Des croissances bénéficiaires trop optimistes ?

Jean-Noël VIEILLE 0
Des croissances bénéficiaires trop optimistes ?

La fin du mois est à nouveau marquée par un repli des marchés, particulièrement élevé au Japon puisqu’entre le 22/05 et le 03/06, l’indice Nikkei chute de 15%. Les investisseurs ont intégré parfaitement les discours des banques centrales et les risques liés à un retrait prochain des liquidités. Désormais, les politiques des banques centrales étant explicitées, le marché devrait retrouver une dynamique liée à des facteurs fondamentaux et donc à l’analyse des données économiques du deuxième trimestre. Il existe alors un risque réel de déception sur les chiffres de ce semestre puisque l’on sait que les données macro sont globalement en repli. Si les données financières du premier trimestre ont été globalement assez favorables, il n’est pas certain que le deuxième trimestre soit de la même facture. On reviendra également sur les données publiées hier de l’ISM manufacturier aux Etats-Unis.

Un ISM en dessous de 50 : risque de récession ?

Sur le mois de mai, le PMI, issu de l’enquête ISM du secteur manufacturier est passé en-dessous de la barre symbolique des 50, censée marquer l’entrée en récession. C’est un retour au chiffre du mois de novembre dernier, qui avait constaté une contraction de l’activité industrielle. Les indicateurs d’activité sont en recul, mais les indicateurs d’emploi et d’exportations marquent une assez bonne résistance. Les directeurs des achats constatent surtout un attentisme de leurs clients lié à une économie en ralentissement à la fois sur le plan domestique et international. Les entreprises semblent ainsi continuer à réduire leurs investissements, les stocks et aussi les commandes. En revanche, l’élément favorable est le recul des prix payés, ce qui peut laisser présager une moindre pression sur les marges des entreprises. Deux éléments importants expliquent aussi la baisse de cet indicateur, la faible croissance des revenus des ménages et aussi la diminution des commandes publiques. Une explication de cet attentisme tient à ce que les clients anticipent un recul des prix de vente des biens en raison de la faiblesse des prix des matières premières, donc reportent le plus possible les achats. Ainsi, sur le mois de mai, la composante nouvelle commande s’établit à 48,8% en recul de 3,5 points. Les carnets de commande sont en contraction à 48% en recul de 5 points sur le mois (plus forte baisse de l’ensemble des composantes de l’enquête). En conclusion, on a le sentiment que l’économie américaine est plus proche d’une stagnation que d’une réelle dynamique favorable. Finalement un des points positifs reste l’emploi puisque les industriels n’ont pas réduit les effectifs, ce qui pourrait signifier qu’ils voient l’avenir proche avec un certain optimisme.

Pour les marchés financiers, l’analyse de cet indicateur reste compliquée. La Fed va en effet constater deux éléments contradictoires pour fixer sa prochaine politique : un ralentissement économique et un marché de l’emploi assez favorable. Les débats seront donc encore assez houleux au sein de son comité pour commencer dès juin le retrait des liquidités. Mais ces éléments confirment le risque expliqué précédemment, à savoir des résultats du deuxième trimestre moins bon qu’attendus. Il faudra aussi intégrer sur le prochain semestre les effets négatifs du durcissement de la politique américaine et la probable poursuite de la chute des commandes publiques.

 

Retour sur des questions de valorisation


Nous présentons ci-dessous un état des niveaux de valorisation des principaux marchés mondiaux. Le tableau qui suit montre les données du consensus relatif aux croissances bénéficiaires et au niveau de PER.

 

Ce tableau montre des différentiels de croissance importants suivant les zones géographiques, surtout sur l’exercice 2013. On attend une croissance des benéfices de +70% pour le Nikkei, et de +35% pour le CAC et le Nasdaq. Nous sommes bien dans une recovery après la baisse des résultats sur 2012.

 

Toute la question est de savoir si à la lumière des données macro-économiques ces chiffres sont réalistes. Nous ne le croyons pas vraiment. Sur les années suivantes, les données sont un peu plus homogènes. Le S&P 500 semble être l’indice qui a le profil le plus sécurisé et en cohérence (pour l’instant au moins) avec les données fondamentales de l’économie américaine. Enfin, le niveau de valorisation des différents indices vu au travers du PER présente aussi une certaine homogénéité avec un niveau du Nasdaq plus élevé que les autres indices.

 

En acceptant pour le CAC 40 le niveau de croissance attendu par le consensus, soit une progression des résultats de +18,6% pour les 3 années à venir, l’objectif de valorisation de l’indice ressort à 3933 points, soit le niveau actuel. Si on ne croit pas à ces progressions et si par hypothèse, nous les réduisons à seulement +14%, le nouvel objectif ressortirait à 3500 points. Ces prévisions devraient ainsi être révisées durant l’été au cours de la publication des résultats semestriels. Nous confirmons le retour à un marché plus volatil où il faudra sécuriser les portefeuilles en jouant sur des valeurs de rendement et sur des valeurs à potentiel de croissance très sécurisé.

Commentaires

Soyez le premier à réagir !


Avantages d'être membre

Postez vos commentaires. Vous pouvez aussi y ajouter des graphiques et des images afin d’illustrer vos propos.