Au menu des Top Chefs

Marc GILSON 0
Au menu des Top Chefs
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Le 11 mars, M. Barroso a envoyé aux membres du Conseil européen qui se réunit ces deux jours-ci un petit mémo qui fixe leur agenda et le sujet de leurs discussions. Que disait-il ?

« Nous ne savons tous que trop bien que l’activité économique a été décevante au cours de l’année qui vient de s’écouler et que les perspectives restent sombres, avec une croissance du PIB en 2013 qui devrait s’établir à environ 0,1 % dans l’UE et à – 0,3 % dans la zone euro. »

A sa lettre, il a joint le tableau des PIB à prix constants (variation annuelle en pourcentage), séparant bien la zone euro, les pays de l’UE et quelques grandes puissances à titre de comparaison. Voici ce tableau :

 

Moyennes sur 5 ans

 

 

 

 

Estima-tions

Prévi-sions

Hypothèse 
  de politiques inchangées

 

1994-98

1999-03

2004-08

2008

2009

2010

2011

2012

2013

2014

BE

2,5

2,0

2,3

1,0

-2,8

2,4

1,8

-0,2

0,2

1,5

DE

1,7

1,2

2,0

1,1

-5,1

4,2

3,0

0,7

0,5

2,0

EE

5,4

6,0

5,6

-4,2

-14,1

3,3

8,3

3,2

3,0

4,0

IE

9,0

7,3

3,8

-2,1

-5,5

-0,8

1,4

0,7

1,1

2,2

EL

2,7

4,3

3,1

-0,2

-3,1

-4,9

-7,1

-6,4

-4,4

0,6

ES

3,2

3,8

3,1

0,9

-3,7

-0,3

0,4

-1,4

-1,4

0,8

FR

2,2

2,1

1,8

-0,1

-3,1

1,7

1,7

0,0

0,1

1,2

IT

1,9

1,5

1,1

-1,2

-5,5

1,8

0,4

-2,2

-1,0

0,8

CY

4,9

3,6

4,2

3,6

-1,9

1,3

0,5

-2,3

-3,5

-1,3

LU

3,8

5,0

4,1

-0,7

-4,1

2,9

1,7

0,2

0,5

1,6

MT

4,8

2,7

2,7

3,7

-2,4

2,7

1,6

1,0

1,5

2,0

NL

3,5

2,2

2,7

1,8

-3,7

1,6

1,0

-0,9

-0,6

1,1

AT

2,7

2,1

2,8

1,4

-3,8

2,1

2,7

0,7

0,7

1,9

PT

3,4

1,9

1,2

0,0

-2,9

1,9

-1,6

-3,2

-1,9

0,8

SI

4,3

3,9

4,9

3,4

-7,8

1,2

0,6

-2,0

-2,0

0,7

SK

5,6

2,8

7,2

5,8

-4,9

4,4

3,2

2,0

1,1

2,9

FI

4,5

3,1

3,4

0,3

-8,5

3,3

2,8

-0,1

0,3

1,2

Zone €

2,3

2,0

2,1

0,4

-4,4

2,0

1,4

-0,6

-0,3

1,4

BG

-0,4

4,4

6,5

6,2

-5,5

0,4

1,7

0,8

1,4

2,0

CZ

2,5

3,0

5,5

3,1

-4,5

2,5

1,9

-1,1

0,0

1,9

DK

3,4

1,5

1,8

-0,8

-5,7

1,6

1,1

-0,4

1,1

1,7

LV

4,0

6,2

7,2

-3,3

-17,7

-0,9

5,5

5,3

3,8

4,1

LT

2,7

5,2

7,1

2,9

-14,8

1,5

5,9

3,6

3,1

3,6

HU

2,3

3,9

2,7

0,9

-6,8

1,3

1,6

-1,7

-0,1

1,3

PL

6,1

3,0

5,4

5,1

1,6

3,9

4,3

2,0

1,2

2,2

RO

1,4

3,4

6,8

7,3

-6,6

-1,1

2,2

0,2

1,6

2,5

SE

3,3

3,0

2,9

-0,6

-5,0

6,6

3,7

1,0

1,3

2,7

UK

3,4

3,3

2,2

-1,0

-4,0

1,8

0,9

0,0

0,9

1,9

EU

2,6

2,3

2,3

0,3

-4,3

2,1

1,5

-0,3

0,1

1,6

HR

-

3,3

4,1

2,1

-6,9

-1,4

0,0

-1,9

-0,4

1,0

US

3,9

2,9

2,1

-0,4

-3,1

2,4

1,8

2,2

1,9

2,6

JP

1,0

0,9

1,3

-1,0

-5,5

4,7

-0,6

1,9

1,0

1,6

Il commentait ainsi : « Tout n’est cependant pas négatif. Certains des déséquilibres macroéconomiques qui s’étaient creusés avant la crise sont en passe d’être corrigés et les réformes structurelles initiées dans plusieurs pays contribuent à un rééquilibrage de l’économie européenne, notamment dans la zone euro. Par ailleurs, l’assainissement budgétaire progresse et se traduit par une réduction des déficits budgétaires globaux et par une limitation de la hausse des taux
d’endettement par rapport au PIB
. »

« Mon bref exposé devant le Conseil européen portera essentiellement sur le défi posé par la compétitivité et le chômage des jeunes. Améliorer la compétitivité n’est pas une fin en soi mais un moyen de renforcer la prospérité et de soutenir les valeurs et le niveau de vie en Europe. Il s’agit à la fois d’un outil indispensable pour favoriser la croissance et l’emploi et d’un défi permanent dans le contexte mondial actuel et pour une bonne partie de l’UE. ./.. Le taux de chômage élevé chez les jeunes est un sujet de préoccupation pour nous tous et plusieurs réunions du Conseil européen nous ont permis de prendre des décisions importantes pour combattre ce fléau »

Voilà donc ce qui composera le menu des dirigeants de toute l’UE durant deux jours. Le texte de M. Barroso se veut positif tout de même et plutôt auto-encenseur. Mais on est dans le domaine politique… De nombreux chroniqueurs et distingués économistes ont réagi plutôt négativement à cette prose. Le 12 mars Paul Krugman réagissait sur son blog :

The Eurobeatings Will Continue.

Until morale improves. So says José Manuel Barroso, in a letter to the European Council saying that what Europe needs is — surprise — more austerity. I’m tempted to do a point by point analysis of the data Barroso presents to claim that adjustment is proceeding at an acceptable pace. We know, for example, that what looks like a surge in Irish  competitiveness is in large part a compositional effect, in which the relative robustness of highly capital-intensive industries (pharma) creates the illusion of a productivity boom. We also know that even where there are genuine improvements in export performance, as in Portugal, they aren’t contributing enough to aggregate demand to prevent a downward spiral
from austerity.

But, enough clearly, the Commission won’t change course until catastrophe strikes. Mario Draghi’s actions, by stabilizing markets and bringing down spreads, bought Europe quite a lot of time; Europe is determined to waste all of it.”

En résumé: les chiffres soi-disant encourageants doivent s’approfondir et se relativiser (Portugal, Irlande) et tout l’effort de Draghi pour stabiliser les marchés et les taux apporte un répit mais l’Europe est déterminée à le gaspiller.

Et on trouve ainsi des tas de critiques et commentaires acerbes sur la détermination de l’UE et surtout de la zone euro a persévérer dans sa quête de mesures d’austérité, certains mettant en exergue un sondage allemand qui révèle que plus d’un quart de la population voudrait quitter l’euro.

Que penser de tout cela ?

Les Etats qui s’endettent sont sensés le faire pour se donner les moyens de remplir leurs fonctions régaliennes et assurer le bien-être des populations. Ils escomptent leurs revenus futurs pour calculer leur capacité à s’endetter. La logique voudrait
donc que si les estimations de revenus futurs sont revues à la baisse, les Etats en tirent les conséquences et ajustent leurs demandes (c’est exactement ce que pensent leurs créanciers, tous ces établissement qui ont souscrit à leurs emprunts depuis toujours et qui se posent depuis deux ans la question de savoir si les dettes seront honorées, d’autant plus que les Etats de la zone euro ont renoncé à leur possibilité de dévaluer la monnaie pour s’en sortir !). Pour éviter de se retrouver sans cesse confrontés à ce genre de dilemme, les Etats se sont donné des limites (celles du traité de Maastricht,  récemment reprises dans le Pacte de Stabilité) et pour y parvenir, ils sont bien obligés de changer leurs habitudes, leur organisation : ce sont les ‘ajustements structurels’.

Par ailleurs, ces mêmes Etats doivent essayer de continuer leur mission et favoriser leur développement, pour inverser les prévisions de rentrées en baisse pour les futurs exercices. Ils doivent donc soutenir la consommation, la création d’entreprises, l’essor de nouvelles activités, etc. En bref, il doit investir, dans le sens réaliste du terme : dépenser pour gagner plus dans le futur. Et donc continuer à s’endetter ‘positivement’. C’est, en gros, la position des tenants de  Keynes, d’un modèle où l’Etat prend forcément de plus en plus d’importance, à l’inverse de ceux qui suivent les théories de Friedman (vous vous souvenez ? il a inspiré Reagan et sa croisade pour moins d’Etat et moins d’impôts)

Dans ce débat, tout le monde a raison et tout le monde à tort. Il apparaît pourtant qu’un changement est nécessaire sous peine de voir s’effondrer les diverses constructions autour de l’Union de 27 pays résolus à devenir plus forts ensemble. Et dieu seul sait où cela pourrait nous mener.

Bonne journée,

@MarcGilson 

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