Les Stars de la « Poorisation », et les vautours alimentés par les plus riches

Sandrine ROUSSEAU 0
Les Stars de la « Poorisation »,  et les vautours alimentés par les plus riches

Les étoiles de la constellation finance, Standard and Poor’s en tête, qui ne connaissent que les 3 premières lettres de l’alphabet, sont-elles crédibles ?

L’Europe en a pris pour son grade, à l’exception de quelques-uns comme l’Allemagne,  la majorité des pays nordiques…, tous les pays et des institutions européennes comme le FESF ont vu leur note dégradée cette semaine.

Un regard vers le passé, montre que ces dégradations n’ont fait qu’aggraver la situation des Etats, les conduisant parfois au défaut.

Fin 1930, les agences baissent la note du Brésil et de la Bolivie, et en janvier 1931, la Bolivie fait défaut. Moody’s repère la Grèce en Europe et dégrade sa note dès 1931. 1932, la Grèce fait défaut.

En 1936, après un coup d’état violemment répressif, les dirigeants de Moody’s, face au drame Grec, annoncent qu’ils cessent de noter la dette publique, Fitch en fait de même pour l’Allemagne.

Les agences de notation avaient toutefois conscience que les dettes internes, celles exprimées dans la monnaie des Etats, ne devaient pas être notées, car les banques centrales, en tant que prêteurs en dernier ressort, étaient  là pour les monétiser et éviter la banqueroute. Les agences ne notaient donc que les dettes en dollars et autres devises. L’Europe politique est née et les complications avec. Comme pour les enfants, plus ils sont grands plus les problèmes sont difficiles à gérer.

Les Etats-Unis dégradés cet été, se montrent résistant et semble tirer leur épingle du jeu de la « poorisation » de sa note, face à un euro survendu et à une reprise légère de l’emploi.

Certains agents économiques New-Yorkais sentent un frémissement de l’activité économique et veulent y croire. La résilience à l’américaine est bien connue, sans faire de psychologie, y croire c’est déjà avoir effectué la moitié du chemin, ce que nos politiques français ignorent.

Côté vautours, l’un des fonds dit " vautour " se distingue des autres actuellement dans le paysage des « recovery funds ». Les fonds de Wilbur Ross ont depuis 1997, levé 1,8 billions de dollars et ont versé en retour à leurs investisseurs  5 700 millions. Rien ne semble arrêter cet homme, car il estime pouvoir lever 2,4 billions de dollars cette année visant les banques à l’Ouest comme à l’Est de l’atlantique.

Il a, à son tableau de chasse américain, Bank United, la Talmer Bank and Trust, Sun Bancorp… et côté Europe, Bank of Ireland, Virgin Money.

Wilbur Ross, qui se décrit lui-même comme » l’homme qui aime courir entre des immeubles en feu », est une star du networking, n’hésitant pas à aller s’associer aux indignés de Wall Street dès septembre 2011, avec autant d’aisance qu’il a eu lors de la prise de contrôle de l’Amalgamated Bank, laquelle était largement tenue par les syndicats de l’hôtellerie et de l’habillement

Plus la situation économique d’un Etat se dégrade, plus le recours aux plus riches est inévitable. Deux chemins semblent actuellement apparaitre, l’un est coercitif l’autre relève du libéralisme.

- Imposer plus lourdement les personnes les plus riches, si elle renforce l’idée de justice, dont ont soif les plus démunis, doit rester temporaire car qui peut le plus, peut le moins. Les riches à la rescousse des Etats n’est pas une politique pouvant se dispenser à l’infini. Un cadre simple et défini de mise en place sur une durée irrévocable, serait un bon argument pour empêcher ces acteurs ou leurs capitaux de fuir leur pays à l’annonce de ces mesures qui doivent rester exceptionnelles.

- Laisser les acteurs économiques placer leurs fonds dans des fonds dit « vautours », dont la cible d’investissement est le secteur bancaire en difficulté avec l’objectif de le remettre à flot, et offrant un rendement-risque satisfaisant, n’est pas à écarter. Seuls les plus riches peuvent investir sur des investissements très risqués. Si ces investissements servent à remettre sur pieds des banques dont le rôle économique principal est de prêter aux agents économiques, pourquoi pas ?

Les plus riches participent de bon cœur à ces refinancements. Ils placent en connaissance de cause et avec une logique de diversification, un pourcentage de leur portefeuille dans des investissements risqués. L’argent retourne ainsi dans le système économique d’une façon qui est tout aussi juste que l’impôt. Si l’investissement s’avère être une perte, l’investisseur l’assumera. Mais si la performance est positive, il aura participé à l’économie en finançant, dans notre exemple, des rachats de banques en quasi banqueroute et en retira une récompense.

Malheureusement il y a un bémol. Comme on l’a vu pour les « Subprimes », des fonds d’investissement ont été créés sur des emprunts immobiliers de rêve pour des ménages américains qui ne pouvaient, si les prix immobiliers cessaient de monter, assumer de tels investissements.

Comme les arbres ne montent jamais jusqu’au ciel, le réveil est douloureux. Actuellement, une maison unifamiliale se vend à la barre du tribunal dans des Etats comme la Nouvelle Californie et la Floride en dessous du prix de construction, actuellement estimé à 130 000 dollars.

Certaines agences de notation, pour rendre la mariée plus belle, avaient donné, à la demande de ces fonds d’investissements, des notations qui abritaient ces emprunts immobilier de rêve.

Les notations n’ont pas reflété le risque, conduisant de nombreuses banques à vendre ces produits financiers à leurs clients, comme étant peu risqué. Ces investisseurs peuvent remercier les agences de notation de les avoir induits en erreur. Les taux du couple rendement-risque, outil précieux d’aide à la décision pour un investisseur, ont été voilés par une notation inadaptée et surtout intempestive de ces agences.

N’est pas investisseur qui veut, mais qui peut.

Pour les agences de notation, c’est comme l’alcool au volant, en user modérément quand il s’agit des dettes d’un Etat.

Et n’oublions pas que tout est possible ici-bas, quand on voit que l’Angola vient au secours économique du Portugal en rachetant cette semaine des industries aussi marquante que la TAP.

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