En avril, ne te découvre surtout pas d’un fil !

Jean-Noël VIEILLE 1
En avril, ne te découvre surtout pas d’un fil !

Après la trève pascale et les traditionnels poissons d’avril, les marchés financiers vont-ils confirmer le vieil adage : en avril, ne te découvre pas d’un fil ? La situation de Chypre sera probablement un facteur directionnel important pour les marchés financiers. Les nouvelles sont loin d’être favorables puisque l’abandon de la monnaie unique semble revenir d’actualité, seule possibilité qui pourrait remettre en situation l’économie chypriote. Rétrospectivement, les marchés ont finalement peu réagi au retour des vieux démons courant mars, puisque l’on assiste sur les grands marchés européens à une quasi stabilité mensuelle, seuls les marchés boursiers italiens et espagnols ont baissé de près de 4% alors que les marchés US ont retrouvé les plus hauts, preuve que malgré un environnement politique et économique défavorable, les marchés veulent rester assez optimistes.

Risques politiques accrûs en zone euro !

Même si nous ne sommes pas encore à l’heure des bilans, loin de là, cette dernière crise met à jour les failles des institutions européennes. Par exemple, la décision prise le 16 mars (abandonnée depuis) de taxer à 6,75% les dépots bancaires des petits épargnants chypriotes n’est pas le résultat réel d’un compromis européen mais celui d’une négociation diplomatique entre Berlin, Francfort, Washington, Bruxelles et Nicosie qui a relativement peu pris en compte les aspects politiques négatifs de cette solution. Il n’y a plus de pilote dans la cabine de commandement de l’euro dans la mesure où les divergences entre les Etats membres et les bailleurs de fonds se sont révélés. Sans refaire le match, il y avait deux possibilités, soit les partenaires européens prenaient à leur charge le renflouement des banques (avec un coût modique de 0,06% du PIB de la zone euro), soit l’Etat chypriote faisait payer les créanciers des banques. Le cafouillage est intervenu sur la méthode retenue puisqu’on a dérogé à un principe qui régit la confiance entre la banque et ses clients, celui de la protection des déposants, pierre angulaire de la stabilité financière. Ainsi comme le rappelle l’économiste Jean Pisani-Ferry, dans Le Monde du 26 mars, « ce ne sont plus les spéculateurs qui menacent la monnaie européenne - ils sont d’ailleurs restés remarquablement calmes la semaine dernière -, ce sont les peuples exaspérés ». En conséquence, la crise chypriote et la crise italienne augmentent très fortement le risque politique en Europe. Le problème chypriote est donc encore loin d’être réglé, l’expulsion de Chypre de la zone euro reste possible (et probable) puisque l’Allemagne, désormais en campagne électorale, ne veut pas accorder la moindre flexibilité. Ce serait évidemment un échec important pour l’Union Européenne qui a toujours tenté d’éviter ce scénario depuis 3 ans. Finalement, tout le monde sort perdant.

1/ Les Chypriotes qui vont subir l’austérité et la récession, la restructuration du système bancaire sera long et coûteux, l’économie ne disposant plus d’aucun relais de croissance.

2/ Les déposants non garantis paient une grande partie de la facture.

3/ Les institutions européennes qui auront échoué à assurer une gestion ordonnée de cette crise.

 

Vers une remontée de l’aversion aux risques dans la zone euro ?

 

Au-delà des facteurs politiques qui risquent d’augmenter sensiblement les primes de risque des différentes classes d’actifs au sein de la zone euro, il existe objectivement d’autres éléments économiques défavorables. Le principal risque tient à la baisse des prévisions de croissance pour 2013 et 2014 qui pourraient alors remettre en cause tout le dispositif européen basé sur la réduction des déficits et un retour rapide à la croissance. Le consensus des économistes voit une croissance moyen terme proche de 1,5% pour la zone euro, qui semble beaucoup trop élevé. Dans ce contexte, les prévisions de croissance attendues pour les entreprises européennes ne seront pas tenues et se posera alors la question de la valorisation des marchés. Par ailleurs on devrait asssiter à une dégradation des banques, par effet ricochet, surtout des pays du Sud de la zone euro. On notera par exemple que CNP Assurances a été touché par son exposition à chypre (quatrième source de revenus du groupe). D’autres petits pays européens devraient être touchés après la Grèce et Chypre, ce qui ne fera que complexifier un peu plus la sortie de crise. Si ce scénario devenait réalité, il faudra revenir à un flight to quality que l’on connait bien depuis les cinq dernières années de crise. Une fois encore, les dettes souveraines allemandes et françaises joueront le rôle de valeur refuge au détriment de celles de l’Italie et de l’Espagne. On devra également être relativement absent des dettes corporate des banques surtout dans les pays du sud (défaut des emprunteurs et augmentation des créances douteuses), on a vu au cours du mois de mars un accroissement des spreads sur ce secteur en senior et en subordonné.

 

Regain d’optimisme du côté américain

 

L’économie américaine reste assez vertueuse avec des taux d’intérêt toujours très bas, une croissance qui repart par toutes ses composantes sauf les exportations et le marché du travail s’améliore nettement. D’ailleurs cette situation conduit certains investisseurs à s’inquiéter de l’éventualité du risque de krach obligataire. On se rappelle ainsi la situation de 1994 avec la remontée des taux d’intérêt de la FED. Ce risque nous semble faible puisque Bernanke a toujours confirmé qu’une politique monétaire moins expansionniste se fera de façon très progressive et probablement pas avant le début de 2014.

En conclusion, il est toujours assez difficile d’avoir un discours positif pour les semaines à venir dans le domaine des actions et ce au niveau des différentes zones, seule la zone américaine pourrait encore progresser même si les niveaux actuels plaident pour une certaine méfiance. La volatilité devrait donc rester très élevée. La reprise mondiale peine à se matérialiser et les problèmes politiques sont encore devant nous surtout en Europe.

Commentaires

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deberre 24/04/2013
les peuples commencent à comprendre par qui ils sont dirigés goldman sachs et companie seule solution la possibilité de dévaluer . ce qu a pu faire De Gaulle en son temps et que l'europe nous refuse pour le plus grand plaisir des banques étrangères et des fonds de pensions