, Givaudan, Nestlé ou SGS affichent des P/E prévisionnels supérieurs à 20, Adecco, Swiss life, Swiss Re, UBS ou Zurich Insurance se payent encore moins de 12x les bénéfices à 12 mois.

 

Mais l’aversion au risque continue de se réduire :

Les fondamentaux de la Bourse de Zurich manquent donc quelque peu d’attractivité. Mais comme l’a écrit Jean-Jacques Rousseau dans La nouvelle Héloïse, « Si c’est la raison qui fait l’homme, c’est le sentiment qui le conduit ». Aussi en dépit de cette cherté, l’appétence pour les actions suisses ne se dément pas. Après un point haut à 6,7% au début de l’année, la prime de risque sur les actions du SMI s’est à nouveau orientée à la baisse pour retomber à 5,6%. Le scénario d’une poursuite de la réduction de cette prime de risque est conforté par la configuration du ratio de risque de l’indice SMI. Celui-ci est redevenu positif après une année passée en territoire négatif. La décision de revenir à l’achat sur les actions du SMI est rationnelle d’un point de vue du couple rentabilité/risque.

 

 

Et les conditions techniques d’une reprise haussière sont réunies :

Sur le plan technique, le Swiss Market Index, configuré dans une tendance baissière depuis l’été 2015, amorce son redressement. L’indice développe depuis mars dernier, une figure d’accumulation en forme de double bottom. Les indicateurs techniques ne montrent pas de situation de surachat à moyen terme, ce qui permet d’envisager le franchissement de la ligne de cou du double bottom à 8320 points. Ce scénario ouvrirait la voie à une remontée de l’indice sur la résistance des 9000 points, soit un potentiel de hausse de 8%.


 

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