Interview avec Thibaud Eigle de L'Ecole des Finances Personnelles (2ème partie)

Sovanna SEK 0
Interview avec Thibaud Eigle de L'Ecole des Finances Personnelles (2ème partie)

Voici la suite de l'interview et ouvrez vos yeux :

6. Pouvez-vous rappeler les principaux facteurs de la faillite de la France ?

De manière très pragmatique, il existe 3 critères fondamentaux qui permettent d’affirmer que la France est en situation d’insolvabilité :

- Le ratio dette/recette fiscale : en 2012, les recettes fiscales de l’Etat français étaient de 290 milliards d’euros environ. Notre dette est de 1833 milliards d’euros (sans compter le hors-bilan qui se monte à plus de 3000 milliards). Cela signifie donc qu’il faudrait à l’Etat français plus de 6 années de recettes pour rembourser la dette nationale tout en arrêtant dans le même temps tout service public.

- Le creusement du déficit fiscal : il faut avoir à l’esprit qu’à l’heure actuelle la charge de la dette (son remboursement) est devenue le troisième poste de dépenses de l’Etat français. Elle représente plus de 70% de l’impôt sur le revenu. En 2012, Philippe Herlin estimait – dans son livre France, la faillite ? le déficit fiscal à plus de 20% des recettes en se basant sur les chiffres communiqués par le gouvernement dans son projet de loi de finances. En 2013, en effectuant un calcul similaire avec des chiffres actualisés, Simone Wapler – dans son livre Comment l’Etat va faire main basse sur votre argent trouve un chiffre supérieur à 32%. Cela signifie que l’Etat français devrait augmenter les recettes fiscales d’un tiers pour rembourser uniquement les intérêts de sa dette sans même envisager de rembourser le principal.

- La pression fiscale : cette dernière est déjà l’une des plus élevées d’Europe. Les dépenses publiques représentent environ 57% du PIB et sont financées par l’impôt et par la dette. Selon une étude publiée par le cabinet Ernst and Young, les prélèvements obligatoires représentent 56,5% des revenus perçus par les travailleurs ce qui place le jour de libération fiscale au 26 juillet de l’année pour un français. Sachant que l’absence de croissance ne permet pas d’augmenter les recettes, il y a de fortes chances que la pression fiscale devienne vite insoutenable.

Pour aller plus loin, j’invite vos lecteurs à lire cette note publiée par le département de recherche économique de Natixis en novembre 2013 et intitulée « Le blocage français ». Elle constitue une excellente synthèse de la situation structurelle de l’économie française et de l’impossibilité de la réformer.

7. Quel est votre avis sur l’or ?

Relique barbare pour les uns car considéré comme un investissement non productif, avenir du système monétaire international pour les autres, le moins que l’on puisse dire c’est que l’or ne laisse plus indifférent après des années d’oubli.

Dans un contexte de surendettement généralisé des acteurs économiques, il paraît normal et sain que les investisseurs se tournent vers des solutions qu’ils estiment devoir leur permettre de traverser cette période de turbulence.

A l’Ecole des Finances Personnelles, nous apprenons à nos clients à bien faire la différence entre investissement et spéculation.

L’investissement consiste à acquérir des actifs qui mettent de l’argent dans votre poche de manière régulière : l’action qui verse un dividende annuel, le bien immobilier qui permet de générer un revenu locatif mensuel, etc. La plus value à la revente est un objectif secondaire même s’il ne faut évidemment pas la négliger pour autant.

La spéculation consiste à se préoccuper uniquement du potentiel de plus-value lorsque l’on fait l’acquisition d’un actif. Il s’agit d’une stratégie risquée dans la mesure où l’on ne contrôle pas les fluctuations du marché.

Dans le cas de l’or, il s’agit donc davantage de spéculation que d’investissement puisqu’en se portant acquéreur d’or, on ne peut espérer in fine qu’un gain sous forme de plus-value.

Je crois cependant qu’il est important de détenir de l’or pour assurer son portefeuille contre le risque de crise monétaire. L’or est l’un des seuls actifs ayant une valeur intrinsèque sur le long terme indépendamment des fluctuations de son cours sur le court terme. Si nous devons faire face à une crise systémique majeure, mieux vaut détenir un tel actif que des actifs financiers libellés en papier qui n’ont la valeur qu’on veut bien leur donner.

8. Pensez-vous que le Livret A et l’assurance-vie fonds euros sont des placements risqués sachant qu’ils financent la dette de l’Etat qui est de moins en moins sûr ?

Je crois que la réponse est dans la question. Oui, le livret A et l’assurance-vie fonds euros sont devenus des placements risqués.

Le livret A finance la Caisse des dépôts qui est détenue à 100% par l’Etat. Même si cela n’était pas son rôle d’origine, cette dernière a été priée d’acquérir des obligations d’Etat français. En mettant votre argent sur le livret A, vous acceptez que votre argent ne vous appartienne plus et qu’il finance la Caisse des dépôts et par extension l’Etat français en contrepartie d’une (très) faible rémunération compte tenu du risque pris.

Le raisonnement est similaire en ce qui concerne les fonds euros. En vous portant acquéreur de parts de fonds euros, vous donnez mandat à l’intermédiaire financier qui héberge votre contrat pour qu’il achète des obligations d’Etat européen en votre nom. Vous êtes donc exposé à un double risque :

- Le risque de perte en capital si les Etats dont vous avez acquis les obligations font faillite,

- Le risque de contrepartie car si c’est votre intermédiaire financier qui fait faillite, vous ne reverrez pas votre argent, n’étant pas directement propriétaire des obligations d’Etat qui se trouvent dans votre contrat. 

Les destins des Etats et des banques sont aujourd’hui intimement liés. Parler de « contrats garantis » sachant que l’ensemble du système est bâti comme un château de cartes qui menace de s’effondrer à tout moment est un non sens total. Votre argent n’est plus en sécurité dans le système bancaire.

9. Pourquoi une majorité des Français n’ont pas une forte culture économique et financière pour se préparer éventuellement au pire ?

Il est vrai que la culture financière des français est largement perfectible.

Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, nous avons fonctionné sur la base d’un système redistributif qui offrait l’avantage de ne pas trop se poser de questions en matière de prévoyance (santé, retraite). La vie rêvée consistait à faire des études, prendre un poste dans une grande entreprise, faire carrière, cotiser et prendre sa retraite pour profiter de la vie.

Tant qu’il fonctionnait, ce schéma de vie était plutôt séduisant. Il apportait sécurité et confort de vie et avec un patrimoine moyen estimé à plus de 259.000 euros, les français ont pu goûter aux joies de l’Etat Providence.

Malheureusement, ce système n’est pas viable sur le long terme. En matière de finance et d’économie, on peut bien affirmer des désaccords sur bon nombre de sujets mais il en est qui est implacable et proprement indiscutable : c’est celui de la démographie.  

Notre système de redistribution n’est rien d’autre qu’un immense système de Ponzi qui ne peut perdurer dans la mesure où notre population est vieillissante et les travailleurs de moins en moins nombreux par rapport aux retraités.

Plutôt que de réformer notre système en profondeur et de mettre en place des actions structurelles pour développer notre autonomie financière, les différents dirigeants politiques ont privilégié la voie du déni et du mensonge.

Cela fait plus de 30 ans que l’Etat français se finance par l’emprunt et par l’impôt. 30 ans que nous ne faisons rien et que nous repoussons le problème au lendemain par manque de courage politique et de convictions sérieuses.

Les différentes études en matière d’éducation financière sont en effet extrêmement paradoxales : 70% des français sont inquiets pour leur retraite mais lorsqu’on leur demande ce qu’ils font pour y remédier, plus de la moitié d’entre eux répondent qu’ils ne font rien.

Je crains que nous n’assistions en réalité au phénomène du « Titanic » : le paquebot France est tellement grand que la plupart des gens le croient insubmersibles. Ou du moins, ils préfèrent se voiler la face car accepter une telle réalité est extrêmement angoissant et comme le système scolaire ne leur apprend pas à gérer leur argent, ils ne voient pas bien comment ils pourraient faire pour y remédier.

Comme le dit Jean Monnet : "Les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et ils ne voient la nécessité que dans la crise."

Je crois cependant que les mentalités évoluent. De plus en plus de français comprennent l’urgence de la situation et développent ainsi un véritable intérêt pour la gestion de leurs finances personnelles. Dans une étude publiée par le Crédoc en 2011, ils sont ainsi 70% à vouloir consulter des sites internet pour en apprendre davantage sur le sujet.

C’est d’ailleurs en cela que la mission de l’Ecole des Finances Personnelles est à la fois difficile et passionnante : aider les gens à accepter la situation actuelle pour ensuite aller de l’avant et mettre en place les fondations de leur liberté financière. Je suis en effet convaincu que chacun possède en lui-même le potentiel pour devenir autonome dans la gestion de son argent et gagner ainsi son indépendance financière.

10. Enfin, que pensez-vous des interventions sur BFM Business, d’Olivier Delamarche de Platinium Gestion et de Philippe Béchade de Publications Agora ?

A titre personnel, j’apprécie les tons décalés d’Olivier Delamarche et de Philippe Béchade ainsi que leur travail de sensibilisation aux grands enjeux économiques et financiers actuels.

Si je reste persuadé que chacun a tout intérêt à gérer ses finances personnelles de manière autonome et responsable plutôt que de déléguer cette gestion à des tiers, je préfère avoir affaire à des gens qui documentent leurs interventions avec des chiffres et des graphiques et creusent leurs analyses en prenant du recul sur la situation actuelle.

Dans un monde où la communication et la désinformation règnent en maitres, il est agréable de penser que nous sommes encore quelques irréductibles à prôner l’autonomie de pensée et l’analyse critique.

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Mot de la fin : merci Sovanna de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer sur votre blog et bon courage pour vos différents projets de vie !

NB : Pour aller plus loin, Thibaud vous donne la possibilité de télécharger gratuitement le Livre Blanc de l'Ecole des Finances Personnelles (106 pages) ainsi que les 3 simulateurs d'indépendance financière. Il suffit de cliquer ici.

 

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