L’appréciation de l’euro face au dollar est loin d’être terminée

Jérôme Boumengel 7
L’appréciation de l’euro face au dollar est loin d’être terminée

La théorie économique explique que la valeur intrinsèque d’une paire de devises correspond au taux de change d’équilibre qui assure l’égalité des pouvoirs d’achat entre les deux pays concernés : c’est la Parité des Pouvoirs d’Achat (PPA).

La PPA s’emploie donc à établir le rapport qui est observé entre le niveau général des prix pratiqués dans un pays A exprimés dans sa monnaie A et le niveau général des prix pratiqués dans un pays B exprimés dans sa monnaie B.

Dans le cas de la parité EUR/USD, son taux de change PPA exprime le rapport entre la quantité d'unités monétaires nécessaire pour se procurer le même panier de biens et de services aux Etats-Unis et dans la zone Euro.

Ex : si la parité EURUSD est de 1€ pour 1,20$ et qu’elle respecte la PPA, un consommateur de la zone Euro peut acquérir avec 100€, le même panier de biens et services que le consommateur américain avec 120$.

Le taux de change PPA peut ainsi être utilisé comme un indicateur de la sous-évaluation ou surévaluation d'une devise par rapport à une autre. S’il n’y avait ni sous-évaluation ni surévaluation de la monnaie A par rapport à la monnaie B, le cours de la monnaie A exprimée en monnaie B devrait se situer au niveau de la PPA calculée entre la monnaie A et la monnaie B. En pareil cas, le cours de change ne donnerait un avantage commercial ni au pays A ni au pays B.

C’est la raison pour laquelle le taux de change PPA s’impose quand il s’agit d’établir le niveau auquel devrait s’établir le cours de change pour que les deux monnaies concernées ne soient ni sous évaluées ni surévaluées. Ce concept de PPA est avantageusement utilisé comme un indicateur de la sous-évaluation ou de la surévaluation d'une devise par rapport à une autre. 

Selon les estimations des économistes de l’OCDE, le taux de change PPA de l'EUR/USD se situe actuellement autour de 1,36$.

Le graphique ci-dessus représente l’évolution de cette parité et de son taux de change PPA. On y distingue 3 phases :

 

Phase 1 : de 1999 à fin 2001, l’euro s’est déprécié contre le dollar. Le taux de change de l’EUR/USD s’est alors sensiblement écarté de sa PPA pour atteindre un niveau excessif de sous-évaluation au-dessous de 0,90 $.

Phase 2 : à partir de 2002, l’euro a entamé un long mouvement d’appréciation, en raison notamment d’une volonté des banques centrales des pays émergents de diversifier leurs réserves de change. La monnaie européenne est remontée sur sa PPA (face au dollar), puis a continué à s’apprécier au point d’atteindre un point haut vers 1,58 en mars 2008 et afficher une surévaluation de l’ordre de 24%.

Phase 3 : avec la crise des subprimes et ses conséquences négatives sur les finances publiques des pays du Sud de la zone Euro, le dollar a renoué avec son statut de valeur refuge. L’EUR/USD a alors pris un chemin inverse pour devenir fin 2015 particulièrement sous-évalué.

A partir de septembre 2017, l’euro a commencé à se redresser, ce qui lui a permis de sortir de la zone de sous-valorisation excessive situé au-dessous de 1,15$. Nous pensons qu’un retour sur le taux de change PPA qui se situe actuellement à 1,36$ devrait se mettre en place, ce qui permet d’envisager un potentiel de hausse à horizon long terme de l’ordre de 10%.

Cet objectif est conforté par de nombreux éléments techniques qui indiquent que l’EUR/USD n’est pas suracheté et qu’il possède donc encore un potentiel de hausse. C’est notamment le cas des positions spéculatives sur le marché à terme de Chicago, dont le solde est redevenu positif depuis juin 2017, traduisant ainsi le regain d’intérêt acheteur des fonds spéculatifs pour la monnaie de la zone euro (Cf. chart ci-après).

 

 

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Commentaires

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31.didier 07/03/2018

MERCI Jérôme pour cet article et son libre accès.

Brouxd 07/03/2018
Bonsoir Et merci pour cette analyse. Je ne suis guère qualifié, mais il me semble que cette mesure du PPA pour apprecier le point d’equilibre entre devises est purement et strictement théorique. En effet, les taux d’interet, dettes, croissances économiques, politiques de BC ont autrement plus de poids dans cette équation que personne ne maîtrise. Je m’amuse de constater que 2 maisons aussi sérieuses que Carmignac et H2O sont d’un avis strictement opposé sur la direction que prendra la paire USD/€, chacune avec des arguments très recevables... Au vu des performances passées de chacune, j’aurais nettement tendance à miser sur l’avis de la seconde qui croit à l’appreciation de l’USD au sens large (pas strictement vs l’euro mais plus largement contre des devises matières premieres par exemple). On verra bien ce qu’il est..... Bernard
Jérôme Boumengel 08/03/2018

Bonjour Bernard,

Théorique ? Certainement.

Mais d'un point de vue opérationnel, et sur les 50 dernières années, le phénomène de retour à la PPA fonctionne bien pour les devises des pays occidentaux, beaucoup moins pour les devises émergentes qui restent structurellement sous-évaluées. C'est un outil qui fonctionne sur le long terme pour détecter les grandes tendances et qui doit être complété par d'autres pour affiner le timing.

Et puis n'oublions pas l'un des grands principes des marchés financiers (sur lequel se base la PPA) : après un excès dans un sens, il y a rééquilibrage, puis apparition d'un excès dans l'autre sens et ainsi de suite...

Bref, dans ma méthode (car il en faut toujours une) c'est un critère que je prends toujours en considération.

(ps) Je connais Carmignac mais pas H2O


Brouxd 08/03/2018
Bonsoir Jerome H2O est une société de gestion Française basée à Londres et crée en 2011 par B. Crastes ancien gérant vedette du fonds Crédit Agricole Obligations internationales. La société se spécialise dans la gestion macro avec un fort biais sur les taux et devise. Ils sont fortement haussiers sur le dollar, surtout vs monnaies matières 1ères (CAD / NZ / AUD) Les perfs de leurs fonds sont spectaculaires, au prix d’une très forte volatilité.
Jérôme Boumengel 08/03/2018

Merci Bernard, je vais regarder de plus près.


hejeve 17/05/2018

Bonjour Jérôme,

Tu vois toujours euro-dollar à 1.36 à moyen-long terme? Ou bien t'as changé d'avis maintenant?

Jérôme Boumengel 17/05/2018

Bonjour hejeve,

Effectivement, la configuration graphique s'est dégradée à court terme (horizon à 3 mois).

Il y a maintenant un risque que L'EUR/USD accentue ce mouvement de correction et revienne à 1,145 voire 1,12 un niveau qui correspond au retracement de 50% de la vague de hausse amorcée fin 2016.

Donc pour le moment, l'objectif à 1,36 n'est plus d'actualité à moyen terme.