Des bilans et de leur lecture.

Marc GILSON 2
Des bilans et de leur lecture.

Lors d'une formation récente que j'ai pu dispenser à des non-financiers sur la finance d'entreprise, mes auditeurs ont appris quelques notions de base pour pouvoir mieux comprendre et interpréter les chiffres d'un bilan, d'un compte de résultat.

 

Leurs réflexions, à la fin de la journée, m'ont un peu désarçonné. Ils avaient maintenant les possibilités de comprendre mieux la structure de leur entreprise (ces cadres reçoivent régulièrement les données du compte de résultat, notamment) mais se déclaraient peu concernés, préférant qu'on leur explique  plus profondément la partie de la comptabilité analytique qui concerne leur propre univers (dans ce cas, une unité de transformation de produits de récupération). Du concret, immédiat, en quelque sorte mais pour le reste: c'est l'affaire du boss et du directeur financier.

 

Et ce mercredi, en triant le flot de nouvelles reçues via Twitter, je trouve un article très intéressant d'Anne Drift, sur le site du journal Les Echos: "Nouvelle vague de LBO en difficulté". Pour les non-initiés, le LBO (Leverage Buy-Out), est un terme générique désignant un montage juridico-financier de rachat d’entreprise par effet de levier (le leverage), c’est-à-dire par recours à un fort endettement bancaire, très souvent dans une holding, une société de détention, créée pour la circonstance. Le but de l’opération est de permettre aux repreneurs de racheter une société en dépensant un minimum d’argent.

 

"Les banques ont mis leur menace à exécution. BNP Paribas, BPCE, et RBS ont signé hier la prise de commandes de la Saur, plombée par une dette de 1,8 milliard d'euros, contre un abandon de moitié de leurs créances. Un mauvais signe pour les gestionnaires de fonds qui espéraient sortir indemnes, une fois encore, d'une deuxième, voire troisième vague de restructuration de dette de leurs entreprises acquises avec effet de levier."

 

De toute évidence, à un moment donné, les dettes des holdings sont repassées dans les sociétés rachetées comme semblent l'indiquer ces quelques extraits de l'article:

 

"Autre situation emblématique, Frans Bonhomme, le leader français de la distribution de tubes pour les canalisations, détenu par Cinven et qui porte un peu moins de 700 millions d'euros de dette. « Les investisseurs estiment que le groupe devait casser son plafond d'endettement en mars », rapporte l'agence Debtwire. Sa dette atteignait 9,7 fois son résultat brut d'exploitation en février, alors que son plafond fixé par les banques pour mars était de 9,5 fois. Difficile pour l'entreprise de réduire sa dette étant donné la conjoncture. Selon des sources, elle a obtenu un moratoire de ses créanciers jusqu'à fin décembre".  "Le commerce de détail est lui touché non seulement par la crise mais également par la météo exécrable. Camaïeu, entre les mains aussi de Cinven, a dépassé son plafond de dette en mars 2012, avec un résultat brut d'exploitation très en deçà du budget (140 millions contre 182 attendus, selon Debtwire). Des discussions ont été engagées avec les créanciers sans aboutir. Le groupe aurait légèrement redressé la barre depuis octobre dernier, avec un résultat passé de 115 à 120 millions. Autre cas tendu, Vivarte. Aucune négociation n'est officiellement ouverte mais le groupe (André, Minelli, Caroll) est sous pression. Sa dette de 2,5 milliards représentait environ 6,08 fois son Ebitda de  mars, alors que les banques ont fixé un plafond à 6,05 pour mai, selon Debtwire. L'étau s'est un peu desserré avec la cession de 300 millions d'immobilier. Mais entre ces deux mois, la conjoncture ne s'est pas embellie".

 

EBITDA ou Earnings Before Interest, Taxes, Depreciation, and Amortization: ce terme désigne les revenus avant intérêts,
impôts (taxes), dotations aux amortissements et provisions sur immobilisations (mais après dotations aux provisions sur stocks et créances clients). C’est le calcul du profit généré par l’activité indépendamment des conditions de son financement (les charges financières), des contraintes fiscales (impôts et taxes), et du renouvellement de l’outil d’exploitation (amortissements). C'est donc le résultat brut d'exploitation. Si on rajoute ces montants négatifs qui sont en fait la rémunération des moyens permanents de l'entreprise (capital et dette à long terme), on obtient le résultat net d'exploitation.

 

Quant à l'effet de levier dont parle cet article, il faut le comprendre comme suit: cet effet explique le taux de rentabilité comptable des capitaux propres en fonction du taux de rentabilité après impôt de l'actif économique (rentabilité économique) et du coût de la dette. Par définition, il est égal à la différence entre la rentabilité des capitaux propres et la rentabilité économique. Lorsqu'il est positif, le recours à l'endettement a permis d'augmenter la rentabilité des capitaux propres de l'entreprise. En revanche, lorsque la rentabilité économique est inférieure au coût de l'endettement, l'effet de levier joue négativement ! De plus, celui-ci reste une tautologie comptable qui ne doit pas faire oublier que le recours à l'endettement augmente le risque lié aux capitaux propres, et ne crée pas au total de valeur.

 

Si vous prenez la peine de digérer ces définitions, vous pourrez comprendre pourquoi les créanciers peuvent être ontraints d'abandonner une partie de leurs créances s'ils veulent que l'entreprise survive, ou pourquoi ces mêmes créanciers peuvent forcer l'entreprise à se restructurer pour rendre certaines proportions plus supportables pour l'avenir. Les banques sont donc parfois obligées de sauver les meubles et de prendre le contrôle des entreprises débitrices. Vu les montants dont on parle et sachant combien tout engagement d'une banque en matière de crédit lui coûte en termes de fonds propres à 'immobiliser', on comprend leur actuelle frilosité. Et on comprend surtout que dans une crise économique, l'endettement est probablement le plus grand risque pour une entreprise. Cash is king! (le cash est roi)

 

Et vous pouvez aussi vous dire que ce n'est pas très différent, dans le raisonnement, pour les Etats sauf que dans leur cas ils disposent de plus de pouvoir sur leur recettes et que le temps n'a pas la même influence…

 

Pour conclure, je serais tenté de dire à ces cadres qui semblent peu intéressés par le bilan de leur société qu'il est
sage d'en surveiller l'évolution des grandes composantes sous peine de ne pas voir arriver à temps les signes d'une future restructuration ou d'une cession à d'autres mains… Et pour les amateurs d'actions cotées, la recommandation vaut également!

 

@MarcGilson

Commentaires

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Herald HARING 05/07/2013

  Bonjour,

  Pourriez-vous poursuivre, à travers d'autres chroniques à venir, dans cette captivante initiation à la lecture et l'interprétation de bilans de sociétés, avec d'autres exemples.

  MERCI !

Marc GILSON 05/07/2013

Bonjour,

Je ferai de mon mieux. L'article me permettait de relier une formation théorique à de la réalité. Je saisirai toutes les occasions. Si vous êtes intéressé par ce sujet, il y a le Vernimmen et tous les supports annexes http://www.dalloz-boutique.fr/finance-d-entreprise-2013.html et les définitions extraites de cet ouvrage qu'on retrouve facilement sur le site des Echos.

Merci pour votre intérêt.

MARC