Est-ce que je crois aux fantômes ? Non, mais j’en ai peur (Marie du Deffand)

Marc GILSON 3
Est-ce que je crois aux fantômes ? Non, mais j’en ai peur (Marie du Deffand)

Le shadow banking (l’activité bancaire fantôme) est un phénomène qui semble prendre de l’ampleur dans pas mal de médias et qui inquiète le Bureau de la Stabilité Financière (FSB) parce que les risques qu’il ‘crée’ ne sont pas contrôlés et qu’en cas de gros pépin, tous les efforts entrepris pour stabiliser le système bancaire européen seraient vains.

Le shadow banking regroupe les activités d’intermédiation de crédit, de transformation de liquidité ou de maturité qui se font en dehors du système bancaire régulé. Cette activité est assez compliquée à bien identifier et mesurer. Les acteurs sont connus : les compagnies d’assurance, les fonds de pension,  la plupart des fonds d’investissement (à l’exception notoire des OPCVM monétaires). Dans toutes ces institutions, les actifs sont plutôt considérés comme s’ils étaient des actions alors que dans les banques les mêmes actifs sont assimilés plutôt à des dettes, dettes qui sont l’objet d’analyse permanente de leur solvabilité par les autres acteurs du marché. Chez nous, les activités de crédit sont plutôt réservées aux banques (à la différence des USA) mais la progression du private equity nous semble tout de même très significative  dans la mesure où l’investisseur privé peut se transformer en pseudo-banquier pour trouver des rendements plus intéressants pour son épargne. La transformation de maturité fait allusion à l’utilisation de ressources à court terme pour financer du long terme, tandis que la transformation de liquidité évoque l’investissement en actifs non-liquides en se finançant au travers d’instruments plus liquides.

La méthode pour évaluer le shadow banking et les pistes à suivre pour tenter de réguler cette grande masse potentiellement à risque sont très bien détaillées dans un article qui vient de paraître dans le Bulletin Mensuel de la BCE : Enhancing the monitoring of shadow banking. La crise financière a fait fondre les actifs de banques et surtout du shadow banking. La proportion reste aujourd’hui d’environ 57% - 43%, et dans ces 43%, on inclut tous les fonds d’investissement hors OPCVM monétaire (ce qui fausse aussi les considérations de répartition géographique évidemment). Parmi les activités les plus dangereuses et qui sont susceptibles d’être rapidement encadrées, l’auteur de l’article parle surtout des opérations dites de repo (prise en pension) qui peuvent devenir un vrai jeu de domino dans la confiance que les acteurs du marché sont sensés se porter pour que ces types de crédits ayant pour collatéraux des titres de tiers puissent fonctionner sans heurts.

Pour pouvoir appréhender le phénomène et tenter de le contrôler, on comprend qu’il faut en Europe une organisation supranationale dotée de vrais pouvoirs. La volonté de séparer les métiers bancaires entre banque traditionnelle et banque d’affaires (ou d’investissement) est un premier pas vers une vraie catégorisation des risques et donc une meilleure  possibilité de les circonscrire. Les gouvernements timorés pour avancer vers cette séparation n’aident ni leurs banques, ni les clients de ces banques (voir notre article du 6 février).  Un Etat se doit de contrôler la santé de ses banques et il devrait se méfier du lobbysme permanent qui veut lui faire croire que désormais tout est sain et sous contrôle.

Le récent scandale de la viande de cheval a mis en lumière les lacunes de ‘’l’autorégulation entre professionnels régulés localement’’, dans un domaine que chacun imaginait sans risque. La crise de 2008 et ses causes semblent déjà oubliées dans beaucoup d’investisseurs.

Alors que les bourses sont à nouveau tirées vers le haut par la performance des titres bancaires, il serait peut-être judicieux de se montrer critique et de s’intéresser en priorité aux sociétés qui tirent leurs profits essentiellement de leurs activités régulées. S’il en existe, bien sûr.

Marc Gilson

Twitter: @MarcGilson

PS. Marie du Deffand a eu de nombreux mots d’esprit dont un que tout le monde connaît encore : « C’est le premier pas qui coûte »…

Commentaires

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SuperMan_X007 19/02/2013
C'est toujours un plaisir de vous lire, alors à bientôt.
Marc GILSON 19/02/2013

Merci. Pour avoir une idée de ce qui se passe dans les banques: http://www.journaldunet.com/economie/finance/banques-a-risque-systemique.shtml Bien lire les commentaires qui édulcorent les chiffres et les tableaux. Il n'en reste pas moins vrai que nous sommes tous en attente de savoir ce qui va se passer quand les ZinZIns se retireront du marché obligataire souverain pour aller vers... peut-être pas les actions, qui sont probablement à leur juste prix actuellement, mais vers d'autres opportunités plus rentables que je situerais plutôt vers tout ce qui est shadow banking. Je ne crois plus en un nouveau boom des matières premières. Je pense que le financement des entreprises hors banques est le créneau de demain.

SuperMan_X007 20/02/2013
Merci pour la recommandation. Je lirai cet article avec attention.