Angela, Wir sind Italiener !

Marc GILSON 5
Angela, Wir sind Italiener !

Angela, nous sommes tous des Italiens!

Voilà que soudainement les marchés paniquent parce que les électeurs de la troisième économie de la zone euro ont exprimé leur ras-le-bol des mesures d’austérité. Les valeurs bancaires des pays du Sud se prennent une volée de bois vert, forcément, puisque l’envolée subséquente des taux obligataires appauvrit automatiquement leurs portefeuilles.

Etes-vous surpris par le résultat des élections en Italie ? Les prometteurs de jours meilleurs gagnent toujours, partout. C’est même devenu une litote. Après tout, Henri Queuille, un corrézien, a bien dit que les promesses électorales n’engagent que ceux qui les écoutent, non ?

Eh bien, il existe au moins une bonne quantité d’économistes qui ont étudié les causes et les conséquences des mesures d’austérité en zone euro et qui donneraient volontiers raison à ces électeurs italiens (et à ceux d’autres pays qui les imiteraient volontiers s’ils étaient en position de voter maintenant). Le dernier article du professeur Paul de Grauwe (Panic-driven austerity in the Eurozone and its implications) est très instructif à ce sujet et il a été largement commenté –positivement- par Paul Krugman sur son blog.

Que nous dit ce beau travail en résumé ?

- Depuis le début de la crise de la dette, les marchés financiers ont fourni des signaux erronés, conduits par la peur et la panique. Ils ont poussé les spreads à des niveaux artificiellement élevés et forcé les nations à court d'argent à se lancer dans l'austérité intense qui a produit de grandes souffrances.

- Plus les spreads* étaient élevés, plus l’austérité a été élevée, plus la conjoncture s’est détériorée en conséquence. Les mesures d'austérité ont même conduit à une augmentation spectaculaire des ratios dette-PIB dans ls pays du Sud, ce qui affaiblit leur capacité à rembourser leurs dettes. Le moment et l'intensité des programmes d'austérité ont été dictés par des sentiments de peur et de panique venus du  marché au lieu d'être le résultat de processus de prise de décisions rationnels.

- Les marchés financiers n'ont pas signalé aux pays du Nord qu’il fallait stimuler leurs économies, ce qui
introduit un biais déflationniste qui conduit à la récession à double creux (double dip). La position budgétaire souhaitable pour la zone euro dans son ensemble consiste en la poursuite de l'austérité au Sud, mais étalée sur une plus longue période de temps, tandis que le Nord se livrerait à une relance budgétaire afin de contrer les forces déflationnistes en provenance du sud. Les pays du Nord ont la capacité de le faire. La plupart d'entre eux ont stabilisé leur dette par rapport au PIB. En conséquence, ils peuvent permettre un déficit budgétaire, tout en conservant leur rapport constant.

Alors que la décision de la BCE en 2012 de devenir prêteur en dernier ressort sur les marchés des obligations d'État a éliminé les craintes existentielles sur l'avenir de la zone euro, les nouveaux risques pour l'avenir de la zone euro ont maintenant été déplacés dans la sphère sociale et politique. Comme il devient évident que les programmes d'austérité produisent des souffrances inutiles, en particulier pour les millions de personnes qui ont été jetées dans le chômage et la pauvreté.

La résistance contre ces programmes est susceptible d'augmenter. Et l’Italie vient de le montrer, un message bien plus parlant que les déclarations souvent trop étouffées des leaders du Sud (dont la France), des manifestations des Indignés, des défilés syndicaux et citoyens un peu partout en Europe.

André Grjebine, directeur de recherche à Sciences Po, a écrit le 25 février dans Le Monde un article, très instructif lui aussi, sur la possible explosion de la zone euro. Et nous retenons ceci :

« Une union de transferts serait conforme à l'équilibre comptable qui veut qu'un flux dans un sens soit ipso facto compensé
par un autre flux en sens contraire. Mais, elle suscite des réticences des pays du Nord qui risquent, de ce fait, de remettre en question, tôt ou tard, la zone euro. C'est pourquoi il paraît nécessaire d'instaurer un mécanisme visant à rééquilibrer les balances courantes entre pays européens. La référence au Plan proposé par Keynes à Bretton Woods s'impose.

L'économiste anglais considérait que les pays excédentaires étaient aussi responsables des déséquilibres internationaux que les pays déficitaires. Il préconisait donc que, parallèlement aux contraintes pesant sur les pays en déficit, d'autres contraintes s'exercent sur les pays excédentaires. Les nouvelles règles de fonctionnement de l'Europe (" six-pack ") prévoient déjà que les pays ne doivent pas avoir d'excédent extérieur excessif (6% du PIB). »

Est-ce que tout cela ébranlera les convictions affichées par la Commission Européenne, inféodée à la volonté inflexible de la rigueur allemande ? Est-ce que les pays du Nord vont comprendre que si le Sud se déglingue il va leur exporter de la déflation ?

Après avoir dit notre foi dans les marchés et leur capacité à se relever, essayons au moins de croire qu’il va être possible que la sphère politique européenne va être capable de comprendre les risques réels qui apparaissent et va prendre une direction plus positive et constructive.

Sinon…..

Bonne journée.

Marc Gilson

* spreads : écart entre les taux obligataires entre LA référence, le Bund allemand, et les autres emprunts souverains européens.

Commentaires

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RAPHAEL 27/02/2013

La pire folie institutionnalisée

Qu'est-ce que la CRISE ? C'est ENFIN l'arrêt ( brutal peut-être ) mais salutaire d'une fuite en avant du toujours plus , ne reposant sur rien de concret.

Vous n'avez pas les moyens financiers d'acheter, alors prenez du crédit ( et ce jusqu' au surendettement catastrophique ,source de déprime...).

CROISSANCE: le boulkanger comme tous les autres fbricants, doivent-ils produirent plus aujourd'hui qu'hier et moins que demain etc....?

Les Etats " providences " assoifés d'électeurs qui leur soient favorables n'hésitent pas à distribuer ( sans contre partie ) des flots d'argent.

Cet argent distribué sans contre partie incite à ne rien faire  pour la collectivité.

Il ne s'investit pas dans l'industrie, dans la recherche de biens nouveaux utiles mais seulement pour acheter des BIENS IMPORTES ( parce que moins chers),

pour faire plaisir à leurs électeurs en faisant mourir les fabricants locaux dont les prix de revient sont plus élevés puisqu'au lieu de faire payer les bénéficiaires , l'on fait payer les employeurs ( ass chômage, santé,retraite ).Mais qui donc beneficir des ces assurances, pas les employeurs assurement !

Ce n'est pas aux autres de payer pour soi.

LAO TSEU: Il n'est pas de plus grande misère que de ne savoir se contenter

 

 

Marc GILSON 27/02/2013

Les politiques de rigueur menées dans les Etats du SUd ont provoqué plus de dégâts que de réussite. C'est un fait et il faut lire le travail de de Grauwe à ce sujet. Partant de là, il faut s'adapter afin que le remède n'achève pas le malade.

Je suis d'accord avec Lao Tseu, que j'ai souvent cité. Le problème de la non-croissance, comme choix de société, se comprend et je suis prêt à l'accepter si on m'assure que le plein emploi sera une réalité (que tout le travil est partagé entre tous, c'est ça que cela veut dire), que tous accepteront de financer une sécuroté sociale à une seule vitesse et pour tout le monde sans exception,etc. J'y ai beaucoup pensé, croyez-le. Et c'est en gros ce que proposait l'idéologie marxiste. Et ça n'a pas marché. Je ne pense pas que le régime de Corée du Nord soit envisageable, une preuve de plus.

Le besoin de croissance des pays émergents doit leur permettre d'atteindre plus rapidement le niveau de vie des vieux pays industrialisés qui se contentent depuis longtemps de 1 ou 2% et qui s'en sortent. Dans nos pays par exemple, il reste des niches de croissance qui ne sont pas exploitées au maximum.

La croissance vient de la circulation 'intelligente' de l'argent. Au fond d'eux, ce que les citoyens veulent ce n'est pas que l'Etat se serre la ceinture mais qu'il utilise mieux ses ressources, qu'il ne donne pas l'impression d'engraisser certains, qu'il redistribue visiblement ce qu'il a reçu.

C'est un tout. Et c'est du bon sens il me semble. L'austérité pour l'austérité, ça ne marchera jamais.

On n'a toujours pas de pétrole. On dirait bien qu'on commence à manquer d'idées aussi.

 

RAPHAEL 27/02/2013

Je suis maintenant tou à fait d'accord avec ce dernier message.

Pourquoi les Etats doivent-ils emprunter ?

Est-ce pour faire des routes des voies navigables qui doivent durer des siècles ?

NON.

Que font la plupart des ménages serieux,sinon de n'engager que des dépenses

qui peuvent etre couvertes qu'avec des recettes.

Le crédit des particuliers  ne devrait couvrir que l'immobilier c'est à dire un bien durable.

ludo69 27/02/2013

 

nos gouvernants ne sont ni plus ni moins que le service de communication de  la finance mondiale

la finance decide les gouvernants font passer la pilule  

 

 

 

 

 

 

Marc GILSON 28/02/2013

C'est vrai que la finance mondiale a la main sur la marche du monde mais il semblerait que le mouvement s'inverse.

Il faut regarder l'article des Echos signé Maujean qui résume un rapport mondial de MacKinsay: "Depuis 2007, la valeur des actifs financiers dans le monde ne croît plus que de façon anémique. Les flux de capitaux transfrontières se sont effondrés parallèlement de plus de 60 %."

Ce sont les banques centrales qui créent les flux ainsi que les emprunts d'Etat.