La baisse de l’or ressentie comme une menace

Marc GILSON 1
La baisse de l’or ressentie comme une menace

Même les JT et les quotidiens ‘grand public’ en ont parlé : l’or vient de baisser très fortement en peu de temps, passant en un mois de 1600$ l’once à 1380$, une chute qui n’était plus arrivée depuis plus de trente ans !

Pourquoi ? On n’a pas d’explication très convaincante. Il est possible que les marchés aient appris que des Etats vendaient d’importants stocks pour se refinancer (un très gros mouvement le 27 mars et depuis des opérations dans des volumes habituels).  Il est aussi probable que des spéculateurs qui avaient misé sur une hausse aient été surpris par le recul et vendent d’urgence, alimentant ainsi une offre trop abondante et accélérant la baisse du prix.

L’ensemble des matières premières semble atteint : la baisse de l’or –avec toutes ces connotations de valeur refuge ou de seule ‘monnaie’ réelle- serait aussi, tout simplement, celle d’une matière première comme les autres. Les récentes annonces de ralentissement de l’activité en Chine et les confirmations de quasi-récession en Europe ont en effet pesé négativement sur le cours de ces produits. Et donc de l’or.

Certains vont plus loin. Partant du principe que l’or est considéré comme une protection contre l’inflation (et il est facilement démontré que son cours a connu des hausses à chaque période inflationniste), le fait de la chute de son cours indique que les perspectives d’inflation sont quasi nulles et qu’en conséquence conserver un actif qui ne délivre pas de rendement est donc inutile. Mais, c’est bien là qu’est le problème : avec les politiques monétaires laxistes menés aux USA, au Japon, en Angleterre et même dans l’UE, il serait logique d’attendre une poussée de l’inflation, et donc plutôt une hausse de l’or.

La baisse de l’or a donc logiquement provoqué une forte inquiétude sur la plupart des bourses, ce qui s’est traduit par une correction de quelques jours.

La vraie question devient donc : pourquoi n’y a-t-il pas d’inflation ?

Pour que ce phénomène se mette en place, il faudrait que la vélocité de la masse monétaire soit plus grande. Reprenons la fameuse équation des monétaristes : MV=PQ, ou M est la quantité de monnaie dans le système, V la vélocité de cette monnaie , c’est à dire le nombre de fois où un signe monétaire change de mains en une année (par exemple) et PQ (prix * volume) l’activité nominale dans un pays (le PIB par exemple).

Si PQ reste stable (croissance nulle) et que M augmente du fait des politiques des banques centrales, il faut donc conclure que V baisse.  

Et au niveau mondial, pour cette même équation, il apparaît vraisemblable que c’est en Europe que V chute le plus et entraîne les réactions décrites ci-avant, dont le prix de l’or, qui en devient un épiphénomène.

Un exemple développé par Charles Gave peut aider à comprendre ce qui se passe :

Imaginons un déposant dans n’importe quelle banque en Zone Euro qui aurait plus de 100.000 euros de cash sur son compte. Sauf s’il est complètement idiot, avec ce qui s’est passé à Chypre et ce qu’ « ils » nous préparent à Bruxelles, il ne doit pas les garder en cash et notre déposant doit donc choisir entre les 2 solutions suivantes.

1. Soit il envoie son cash en dehors de la zone Euro, dans une banque à New-York, Montréal, Singapour ou Hong-Kong. (Légalement, bien entendu)

2. Soit il reste là où il est, et achète par exemple des bons du Trésor allemands avec ses dépôts, ce qui lui coutera un peu d’argent, mais beaucoup moins que si on lui en prenait 60% pour sauver sa banque- ou celle d’à côté.

De ce fait, les dépôts des banques Européennes doivent être en train de littéralement s’écrouler.

Et comme les banques prêtent leurs dépôts, cela veut dire que le taux de croissance des prêts bancaires va non seulement baisser, mais se contracter, déclenchant une récession/dépression gigantesque en Europe du Sud d’abord, et partout en Europe ensuite. Cette dépression en Europe va faire que l’inflation aux USA, à la place de monter comme tout un chacun s’y attend va baisser… (d’où la chute de l’or).

 

Il n’est pas certain que ce scénario catastrophe se produira en Zone Euro car ce serait sous-estimer la volonté de la BCE, de ses collègues américains, chinois ou japonais, les gouvernements (même opposés sur l’austérité). Et puis il existe d’autres théories. Notamment celle de l’Ecole Quantitative qui suggère, en simplifiant, que la monnaie n'est qu'une expression numérique, et que par conséquent, la quantité de monnaie et le taux d'intérêt sont donc neutres. On ne crée pas un pouvoir d'achat par la monnaie mais par l'offre de marchandises. (Q, dans l’équation ci-dessus). Pour cette théorie, toutes choses restant égales, une variation de la quantité de monnaie (M) entraîne, avec éventuel retard, une variation des prix (P), sans impact sur économie réelle. Ce qui rend le rôle de V plutôt minime.

Rien n’est simple en vérité. Et on ne tient toujours pas de vraie réponse à la question : pourquoi la baisse du prix de l’or
est-elle ressentie comme une menace par les marchés financiers.

 

@MarcGilson

Commentaires

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Marc GILSON 18/04/2013

Un lecteur qui reçoit mes chroniques en direct a réagi.
Extraits : « Pourquoi l’or baisse ? Pourquoi il n’y a pas d’inflation ? Mais parce que nous sommes en déflation et pas seulement en désinflation ! Et en déflation tout baisse : inflation, matières premières, actions, obligations, immobilier, valeurs de diversification comme l’art, vins, etc., taux, loyers, salaires, pensions et retraites,  … A plus forte raison quand ces valeurs sont montées par la seule spéculation. C’est le cas de l’or qui n’est que du vent échangé depuis quelques années : des échanges de stocks qui n’existent pas, des ventes à découvert, etc.

L’or a baissé et est resté en bas pendant 27 ans. Il est remonté logiquement entre 2004 et 2008, la seule période récente de vraie inflation. Ensuite, il y a eu septembre 2008 et la crise. On est depuis en déflation, même si il y a eu quelques rémissions. 30 ans de vie à crédit qu’il va bien nous falloir payer. Pourquoi la baisse de l’or est-elle considérée comme une menace pour les marchés financiers ? Mais parce qu’elle prouve la récession que les marchés ne voulaient pas voir ! »

Nous lui avons répondu directement. Extraits : « De notre côté, nous n’avons pas ‘joué’ sur l’or comme beaucoup d’autres, nous n’apprécions pas ce principe de valeur refuge (et nous en parlions ironiquement dans ce Billet mais peut-être pas avec un trait assez forcé). Durant les 24 derniers mois nous avons vu l’argent partir vers les investissements ‘tangibles’ : immobilier (surtout), vin, art, etc. Le seul investissement que nous ayons encouragé et que nous continuons à encourager est le ‘private equity’ où nous pensons que les clients qui ont de l’argent peuvent le prêter directement aux entreprises sans passer par les banques, qui de toute manière ne le font plus (une petite explication était dans le Billet). Nous rappelons sans cesse que les actions sont aussi des biens tangibles et nous avons incité nos lecteurs à ne pas l’oublier. Alors, oui,  nous sommes dans une situation de croissance négative et d’inflation camouflée, donc en déflation. Et c’est le pire scénario. »

Ce scénario peut encore être évité mais nous ne sommes pas dans la tête des patrons de la BCE ou des dirigeants de l’UE.

Ci-dessus, l’immobilier a été mentionné et nous vous suggérons de regarder les deux graphiques suivants (et même de cliquer sur le lien pour les utiliser de manière dynamique)

 

 

Source : http://www.journaldunet.com/economie/immobilier/prix-immobiliers-dans-le-monde.shtml?utm_source=benchmail&utm_medium=mail&utm_campaign=ML158_E10243887&f_u=283025

Dans le premier de ces graphiques, qui comparent l’évolution du prix du mètre carré, nous avons mis en parallèle des pays ‘phares’ comme les USA, le  Canada, la France, le Japon à comparer avec la moyenne mondiale. Il apparaît clairement que l’Allemagne ne connaît pas de bulle immobilière au contraire de la France, du Canada, de la Belgique.

Mais ce n’est rien comparé à ce qu’ont connu l’Espagne (rouge) et l’Irlande (vert soutenu) comme le montre le second graphique !

Il semblerait bien que les USA sont revenus à un niveau cohérent, ce que semble prouver le regain d’intérêt pour l’immobilier dans le pays, un signe guetté par les opérateurs boursiers et les analystes macroéconomiques.

Nous vous laissons à vos réflexions… amis, attention !, les graphiques parlent de l’évolution du prix de mètre carré mais ne comparent pas leur prix, c’est très différent. Par exemple, la Belgique se situe bien derrière la France si on compare le prix de ces mètres carrés, ce que le premier graphique ne laisse pas présager !

Nous serions très amateurs d’un indice plus standardisé pour évaluer et comparer le marché immobilier de chaque pays. Il existe déjà de bons indicateurs : nous aimons bien l’idée de transformer la valeur d’un bien en nombre de mois de salaires nécessaires pour son acquisition. Par exemple
(fiction !), un appartement ‘standard’ de 70 M² vendu 150.000 EUR correspondrait à 83,3 mois d’un salaire moyen de 1800 EUR, ou presque 7 ans de salaire annuel….