Cac40 : une inquiétante montée de l’aversion au risque !

Jérôme Boumengel 4
Cac40 : une inquiétante montée de l’aversion au risque !

Au début de l’été, je signalais que le risque de correction, voire de krach, était réapparu sur les actions mondiales. Je signalais que si la tendance de fond (celle qui perdure depuis la fin de la crise des subprimes) était toujours d’actualité, soutenue notamment par des prévisions de bénéfices toujours en hausse, le mouvement de baisse engagé sur les Bourses mondiales à l’initiative de Wall Street, début février, n’avait pas dit son dernier mot et qu’il existait un risque de baisse de l’ordre de 8 à 10% sur l’indice MSCI AC World.

Mon analyse reste d’actualité, et mise à part la petite progression des actions américaines, australiennes, canadienne et indiennes, la plupart des autres Bourses n’ont guère bougé, quand elles n’ont pas baissé à l’instar de Milan.


La raison qui m’avait amené à cerner ce risque est toujours la même. Elle est à rechercher non dans la dégradation des fondamentaux des sociétés, mais dans la montée en puissance des facteurs de risque et la détérioration du sentiment des investisseurs. Depuis le début de l’année, l’aversion des investisseurs au risque a refait surface et s’est même accélérée depuis le début de l’été. A la remontée des taux de la Fed, aux craintes de guerre commerciale entre les Etats-Unis et le reste du monde, à l’incertitude politique en Italie, à la hausse du prix du pétrole et du dollar, est venue s’ajouter la crise de la livre Turque.

 

Cela fait beaucoup d’épées de Damoclès au-dessus des indices boursiers internationaux, et si la hausse peut encore se poursuivre sur certains indices, et je pense notamment à un objectif de 3000 points sur le SP500 (contre un dernier cours de 2850), le risque n’est plus assez rémunéré pour se positionner à l’achat.

 

Concernant la Bourse parisienne, la configuration du CAC40 n’est guère encourageante. Sa prime de risque est remontée à 7,1%, un plus haut depuis près de 2 ans. Plusieurs autres indicateurs suggèrent que l’aversion au risque pourrait encore progresser avec une prime qui pourrait accélérer à la hausse et franchir le plafond de verre qui la maintenait au-dessous de 7,2% depuis 2012.

 

 

 

Rappelons que la prime de risque du CAC40, telle que je la calcule, correspond à l’écart de rentabilité entre la moyenne pondérée des rendements anticipés (par le consensus Factset) sur les 12 prochains mois des actions de l’indice, et le rendement des emprunts d’Etat à 10 ans. Il s’agit donc d’une prime de risque prévisionnelle à court terme, qui par le passé a démontré sa pertinence dans l’anticipation des corrections boursières. Notamment quand la moyenne mobile à 6 mois de la prime de risque remonte au-dessus de la moyenne mobile à 1 an, ce qui s’est produit au début de l’été.

 

Alors si l’indice CAC40 peut encore progresser à court terme, la progression de l’aversion au risque limite sa marge d’appréciation, alors que le risque d’une forte correction augmente.

 

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Commentaires

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Nicolas 18/08/2018

Bonjour,

Merci beaucoup pour cette analyse. Calculez-vous également la prime de risque sur le marché américain (SP500) ?

Bien à vous,

Nicolas

Jérôme Boumengel 18/08/2018

Bonsoir,

La voilà, mais sur un historique moins long en données hebdomadaires. Sur la base des cours de clôture de vendredi, elle se situait à 2,75%. 

L'aversion au risque est beaucoup plus faible sur les actions américaines que sur les actions de la zone euro, ce qui explique pourquoi les premières surperforment les secondes.

On voit également que si la prime du SP500 a progressé depuis le début de l'année, elle n'a pas encore franchi sa moyenne à 2 ans.

 

Bonne soirée

 


31.didier 18/08/2018

Bonsoir,

Merci pour cet article.

Historiquement, l'aversion au risque a-t-elle été toujours plus faible outre-Atlantique ?

Cette aversion au risque, plus élevée sur le continent européen, est-elle liée, selon vous, à des facteurs concrets, psychologiques ou culturels ?

Merci.

Cordialement

Jérôme Boumengel 18/08/2018

Bonsoir,

Depuis 2004, date à laquelle j'ai débuté le calcul des primes de risque, la réponse est oui.

Des facteurs politiques en premier lieu, car la zone euro est beaucoup plus instable que les Etats-Unis. Des facteurs économiques car la croissance aux Etats-Unis est plus forte qu'en zone euro. Enfin, comme vous le soulignez, des facteurs psychologiques car les américains ont une culture du risque plus développée qu'en Europe continentale.

Bien à vous