A 1,136, l’euro apparaît encore sous-évalué de 9% par rapport au franc suisse

Jérôme Boumengel 2
A 1,136, l’euro apparaît encore sous-évalué de 9% par rapport au franc suisse

Après la suppression surprise du taux plancher par la Banque Nationale Suisse, en janvier 2015, l’euro a enregistré une forte chute qui l’a ramené une seconde fois au-dessous du seuil critique à partir duquel nous le considérons comme étant excessivement sous-évalué par rapport au franc suisse. La première fois qu’il avait atteint ce seuil, c’était en novembre 2011, après la crise de la dette grecque.

 

Mais comment déterminons-nous ce seuil ?

 

Nous le déterminons à partir de la théorie de la parité des pouvoirs d’achat (PPA). Celle-ci explique que la valeur intrinsèque d’une paire de devises correspond au taux de change d’équilibre qui assure l’égalité des pouvoirs d’achat entre les deux pays concernés.

 

Dans sa forme absolue, la PPA exprime le rapport entre la quantité d'unités monétaires nécessaire pour se procurer le même panier de biens et de services dans deux pays différents.

 

Ex : si le taux de change EURCHF est de 1€ pour 1,20 SF et qu’il respecte la PPA, un consommateur de la zone Euro devrait pouvoir acquérir avec 100€, le même panier de biens et services que le consommateur suisse avec 120 sf.

 

Autrement dit, la valeur intrinsèque d'une monnaie est déterminée par le montant de biens et de services qu'elle permet d'acquérir, c'est à dire par son pouvoir d'achat interne, qui évolue en sens inverse de l'inflation.

 

En calculant un taux de change PPA, la méthode de la parité des pouvoirs d'achat peut ainsi être utilisée comme un indicateur de la sous-évaluation ou surévaluation d'une devise par rapport à une autre. 

 

Pour estimer ce taux de change intrinsèque de la paire EURCHF, nous calculons le rapport entre le pouvoir d’achat du franc suisse et celui de l’euro, lesquels sont obtenus à partir des indices de prix à la consommation. Actuellement, le taux change PPA de l’euro se situe à 1,25 sf. Avec un dernier cours à 1,126 l’euro apparaît donc sous-évalué de 10% contre le franc suisse.

 

 

 

La théorie nous dit qu’à long terme, le cours d’une paire de devises doit suivre sa valeur intrinsèque. C’est ce qu’on peut constater sur L’EURCHF, puisque depuis 2000, le cours de l’euro suit une tendance baissière, tout comme sa valeur intrinsèque. La baisse tendancielle de cette dernière signifie que sur cette période, l'inflation suisse a sous-performé l’inflation de la zone euro : quand l'inflation de la zone euro baisse, l’inflation suisse baisse davantage, quand l'inflation monte, elle monte moins. Dans les deux cas, la valeur intrinsèque de l’euro se déprécie, ce qui à terme doit se traduire par une baisse de l'euro.

 

Mais il arrive parfois que le cours d’une devise s’écarte durablement de sa valeur intrinsèque, dans un sens ou dans l’autre. Pour mettre en évidence ce phénomène, nous avons pris l’habitude de calculer des bandes de déviation qui vont permettre de déterminer si une devise est sur ou sous-évaluée par rapport à une autre devise.

 

L’objectif est d’enfermer 95% des fluctuations du taux de change réel à l’intérieur d’une enveloppe déterminée à partir de la volatilité du taux de change PPA et du taux de change réel. Si le taux de change réel dépasse la borne supérieure, c’est le signal d’un excès de valorisation. Des forces de rappel vont se mettre en branle et ramener progressivement le taux de change réel sur son taux de change PPA. Le mécanisme est similaire quand le taux de change réel enfonce la borne inférieure de son enveloppe.

 

C’était le cas de la parité EURCHF en 2015. Depuis cette date, l’euro s’est redressé doucement face au franc suisse, mais nous pensons qu’avec la remontée de l’euro au-dessus de ses moyennes mobiles de long terme, le mouvement devrait s’accélérer. Un processus de retour à la normale, c’est-à-dire sur la valeur intrinsèque, s’est enclenché qui nous permet de tabler à long terme sur une remontée de l’euro à 1,20 sf.

 

 

 

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DOM SIMOES 31/07/2017

Bonjour,

 

Je suis frontalier en Suisse et je recois donc mon salaire en CHF.

Merci pour cette analyse, une paire de devise peu analysée.

Jérôme Boumengel 01/08/2017

De rien :)