Au bord de la falaise, faut-il continuer d’avancer ?

Jean-Noël VIEILLE 1
Au bord de la falaise, faut-il continuer d’avancer ?

 

Comme attendu, la semaine n’a pas été très facile pour les investisseurs, la relative stabilité des indices cache un fort retour de la volatilité. Les élections politiques italiennes ont ainsi donné un résultat pour le moins contrasté et surtout débouchent sur l’impossibilité pour le parti démocrate arrivé en tête à former un gouvernement. La sanction a alors été immédiate : une baisse de la bourse de Milan de 3,4% sur la semaine, le système bancaire étant particulièrement attaqué. Les clowns ne font pas toujours rire ! Vendredi, de l’autre côté de l’Atlantique, et à la surprise générale, les partis démocrates et républicains américains ont été incapables de s’entendre pour surmonter le « fiscal cliff », la falaise budgétaire, ce qui va automatiquement entraîner le gel de 85 milliards de crédits publics. Nous reviendrons dans cette note sur ces deux éléments en abordant surtout l’impact à attendre pour les marchés.

 

Une situation politique italienne délicate, mais l’univers reste connu


La situation politique italienne actuelle ne constitue pas en soi un événement majeur car ce pays a l’habitude de tels imbroglios (ce mot est bien d’origine italienne !). Comment l’austère Bersani pourra-t-il composer avec Beppe Grillo (beaucoup moins drôle que Coluche) et Berlusconi (plus proche des tribunaux que du pouvoir) ? A l’heure actuelle, aucun accord n’est possible et le nouveau gouvernement devra alors négocier texte par texte avec l’ensemble des composantes politiques ce qui ne peut durer que très provisoirement. On devrait donc s’acheminer vers de nouvelles élections dans 3/4 mois. Paradoxalement ce pays surendetté, sans croissance et désormais sans exécutif n’a pas été vraiment attaqué par les investisseurs, ceux-ci ont d’ailleurs répondu présents à une adjudication de 6,5 Md€ d’obligations à 5 et 10 ans. Le rendement des obligations à 10 ans est passé de 4,4% à 4,7%, ce qui reste une sanction assez mesurée. Il y a ainsi une sorte de fatalisme, les marchés se disent, « c’est l’Italie, une solution pragmatique sera trouvée ». Effectivement, on peut se rassurer ainsi mais ce qui doit nous inquiéter beaucoup plus est le message politique donné à l’Europe. Les scores assez élevés des deux trublions sont en effet constitués d’un discours anti-euro, anti-Allemagne et aussi contre les mesures d’austérité prises par le gouvernement Monti, d’où d’ailleurs le score catastrophique de ce dernier. Ceci signifie que dans les autres pays européens, on risque d’avoir ce type de comportement qui va mettre à mal les équipes dirigeantes en place. La montée des extrémismes est donc probable, voire des possibles troubles sociaux dans un contexte de poursuite de la hausse du chômage. Les prochaines élections européennes de 2014 risquent de modifier substantiellement la donne politique du nouveau parlement européen.

 

Républicains et démocrates US : le pousse au crime ?

 

Le « sequester » a donc frappé. Obama, faute d’accord, a du se résoudre à signer le décret qui déclenche l’amputation automatique de 85 Md$ de dépenses publiques au sein des postes non exemptés. Ces coupes concernent la Défense (8% du budget) et les services publics, d’où des mises en chômage partiel de fonctionnaires, des baisses de salaires et des perturbations dans les services publics. Ceci pourrait se traduire par une baisse de la croissance américaine entre 0,5 et 1% et la perte de 750 000 emplois. En résumé, les démocrates souhaitaient supprimer des niches fiscales pour les hauts revenus, l’abrogation des exonérations pour les compagnies pétrolières alors que les républicains demandaient une réduction stricte des dépenses. Cette crise devrait bientôt s'additionner à une autre, encore plus lourde de menaces : le financement de l'Etat fédéral pour les derniers mois de 2013, qui devra faire l'objet d'un vote au Congrès avant le 27 mars, faute de quoi des services publics fermeront purement et simplement. Pour l’instant, la réaction des marchés n’a pas été importante, les marchés boursiers terminant en hausse vendredi soir, alors que l’information était déjà connue. La publication de l'indice ISM manufacturier de février (54,2 vs 53,1 en janvier) a peut-être crédibilisé les espoirs quant à une reprise marquée aux Etats-Unis, d'autant que cette progression de l’ISM est le fait de la hausse de sa composante « nouvelle commande », signe plutôt encourageant.

 

Des chiffres économiques toujours difficiles en Europe


La publication des indices PMI européens confirme la faiblesse de l'économie européenne en janvier. Avec un taux de chômage au plus haut depuis 30 ans, la situation économique italienne est difficile. La BCE a aussi communiqué les montants des LTRO I et II que les banques ont annoncé rembourser en fin de semaine prochaine. Ils s'élèvent à 12 Md€, un chiffre faible lié aux craintes qu'ont fait ressurgir les incertitudes politiques en Europe avec l'Italie. La difficulté de l’économie européenne se lit aussi au travers de l’évolution des taux de change euro/dollar qui accélère à la baisse et frôle le seuil de 1 € = 1,30 $. Au Royaume-Uni, l'indice PMI manufacturier de février s’avère particulièrement faible (47,9 vs 51 attendu, et 50,5 en janvier) et confirme les difficultés du Royaume-Uni à sortir de la crise. L'économie britannique souffre d'une politique d'austérité qui affaiblit la demande domestique dans un contexte où la demande extérieure est aussi réduite par la faiblesse de l'activité en Europe, ceci devrait continuer à peser sur la livre sterling. 

En conclusion, il est assez difficile d’avoir un discours positif pour les semaines à venir dans le domaine des actions et ce au niveau des différentes zones. La volatilité va également rester très élevée. La reprise mondiale peine à se matérialiser et les problèmes politiques sont devant nous.

Commentaires

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Anthony CROS 07/03/2013

Bienvenue sur le site!

Bonjour à Olivier Tugault que je n'ai pas vu depuis qq mois.

Anthony