L’agressivité de la BCE va favoriser les obligations d’entreprises.

Jérôme Boumengel 4
L’agressivité de la BCE va favoriser les obligations d’entreprises.

A l’aide de tout son arsenal technique, la BCE a décidé d’accentuer l’assouplissement quantitatif de sa politique monétaire. Son objectif est de relancer le crédit afin de soutenir la croissance économique de la zone euro, laquelle lui semble compromise par le ralentissement des pays émergents. Elle vise également à exercer des pressions à la baisse sur l’euro, notamment face au dollar, pour continuer à doper les exportations des pays membres.

Rappelons qu’en relançant le crédit, la BCE cherche également à stimuler l’inflation dont elle aimerait qu’elle remonte au niveau de 2%. Mais pour l’heure, sa réussite pour éloigner les risques d’une déflation désastreuse n’est  pas encore au rendez-vous. En effet, la BCE a récemment revu à la baisse ses anticipations de taux d’inflation pour la zone euro ; elle n’anticipe plus qu’une progression de 0,1% pour 2016, contre une estimation de 1% en décembre dernier.

L’agressivité de la BCE se perçoit dans le fait qu’elle a assoupli sa politique un peu plus qu’attendu. Parmi ce « un peu plus », on notera l’abaissement à zéro de son taux directeur de refinancement, ce qui n’était jamais arrivé dans le passé. Rappelons qu’un taux négatif signifierait que la BCE accepterait de perdre de l’argent pour en prêter aux banques : une banque commerciale qui lui emprunterait 100, lui rembourserait à terme moins que cette somme.

On soulignera également l’augmentation de ses achats mensuels d’obligations portés à 80 milliards, contre 70 milliards anticipés par le marché. Mais cette fois-ci, le rachat ne portera plus seulement sur des obligations souveraines ou des obligations du secteur bancaire, mais également sur des obligations d’entreprises non financières, de type « investment grade ».

Enfin, la BCE a également prévu d’octroyer, à partir de juin prochain, de nouveaux prêts aux banques commerciales, mais essentiellement ciblés à celles qui sont actives dans le crédit aux entreprises et aux ménages. L'objectif clairement avoué étant d'inciter les banques à faire circuler l'argent dans l'économie, pour faire repartir le crédit, les prix, et la croissance.

Les conséquences de l’agressivité de la BCE font un peu penser au titre du film de Jacques Besnard, « La situation est grave mais… pas désespérée ! ». Certains soulignent également le risque pris par la BCE de favoriser la création de bulles sur les marchés, tout en dissuadant les gouvernements d'entreprendre des réformes.

Pour d’autres, le rachat d’obligations émises par des entreprises non financière constitue une mesure qui devrait se montrer plus efficace que celles prises précédemment, tout comme le ciblage de la BCE sur les banques actives dans le crédit aux ménages et aux entreprises.

Il y a du vrai dans les deux opinions, ce qui devrait contribuer à maintenir une forte volatilité sur les marchés financiers.

Mais quels que soient les avis sur l’efficacité de la politique monétaire de la BCE, la conséquence sur l’évolution des taux d’intérêt de la zone euro est la même : ils devraient se maintenir durablement à des niveaux très bas.

Un scénario identique à celui du Japon a même de grandes chances de se réaliser. Rappelons qu’au début du mois, le Japon est devenu le premier pays du G7 à émettre un emprunt d'Etat à dix ans avec un rendement négatif

Il est alors légitime de se demander quels sont les investisseurs disposés à payer pour prêter de l’argent ? Eh bien ce sont les investisseurs institutionnels, c'est-à-dire les grandes banques, les compagnies d’assurance, les fonds de pension et les fonds souverains.
 
Pour satisfaire les exigences de leur cadre réglementaire, ces investisseurs institutionnels n’ont pas d’autres choix que de payer pour placer leur argent dans des dettes souveraines de pays considérés comme sûrs.

Mais il ne faut pas être naïf, car ces investisseurs spéculent également ; ils n'hésitent pas à parier que la valeur des obligations achetées remontera suffisamment pour les revendre à la BCE et faire une plus-value au passage. C'est ce comportement spéculatif qui favorise depuis 2012, la création d’une bulle sur le marché obligataire.

Pour l’heure, la bulle spéculative peut encore gonfler, et le prix des obligations de la zone euro peut encore continuer à progresser, surtout celui des obligations corporate du vieux continent.

 

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Commentaires

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Parthénon 11/03/2016

Bonjour Jérôme, peux-tu nous faire un suivi de ton PE Value stp ? Merci.

Jérôme Boumengel 14/03/2016

Bonjour Parthénon, je te fais ça aujourd'hui.


Fred BAUD 13/03/2016

Bonjour Jerome,

Quel est votre avis sur les marchés européens suite a l action de jeudi ?

Bonne soirée.

Fred

Jérôme Boumengel 14/03/2016

Bonjour, je regarde tout ça aujourd'hui