Faut-il continuer à jouer la hausse ? Attention au mythe d’Icare !

Jean-Noël VIEILLE 0
Faut-il continuer à jouer la hausse ? Attention au mythe d’Icare !

 

Il faut bien reconnaître une certaine difficulté à s’inscrire dans les mouvements de marché puisqu’en 11 jours de bourse, nous venons de faire le point bas et le point haut de l’année au niveau du CAC 40 (3599 le 18 avril et 3913 points vendredi 3 mai, soit une progression de +8,7%). On en revient quasiment au niveau de prix connu à l’aube de la crise des dettes en zone euro en juillet 2011. La situation économique et financière a-t-elle changé à ce point et aussi rapidement ? Evidemment non d’un point de vue fondamental même si des éléments de confort peuvent justifier une certaine embellie, nous reviendrons sur ces points que ce soit du côté européen ou américain. Plus que des améliorations de nature économique, les marchés financiers actions et obligataires sont plus dominés par des dynamiques de flux, phénomènes qu’il est totalement impossible de modéliser et qui comportent le risque d’un retrait brutal. C’est tout l’enjeu selon nous de la problématique actuelle : on peut jouer à ce jeu mais un peu comme dans la légende d’Icare, plus on monte, plus on risque de se brûler les ailes.

 

L’effet de la BCE, d’abord un effet de liquidités sans plus …

 

Ce qui vient de se passer ces deux dernières semaines est singulier, mais faisait effectivement partie du domaine assez prévisible de marchés qui veulent voir le verre à moitié plein. La hausse du marché européen est partie d’un souhait des marchés (d’une pression ?) qui exigeait de la BCE une baisse de 0,25% de ses taux directeurs, les ramenant à seulement 0,5%. L’objectif consiste à relancer le crédit en Europe afin de stimuler la croissance. On aura bien du mal à croire à ce conte de fée, la relance de la croissance tient en effet assez peu à une problématique de crédit, sauf éventuellement pour certaines PME, mais si ces dernières n’ont pas accès aux crédits ce n’est pas sur une problématique de taux, c’est d’abord parce que les banques ne veulent ou ne peuvent, pour des raisons réglementaires, accorder un supplément de risques à leurs clients. Plutôt qu’une baisse des taux, l’effet aurait été plus positif de décider de surseoir à quelques mesures liées à Bâle 3 ou à Solvency 2. Souvent d’ailleurs les marchés montent sur la base de ces rumeurs, puis on vend la nouvelle, ce qui aurait donc dû être fait vendredi dernier ou sera fait ce lundi, donc méfiance. Il y a eu aussi d’autres avancées cette dernière semaine sur le plan économique et institutionnel européen. Ainsi, en traitant le cas français avec une certaine mansuétude, la Commission européenne a montré qu’elle pouvait désormais accepter des mesures de souplesse. C’est ce que le journal « Le Monde » stigmatisait hier en parlant de la fin de « l’Europe stupide ». La Commission vient d’accepter que la France et l’Espagne revienne à un déficit de 3% dans seulement deux ans (2015) tout en demandant à la France d’accélérer ses réformes structurelles. C’est une décision assez habile politiquement puisqu’elle permet de sortir de son dogmatisme qui lui était assez souvent reproché. En allant dans cette voie, elle renvoie également la responsabilité aux Etats de mettre en place des mesures de clarification économique sans avoir la pression du court terme.

 

Une zone euro toujours en récession

 

D’après les dernières prévisions présentées par la Commision européenne, la zone euro devrait connaître une légère récession en 2013, -0,4%, suivie d’une hausse de +1,2% en 2014. Comme en 2012, ce sont les exportations vers le reste du monde qui apporteront un supplément de croissance puisque la consommation privée et les investissements devraient contribuer négativement chacun de 0,5% à la croissance européenne. L’Europe reste donc assez fragile et sur le plan social les politiques d’austérité sont davantage remises en cause. Les dirigeants européens s’opposent également  de plus en plus, il suffit de voir ce samedi la réaction très négative du chef du FDP allemand, Philipp Rösler, qui a qualifié d' « irresponsable » le choix de la Commission européenne de remettre en cause la politique de consolidation budgétaire dans les pays de l'UE. L’approche des élections allemandes va donc amener son lot évident de critiques allemandes vis-à-vis de la France.

 

Un regain de confiance pour l’économie américaine

 

Du côté américain, on a assisté à des bonnes nouvelles avec les chiffres de l'emploi publiés qui ont entrainé la forte progression des indices actions en fin d’après-midi de vendredi. On a assisté à un rebond des créations de postes dans le secteur privé en avril et la correction à la hausse du niveau du mois précédent (fait rare !). Tous les indicateurs de l'emploi américain repassent ainsi au vert. Le taux de chômage recule légèrement pour atteindre 7,5%. Cette solidité du marché de l'emploi aux Etats-Unis devrait limiter les craintes d'une rechute de l'économie suite à l’effet négatif des coupes budgétaires. La croissance américaine dispose de fondamentaux de plus en plus résistants et devrait accélérer au cours du second semestre. On peut donc d’un point de vue stratégique continuer à jouer les marchés d’actions US en dépit d’une belle performance depuis ce début d’année (gains de presque 15%) et attente de record historique ce qui n’est pas le cas en Europe.

 

En conclusion, il y a finalement peu d’éléments très nouveaux, l’économie américaine va mieux mais on le savait déjà, l’économie européenne ne va pas bien mais ceci était déjà assez largement anticipé. Les marchés ont donc salué à la fois la nouvelle souplesse de la Commission européenne et surtout la baisse des taux. Est-ce légitime ? La réponse est positive jusqu’à un certain niveau de marché que nous pensons avoir été dépassé ces tous derniers jours. Finalement, le marché s’est rassuré avec les remèdes faciles de la Banque Centrale : taux bas, rachat d’actifs sur le marché. Mais dans la mesure où surtout en Europe, le prix des actifs s’éloigne de leur réalité économique, nous pensons qu’il faut vite siffler la fin de la récréation !

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