Jusqu'ici, tout va bien.

Parthénon 99
Jusqu'ici, tout va bien.

Bonjour, tout d'abord, permettez-moi de vous souhaiter de bonnes fêtes de fin d'année. 

Voilà longtemps que je n'ai pas publié, un peu fatigué de ces marchés semi-réglementés. Car les banques centrales ont pris totalement le contrôle des marchés de taux et désormais presque des marchés d'actions.

 

 

Et pour cause ! Sans l'intervention des BC, ce serait déjà "game over" sur les économies occidentales. Qui peut croire que la France remboursera un jour ses 2000 milliards de dette avec une croissance quasi-nulle ? Ne parlons pas bien sûr de la Grèce, de l'Espagne et ses 25% de chômeurs ou bien du Portugal. Les BC ont donc réussi le tour de force de bafouer la règle vieille comme le monde : "Investissement risqué = rendement élevé". Exactement comme au Japon et sa dette représentant 240% du PIB. Certes, le coût de la dette va baisser en Europe grâce à la chute des taux mais, comme celle-ci monte de 15 milliards par mois en France, son poids restera écrasant.

 

 

Certes, on peut toujours croire que la croissance reveniendra, mais les économies occidentales sont matures (les besoins primaires sont couverts) et vieillissantes (le désir de consommer s'émousse avec l'âge), le "parfait" cocktail du déclin.

 

 

Toutefois, la baisse de l'Euro et du pétrole va redonner un peu de tonus à l'Europe. Mais n'oublions pas la croissance mondiale fonctionne en circuit fermé : la taille du gâteau n'augmente pas et on peut juste parler de transfert de richesse d'une zone géographique à une autre. Si le Moyen-Orient s'effondre avec la chute du brut, on ne sera pas vraiment plus avancé.

Et comme les économies émergentes n'ont jamais été aussi faibles (Russie en récession, Brésil à l'arrêt, Chine en ralentissement), le fossé n'a cessé de se creuser entre les cours de bourse, dopés par les politiques monétaires accommodantes, et la réalité vécue par les citoyens.

 

 

Il y a toutefois une anomalie à ce laïus sur la croissance me direz-vous : les +5% américains au T3. C'est exact. Mais celle-ci a été largement alimentée par l'exploitation du gaz et pétrole de schiste. Jugez par vous-même : selon l’Agence internationale de l’énergie, les États-Unis ont devancé l’Arabie Saoudite pour la production de pétrole et gaz liquéfiés. Ils exportent même du pétrole brut : une première depuis 40 ans ! Mais, patatras, la chute des cours du gaz et de l'or noir va liquider façon Léon ce nouvel eldorado. Et on parle désormais de 340 milliards de dollars de créances douteuses dans les banques américaines...

 

 

Le fossé entre sphère réelle et financière a son pendant entre politique et citoyens. L'alternance prévaut en effet à chaque élection quelque soit le pays, quelque soient les résultats économiques. Obama a ainsi été battu aux Etats-unis et la montée des extrêmes se fait sentir dans toutes les grandes démocraties. Seule Angela surnage dans son pays. Et si Shinzo Abe a été réélu au Japon, la taux d'abstention majeur en fait un vainqueur à la Pyrrhus.

De plus en plus, les politiques d'austérité sans fin et finalement sans but (puisque les dettes sont à mon avis inremboursables) deviennent incomprises et impopulaires. Les prochaines élections en Grèce s'annoncent chaotiques. Viendra un moment où les citoyens du monde refuseront de payer les dettes issues de la crise des Subprimes, des mauvais choix politiques ou de notre système devenu caduque.

 

 

Bref, j'ai nommé mon article "Jusqu'ici tout va bien", en référence au film "La haine" et sa fameuse scène du cocktail molotov tombant sur notre monde. J'aurais pu aussi l'appeler "Voyage en absurdie".


 

J'ai en effet noté trois risques majeurs pour les mois à venir :

- la finance US qui reste malade de son obsession pour le profit : shadow banking plus haut qu'en 2008, hedge funds à taille systémique, pyramide de Ponzi gigantesque aux US :

 

 

Et toujours le S&P 500 qui développe le plus haut surachat de son histoire :

 

 

- Les banques européennes qui n'ont jamais réellement rebondi depuis leur point bas de 2012, comme en témoigne leur comportement relatif.

 

 

- Les indices de l'Europe du Sud qui redécrochent, avec la France qui commence à suivre.

 

 

CONCLUSION :

L'année 2015 s'annonce pleine d'incertitude et de dangers. Les banques centrales étouffent pour l'instant toutes velléités de spéculation contre les taux et les indices boursiers. Elles achètent du temps en espérant que le retour de la croissance vertueuse rétablira l'équilibre naturel. La question est : sommes-nous en récession en en transition vers un monde nouveau, déflationniste et en croissance molle ? L'avenir le dira. Mais le risque de perte de confiance dans les institutions pourrait finir par rompre l'équilibre fragile des marchés financiers. Si tel était le cas, rien n'empêcherait la naissance d'un bear market qui achèverait nos économies flagellantes.

Commentaires

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luc75009 12/02/2015

c'est magnifique,rattrapage du nul de 2014!

Djobydjoba 17/02/2015
Bonjour à tous,

Il me semble qu'on arrive à un moment intéressant. Les indices US sont maintenant alignés sous résistances majeures (notamment une sacré résistance oblique mensuelle sous le S&P que j'avais posté sur une file précédente). Contre toute attente, ils avaient déjà réussi à éviter une sortie par le bas de la zone de distribution dessinée ces dernières semaines (niveau clé des 1990 sur le S&P) et à remonter sur les plus hauts malgré les résultats mitigés, le QE US arrêté et la perspective de hausse des taux. Peuvent-ils encore monter maintenant ? J'en doute un peu, les US ont besoin d'une bonne correction (15 à 20%) et cela ne pourra pas être contrarié éternellement. Avec l'inertie haussière, portée par le QE européen, les US peuvent éventuellement franchir ces grosses résistances mais méfiance, un bull trap US et un retour de bâton sévère est possible.

En face, l'Europe, qui a encore du potentiel pour monter, mais si les US ne suivent pas.. et bien ils n'oseront pas monter tout seul il me semble.

Personnellement je suis long Europe mais couvert avec des shorts US. Sans me faire d'illusions, si les US baissent l'Europe devrait suivre.  
luc75009 18/02/2015

pas positif cette puiblication!

R'man 24/02/2015

Bonjour à tous,

Le forum est sans vie. Mais où es-tu Parthénon? tu nous manques.

Parthénon 24/02/2015

Bonjour, je recherche la date du nouveau cycle de QE au Japon. Etait-ce en 2011 ? Merci.

R'man 24/02/2015

http://en.wikipedia.org/wiki/Quantitative_easing

 

In early October 2010, the Bank of Japan announced that it would examine the purchase of ¥5 trillion (US$60 billion) in assets. This was an attempt to push down the value of the yen against the US dollar in order to stimulate the domestic economy by making Japanese exports cheaper; it did not work.[71]

On 4 August 2011 the BOJ announced a unilateral move to increase the commercial bank current account balance from ¥40 trillion (US$504 billion) to a total of ¥50 trillion (US$630 billion).[72][73] In October 2011, the Bank expanded its asset purchase program by ¥5 trillion ($66bn) to a total of ¥55 trillion.[74]

On 4 April 2013, the Bank of Japan announced that it would expand its asset purchase program by 60 to 70 trillion Yen a year. https://www.boj.or.jp/en/mopo/outline/qqe.htm/

The Bank hoped to bring Japan from deflation to inflation, aiming for 2% inflation. The amount of purchases was so large that it was expected to double the money supply.[75] This policy has been named Abenomics, as a portmanteau of economic policies and Shinzō Abe, the current Prime Minister of Japan.

On 31 October 2014, the Boj announced the expansion of its bond buying program, to now buy 80 trillion Yen of bonds a year.[76]


Parthénon 24/02/2015

Merci R'Man, dès que j'ai un peu de temps, je vous soumets une analyse.


jay BALNAVE 24/02/2015

Salut,

C'est marrant, avant de passer ici je regardais le nikkei post QE BoJ.

Une chose est sure : c'est pire que le viagra !!


Reno 28/02/2015

Bonjour à tous,

La tendance anormalement haussière de la bourse s'explique certes avec le QE (c'est même la seule "bonne" nouvelle justificative dans un ensemble de plutôt mauvaises nouvelles); mais en support de l'analyse de Parthenon (et notamment le graphe montrant le lien entre le Credit Balance et le cours de bourse), on peut noter que l'accélération de ces dernières semaines (+20% pr le CAC en moins de 2 mois ...) commence à ressembler à ce qui a été observé juste avant les krachs de 2000 et 2007. C'est le syndrome "sonnerie du métro": quand le signal de fermeture des portes retentit au lieu de ralentir pour attendre le prochain métro, les gens accélèrent pour passer juste avant la fermeture des portes.

Ici en l'occurrence, il ne manque plus que l'élément déclencheur. Sur le plan géopolitique (Ukraine, Moyen Orient) les mauvaises nouvelles sont déjà en partie connues; il manque donc surtout une bonne grosse alerte sur des entreprises emblématiques. Les banques pourraient être celles là avec le défaut partiel probable de la Grèce entre autres (elles ont d'ailleurs peu rebondies depuis le graphe de Parthenon ci dessus); mais aujourd'hui un autre signe de retour vers le futur vient de sortir avec la faillite possible d'un géant de l'immobilier expagnol:

http://www.lefigaro.fr/immobilier/2015/02/27/05002-20150227ARTFIG00251-l-espagne-exposee-a-une-gigantesque-faillite-dans-l-immobilier.php

Apres les Krachs de l'automne (2000) et de l'été (2007), celui du printemps (2015) ?

luc75009 28/02/2015

on n'est pas dans le même contexte!la hausse n'est pas terminée.je pense.

jay BALNAVE 02/03/2015

Bonjour luc

Je crois que le contexte est pire:

- Guerre monnétaire

- Guerre tout court

- Taux zero de partout ( plus de marge de manœuvres)

- Pays sur endettés (inutile d'espérer une aide des états fauchés)

- La Chine s'enfonce et les US ont mangé leur pain blanc (pain rassi faut bien le dire : 3$ imprimés pour 1$ de croissance et un taux de participation active en baisse avec une population qui augmente = + de chômeurs)

 Seul la planche à billet soutien les marchés jusque là.Rien d'autre.

A ceux qui disent/pensent le contraire je demande : Que feraient les actions si Dhraggi annonce "ben finalement, pas de QE" ?

Ok pour « suivre »  la tendance sur des actions/produits liquides, mais sans s’endormir. En cas de cygne noir, y a plus de filet.