Actions et assurance vie : un pari pas aussi risqué qu’on pourrait le penser ! (Partie 2)

Jérôme Boumengel 0
Actions et assurance vie : un pari pas aussi risqué qu’on pourrait le penser ! (Partie 2)

Avec son principe d’aversion aux pertes, la théorie des perspectives de Kahneman et Tversky nous enseigne que les investisseurs sont plus sensibles aux pertes qu’aux gains. Pour l’investisseur particulier, la perception du risque est en effet directement associée au risque de perdre de l’argent. On peut même préciser qu’elle  est davantage indexée sur l’amplitude des chutes possibles plutôt que sur leur probabilité d’occurrence.

Or qui dit risque, dit très souvent volatilité. Mais ce concept, utilisé par la plupart des professionnels de l’investissement pour appréhender le risque, ne semble pas particulièrement adapté à la notion de risque que se font les particuliers.  Car la volatilité est davantage un indicateur servant à mesurer l’intervalle de confiance que l’on peut obtenir sur la performance attendue de son investissement, plutôt qu’un indicateur de perte. Mais il existe toutefois d’autres mesures du risque telles que le Maximum Drawdown ou la Value at Risk.

 

Le Maximum Drawdown :

Le Maximum Drawdown, traditionnellement utilisé en trading, a pour vocation d’évaluer la perte maximale enregistrée par une série de trades sur une période donnée. Autrement dit, cet indicateur mesure la perte maximale historique qu'aurait subi un trader malchanceux s'il avait acheté au plus haut et revendu au plus bas pendant une période déterminée.

En reprenant l’exemple de mon précédent article, le Maximum Drawdown d’un placement « buy and hold » à 8 ans sur le Nasdaq ressort à -52%. Il s’agit du plus mauvais timing d’entrée qui correspond au cas où un épargnant aurait souscrit, en février 2000, un contrat d’assurance vie investi à 100% en actions du Nasdaq.

On doit donc considérer que si le pire a été de -52% depuis la création de l’indice Nasdaq (en 1971), il peut à nouveau se produire dans le futur. Le Maximum Drawdown passé est donc le meilleur prédicteur des pertes extrêmes à venir. Mais comme il ne donne pas d’indication sur la probabilité d’occurrence de cette perte, on lui préfère la Value at Risk.

 

La Value at Risk :

La Value at Risk est définie comme la perte maximale potentielle attendue sur un horizon de temps donné et pour un niveau de confiance donné, généralement 95% ou 99%.

Autrement dit, dans le cas où le niveau de confiance est de 95%, ce n’est rien d’autre que le 95ième centile de la distribution des pertes et profits, c'est-à-dire la valeur telle que 95 % des valeurs de la distribution sont au-dessous (ou 5 % des valeurs au-dessus). Je rappelle que le 50ième centile s’appelle la médiane.

La Value at Risk ne fait que refléter l’information contenue dans la queue gauche (associée aux pertes) de la distribution des performances d’un actif ou d’un portefeuille d’actifs sur une période donnée.

Dans mon exemple sur les actions du Nasdaq détenues pendant 8 ans (soit la durée d’un contrat d’assurance vie), la Value at Risk à 95% ressort à -3,5% (celle à 99% se situe à -43%). En termes de prévision du risque, cela veut dire qu’un épargnant peut être certain à 95%, qu’à l’ouverture d’un contrat d’assurance vie investi en actions du Nasdaq, il ne perdra pas plus de 3,5% à l’échéance du contrat. Et si l’intervalle de confiance est de 99%, l’épargnant pourra se dire qu’il n’a que 1% de chances pour que le pire survienne et que sa perte dépasse 43%. A lui de décider si son patrimoine peut survivre à une telle perte !

 

Simulation sur un contrat d'assurance vie :

Mais pour dynamiser son contrat d’assurance vie avec un moindre risque, il n’est pas nécessaire de tout miser sur les actions du Nasdaq. C’est ainsi qu’une simulation d’un portefeuille investi en actions mondiales (MSCI World Index) affiche une Value at Risk à 95% de 24%, de -14% pour un intervalle à 99% et un Max Drawdown de -25%.

Pour réduire encore son risque, un épargnant peut décider de répartir son contrat d’assurance vie entre fonds en euros et unités de compte. Les gains capitalisés sur le fonds en euros vont servir alors à couvrir une partie des pertes que pourraient occasionner les unités de compte.

Les résultats de ma simulation réalisée sur les 40 dernières années, avec les rendements du fonds en euros AFER et ceux du MSCI World Index sont les suivants : 

 

On constate notamment qu’un contrat dynamique investi à hauteur de 40% en fonds euros et 60% en actions mondiales, offrait 99% de chances de ne pas perdre d’argent au bout de 8 années.

Si l’on prend en compte les rendements, ce contrat dynamique permettait d’espérer un gain moyen de 13,5% par an, pendant 8 ans, contre seulement 7% pour le contrat sécurité, investi à 100% sur le fonds euros de l’Afer.

Bien entendu, ce n’est pas parce que certains événements n’ont jamais été observés par le passé qu’ils ne se produiront pas, puisqu’improbable n’a jamais été synonyme d’impossible. Mais la perspective de doubler le rendement de son contrat ne vaut-elle pas la peine de prendre un tout petit peu de risque ?

 

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