L’endettement des investisseurs particuliers continue de pousser les actions américaines à la hausse.

Jérôme Boumengel 0
L’endettement des investisseurs particuliers continue de pousser les actions américaines à la hausse.

Alors que les actions américaines enchainent les records depuis 2016, il est étonnant de constater que sur la période, le taux d’épargne des ménages américains a sensiblement chuté (Cf. chart ci-après). Il est en effet passé de 5,7% au premier trimestre 2015 à 3,3% au troisième trimestre 2017, alors que dans le même temps, l’indice phare de Wall Street, le Dow Jones, a engrangé un gain de +37%.

Or de prime abord, on serait en droit de penser qu’il existe une corrélation positive entre ces 2 variables, et qu’une progression du cours des actions s’accompagne également d’une progression du taux d’épargne des ménages. C’est toutefois oublier qu’aux Etats-Unis, pays où 55% des ménages disposent d’un portefeuille d’actions, s’endetter pour acheter des actions est une pratique courante.
 

 


Pour se faire une idée du montant des opérations boursières faites à crédit aux Etats-Unis, les analystes ont l’habitude de s’intéresser à l’évolution de la dette de marge (« Margin debt »). Le New York Stock Exchange publie cette donnée chaque fin de mois, avec toutefois un délai de 6 semaines, seuls les investisseurs professionnels l’ayant en temps réel.

 

1)      La « Margin debt »

Sans rentrer dans des détails techniques, la dette de marge représente les montants empruntés par les clients des brokers pour réaliser à crédit des opérations boursières (achats ou ventes). Le dernier chiffre publié par le NYSE indique que cette statistique a atteint un nouveau sommet historique à 580,9 billions de dollars pour le mois de novembre 2017. La « Margin debt » représente actuellement 43% des volumes échangés sur le NYSE.

Le graphique ci-après montre l’évolution comparée de l’indice SP500 et de la « Margin debt » (déflatés de l’indice des prix). On constate visuellement que les 2 séries coïncident plutôt bien (coefficient de corrélation de 0,65 à long terme) et que depuis 1995, les 3 grands bull markets ont été accompagnés d’une tendance haussière sur la « Margin debt ». C’est le cas pour le marché haussier qui a débuté en 1982 et qui s’est terminé en 2000 avec l’éclatement de la bulle « internet », pour celui qui a démarré en 2005 et qui s’est terminé en 2008 avec l’éclatement de la bulle immobilière et des subprimes, et pour le cycle haussier actuel qui a démarré fin 2009 et qui pourrait peut-être se terminer avec l’éclatement de la bulle des liquidités…

Si l’on se réfère à la corrélation entre le prix des actions américaines et la dette de marge, tant que cette dernière restera orientée à la hausse, les actions américaines devraient continuer à progresser. La hausse de la dette de marge indique en effet que les investisseurs sont optimistes et qu’ils continuent d’augmenter leur endettement pour spéculer en Bourse.

 


Mais comme les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et que la Bourse est faite du même bois, il y aura un moment où ce ne sera plus possible. Cela sera notamment le cas quand les liquidités détenues sur les comptes de marge auront atteint un plancher et qu’il ne sera plus possible aux investisseurs de continuer à s’endetter.

2)      Le « Free credit cash account »

Le New York Stock Exchange publie également chaque fin de mois le « Free credit cash account ». A la différence des liquidités qui sont bloquées pour servir de garantie aux positions ouvertes et qui correspondent à la « Margin debt », le « Free cash » peut à tout moment être mobilisé par les clients pour de nouvelles opérations boursières.

A partir des 2 statistiques que je viens de présenter, on peut se faire une idée approximative du ratio de liquidité des portefeuilles des investisseurs américains en calculant le rapport entre le « Free cash » et le compte de marge. Ce ratio représente le combustible qui peut encore contribuer à soutenir la tendance du marché.

Actuellement, le ratio se situe à un plus bas historique de 20% (Cf. chart ci-après). En calculant une moyenne historique du ratio et en lui ajoutant 2 bornes de déviation construites à partir de l’écart type, on obtient une clef de lecture permettant de déceler les situations d’excès. Un excès de liquidités, comme c’était le cas en décembre 2008, indique un pessimisme excessif des investisseurs et caractérise un marché survendu. A l’inverse, comme c’est le cas actuellement où la faiblesse du ratio de liquidité est excessive, une telle configuration témoigne d’un optimisme exagéré des investisseurs et d’une situation de marché surachetée. Le prochain retournement à la hausse du ratio constituera l’un des signaux qui devrait annoncer une baisse du marché. A suivre…

 

 

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