Courage, fuyons ! Mais quoi et où?

Marc GILSON 5
Courage, fuyons ! Mais quoi et où?

Contrairement à ce qu’on le pense naturellement, les révolutions sont plutôt lentes. Bien sûr, à l’aune de l’Histoire ce sont des moments courts mais lorsqu’on les vit en direct ils peuvent sembler bien longs.

Ainsi, la Révolution Française a été un processus douloureux qui a pris plusieurs dizaines d’années avant de façonner une République solide. Pourquoi doit-on penser alors que le(s) Printemps arabe(s) doivent amener aussi rapidement les changements voulus par les populations ? Est-ce parce que nous vivons dans l’esprit de l’Internet ultra rapide que nous devons imaginer que tout désir doit devenir réalité, aussi vite qu’il est émis ?

Nous vivons aussi une Révolution de société : le modèle de pensée hérité de l’empreinte judéo-chrétienne (surtout catholique) fait eau de toute part. Les solidarités intergénérationnelles volent en éclat, les relations avec l’argent changent de point de vue, les recettes de l’ancienne gouvernance sont remplacées par la nouvelle cuisine des nouvelles régulations, la compétition autrefois locale est devenue mondiale, la foi dans les modèles sociaux s’est étiolée devant l’allongement de la durée de vie ou la détérioration de l’environnement.

Rien ne permet de dire aujourd’hui quel organisation de notre société prévaudra dans une décennie et il n’est pas sûr que le veau d’or sera toujours debout. Dans une même soirée, la télévision nous a montré les solutions alternatives pour financer les entreprises, l’évolution de la criminalité financière, l’exil des jeunes à la recherche d’un emploi digne et la réussite d’un entrepreneur français en Indonésie, fuyant tracasseries administratives et fiscalité décourageante.

Oui, le changement prend du temps et la direction qu’il prend est incertaine. Elle dépendra de choix ponctuels et cruciaux.

Par exemple, en plein débat sur le budget de l’Europe, le temps des choix entre deux visions radicalement opposées est arrivé (comme exprimé par Paul Goldschmidt, membre du Comité Consultatif de l’Institut Thomas More) :

- Soit celle du renforcement d’une structure confédérale dont l’objectif principal est le parachèvement d’une zone de libre-échange et le retour dans chaque pays des bribes de souveraineté précédemment abandonnés (fin de l’euro notamment).

- Soit celle de la création d’une structure fédérale avec une hiérarchie claire des normes entre pouvoirs fédéraux, nationaux et locaux, permettant l’exercice « démocratique »  de ceux-ci à chaque niveau, dans le respect plein et entier de la subsidiarité. Le niveau fédéral serait composé d’un exécutif (politique) responsable devant un Parlement, lui-même composé, à l’instar du système allemand (ou américain) d’une représentation directe des citoyens (Chambre des Représentants) et d’une représentation territoriale (Sénat). Serait aussi instauré, un système judiciaire fédéral distinct des systèmes nationaux, chacun œuvrant dans les domaines de leurs compétences respectives (comme aux Etats-Unis).

Voilà de quoi occuper vos pensées ce weekend !

Commentaires

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Jean COLAS 08/02/2013

curieux article qui dépasse les préoccupations de ce site. Bien intéressant néanmoins car vous posez les bonnes questions, que ce soit dans le titre ou dans le corps de l'article.

Fuir ou pas? la réponse appartient à chacun. Notre société dans ce qu'elle devient peut apporter des satisfactions, mais comme vous le soulignez l'ouverture au monde générera un durcissement dans les conditions matérielles.
Pour ma part, la réponse est claire. Lorsqu'on dispose de quelque moyens financiers, l'idéal est de se penser un mode de vie en prise directe avec la nature et en liaison avec une communauté animée de valeurs qui tendent à la protection des membres de cette communauté. Cela implique le renoncement à certains des plaisirs qu'offre notre société, mais le prix de ces plaisirs me paraît insoutenable (de mon point de vue).
La destruction des valeurs véhiculées par l'Eglise catholique depuis 2000 ans, et qui sont pour la plupart des valeurs remontant bien plus loin et bien plus haut, n'en est pas encore à son aboutissement. Nous vivons un glissement vers un monde nouveau qui sera dur et cruel. Houellebecq l'avait déjà parfaitement synthétisé dans "les particules élémentaires".

Quoi qu'il en soit, chacun devrait prendre du temps pour réfléchir au type de vie qu'il entend mener dans le futur: plus ou moins relié à la dépendance sociale majoritaire? plus ou moins proche de la nature? plus ou moins simple? etc...
Une fois le choix effectué, reste à se donner les moyens de le réaliser. Et là, la bourse peut nous aider: le lien avec tendance.com est effectué...

 

argent 08/02/2013

Bonjour,

J'apporterais un point de vue différent à votre phrase :

"l’empreinte judéo-chrétienne (surtout catholique) fait eau de toute part"

je dirais sauf dans les pays slave de l'ex URSS !

Cordialement

Argent

Yves 08/02/2013
Monsieur GILSON, Je réagis à votre article sur le terme catholique que vous insérez entre parenthèses quant à "l'empreinte judéo-chrétienne" de notre mode de pensée. Autant cette précision peut avoir lieu dans certains domaines, mais en ce qui concerne le modèle économique, je ne souscrirais pas à cette précision que j'orienterai bien plus vers celle "protestante". Le commentaire de Jean COLAS apporte très justement des questions complémentaires (et pour partie des réponses) en abordant notamment la question matérielle (... et en mentionnant par ailleurs le fait que les "valeurs véhiculées par l'Eglise catholique [...] remontant bien plus loin et bien plus haut"). Puisque certaines références bibliographiques sont données, je me permets d'en ajouter une autre "La crise du monde moderne" de René GUENON (écrit en 1927).
Jean COLAS 08/02/2013
notez qu'il ne m'a pas semblé utile d'aborder ici la question des valeurs spirituelles; je sais qu'en France le consensus intellectuel l'interdit. Guénon est un maître pour moi depuis longtemps, je suis heureux de constater que d'autres le lisent aussi ! Dans notre positionnement à tous face aux valeurs dominantes du moment, il est évident que les questions des valeurs spirituelles et de notre rapport à la transcendance s'imposent en tout premier lieu. C'est le choix initial duquel tout devrait procéder. Quant au matérialisme, il ne constitue que la conséquence naturelle de la perte de toute référence sociale à des valeurs transcendantes.   En-deçà de ces préoccupations, une vision d'une Europe fédérale ou confédérale reste d'actualité depuis des lustres. Le choix me paraît d'ailleurs avoir été fait depuis longtemps: s'il y a une période de croissance économique ferme et suffisamment longue, on pourra parler de fédéralisme; avant cette période, tout repli économique entraîne des replis nationaux et identitaires (fermeture de l'usine Renault en Belgique par exemple), conduisant au mieux au confédéralisme, au pire à la fin de toute volonté de penser politiquement au-delà des nations existantes.
RAPHAEL 10/02/2013

Commentaires de très hauts niveaux  qui font honneur à leurs auteurs

Félicitations à tous