Gare aux taux d’intérêt !

Jérôme Boumengel 4
Gare aux taux d’intérêt !

Aux Etats-Unis, la hausse des taux d’intérêt à 10 ans semble inéluctable, mais pas forcément pour la raison liée à l’inflation. Car si la correction de février sur les actions américaines est due à la publication en hausse du salaire horaire moyen, réveillant les craintes d’une accélération de l’inflation, ces dernières semblent toutefois exagérées.  

 

Tout d’abord, il est bon de se souvenir qu’un chiffre ne fait pas une tendance. Preuve de cet adage de bon sens, le chiffre publié en mars a fait état d’un ralentissement de la hausse des salaires. Par ailleurs, si la croissance des salaires continue de progresser, elle reste très inférieure aux niveaux qui ont précédé la crise financière de 2007. Son rythme de croissance annuelle tourne actuellement à 2,8% alors qu’il tutoyait les 3,5% en 2007. Même son de cloche du côté du prix des matières premières dont le taux de croissance en glissement annuel (Dow Jones Commodities Index) s’est nettement détendu après avoir atteint un sommet en janvier 2017.

 

Pour le moment, ni les pressions salariales, ni le prix des matières premières, ne plaident en faveur d'une accélération de l'inflation aux Etats-Unis. En écho à cette analyse, la hausse des prix à la consommation aux Etats-Unis a légèrement ralenti au mois de février.

 

C’est ailleurs qu’il faut chercher les raisons qui devraient pousser les taux d’intérêt à la hausse. Car si la politique menée par Donald Trump a pour objectif de relancer la croissance économique des Etats-Unis, elle va également contribuer à creuser les déficits et notamment celui de la dette publique. Rappelons que celle-ci représente actuellement près de 104% du PIB américain (chiffre du troisième trimestre 2017), un niveau qui n’a été dépassé qu’en 1944, en raison de l’énorme effort de guerre entrepris par l’Amérique. Rappelons également qu’entre temps, le ratio de la dette fédérale rapportée au PIB est tombé, au début des années 80, à un niveau proche de 30%.

 

Alors certes, on pourra nous rétorquer que le Japon affiche un ratio proche de 250% ! Mais ce qui fait la différence avec les Etats-Unis, c’est que la dette publique japonaise est détenue pour l’essentiel par les japonais. Selon les derniers chiffres du ministère des finances, seule 5,9% de cette dette sont actuellement dans des mains étrangères, contre 31% pour la dette américaine.

 

Contrairement aux Etats-Unis, le Japon est donc à l’abri des sautes d’humeur des investisseurs étrangers. Ceux-ci pourraient légitimement s’inquiéter de l’augmentation du déficit public américain, et se mettre à acheter beaucoup moins d’emprunts du Trésor américain. En effet, pourquoi acheter des emprunts d’Etat maintenant, alors que dans plusieurs mois, ils pourraient afficher un rendement plus intéressant ?

 

Or les membres du Congrès n’ont-ils pas récemment adopté 300 milliards de dollars de nouvelles dépenses sur les deux prochaines années ? Si l’on y ajoute également les 1500 milliards de réductions d’impôts accordés aux contribuables américains, le déficit public devrait dépasser les 1000 milliards de dollars dès l’an prochain, soit un ratio au-delà de 5% du produit intérieur brut.

 

Le véritable risque sur les taux d’intérêt provient davantage de l’augmentation du déficit budgétaire des Etats-Unis plutôt que de l’inflation. Pour compenser ce risque et attirer les investisseurs, le rendement des Treasury-Notes devra nécessairement augmenter sur le long terme.

 

Dans cette perspective, je conserve ma stratégie baissière adoptée sur les Treasury Notes en octobre 2016.  

 

D’un point de vue de l’analyse chartiste, les T-notes ont validé en début d’année une figure de distribution en forme de Head & Shoulders. Le potentiel de baisse se situe à 115 points, ce qui correspond à peu près à un rendement de l’ordre de 3,35%. On peut également noter que son ratio de risque s’est nettement dégradé, indiquant qu’il n’est pas rationnel de prendre des positions à l’achat.

 

Bien évidemment, une nouvelle vague de baisse sur les T-Notes ne sera pas sans conséquence sur l’indice Dow Jones…

 

 

 

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Commentaires

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fabulous 20/03/2018

tu vois donc mercredi une fed assez aggressive et non plus accommodante ? et ce malgré les statistiques actuelles assez faibles ? (la fed d'atlanta voyait la croissance au Q1 2018 à 4/5% et ils sont maintenant à 1.9% ou moins)

Jérôme Boumengel 20/03/2018

Oui, la Fed devrait les augmenter de 25 points de base, mais les taux à long terme ne sont pas déterminés uniquement par les taux à court terme. Il faut également considérer l'offre et la demande sur les emprunts d'Etat. Mon idée c'est que c'est plutôt les anticipations sur le déficit budgétaire qui va impacter le niveau des taux à 10 ans.


hejeve 21/03/2018

Bonjour Jérôme,

Il n'y a pas une petite contradiction avec ton article sur l'appréciation de l'euro? On ne peut pas avoir à la fois une huasse de taux US et l'appréciation de l'euro assez importante, n'est-ce pas? 

Jérôme Boumengel 21/03/2018

Bonsoir Hejeve,

Il y a une relation de sens inverse entre le prix des matières premières et le dollar. Quand le dollar baisse, le prix des matières premières affiche une propension à augmenter, et vice versa. Or une hausse des matières premières entraine également une hausse des taux américains, et vice versa (anticipations d’inflation). Donc une hausse des taux devrait également se traduire par une baisse du dollar.

Bien entendu, la corrélation est loin d’être parfaite, il arrive qu’elle se détende, voire qu’elle s’inverse. Mais sur les 10 dernières années, elle a plutôt bien fonctionné. Par exemple, de décembre 2008 à novembre 2009, les taux américains ont progressé de 2,25% à 3,21% alors que l’euro a pris 10%. Même constat entre août 2012 et décembre 2013 où les taux sont passés de 1,57% à 3,05% tandis que l’euro remontait à 1,37 contre 1,24. Plus près de nous, en août 2016, les taux se situaient à 1,58% et l’euro à 1,12 contre 2,86% et 1,23 respectivement.